22 septembre 2013

La gauche productiviste, c’est le stalinisme

La gauche productiviste, c’est le stalinisme

Pour un véritable Front de gauche antiproductiviste…

Paru dans le sarkophage de mars 2013

 

Ce texte de Paul Ariès est le premier d’une série sur le productivisme et l’antiproductivisme de gauche depuis deux siècles. A l’heure où tant de forces à gauche sont ballotées entre un antiproductivisme affiché et une simple référence à l’écologie, le rôle de la Vie est à nous ! est de contribuer au débat. 

 

Si les gauches ont été majoritairement productivistes au cours du 20e siècle, à l’exception notable de nos compagnons libertaires, le caveau des utopies antiproductivistes est pourtant bien plein. Je porterai d’abord le fer au point le plus sensible pour rappeler que l’effacement des gauches antiproductivistes au 20e siècle fut la conséquence, non pas tant de la victoire d’une vision déterministe de l’histoire ou de celle de l’idéologie du progrès que celle de la social-démocratie allemande à la fin du 19e siècle (sévèrement dénoncée par Marx dans sa critique du programme de Gotha) et celle du stalinisme tuant toutes les possibilités d’expérimentations. La gauche du 19e siècle était beaucoup  moins productiviste qu’elle ne le fut au 20e siècle et qu’elle ne le reste encore aujourd’hui. Le productivisme n’est pas une maladie infantile de la gauche mais le résultat du pouvoir en son sein d’une oligarchie. L’histoire de l’Union Soviétique est la meilleure preuve que ce sont ceux qui ont toujours eu peur des membres du parti et du peuple qui imposèrent le productivisme à gauche.

Les staliniens ont purgé notre mémoire collective au point de nous faire oublier ce que furent les expérimentations de la jeune Russie soviétique en matière de changement de modes de vie, en matière d’architecture, d’urbanisme, d’art, de liberté sexuelle. Ce sont les mêmes staliniens qui applaudirent au taylorisme et aux  inégalités salariales et qui interdirent les nouveaux modes de vie. L’objectif des dirigeants de la jeune révolution était en effet double : reconstruire l’économie détruite par la guerre mais aussi, et tout autant, inventer de nouveaux modes de vie sans quoi le socialisme ne serait qu’une nouvelle forme de technocratie. La terreur stalinienne fut donc foncièrement une contre-révolution productiviste, une contre-révolution bureaucratique et « économiciste » qui culminera dans la recherche du dépassement du niveau de vie américain, faute de penser d’autres genres de vie. Cette thèse se vérifie sur le plan économique, politique, artistique.

 

Le domaine économique était celui où les dirigeants bolchéviques étaient déjà le plus empêtrés dans « l’économisme » et l’étatisation. Il n’en reste pas moins qu’un débat existait et que des initiatives furent prises pour permettre des expérimentations dans le cadre de ce qu’aurait pu être un socialisme des conseils. Les dirigeants bolchéviques mirent d’abord en cause l’inégalité sociale et même l’existence du salaire et d’une économie marchande. Ce n’est qu’avec la NEP (1921-1929) et le stalinisme que la révolution russe choisit délibérément le productivisme et l’accumulation dans le cadre d’un véritable capitalisme d’Etat. C’est durant cette période que l’Union soviétique rétablira le salaire aux pièces au nom des gains de productivité et du contrôle des masses. C’est aussi durant la même période que l’Union soviétique abandonnera toute tentative d’instaurer une « économie en nature », jusqu’alors son objectif immédiat, selon les thèses notamment de Boukharine et de Préobrajensky, et choisira  de rétablir l’économie marchande au profit de la nomenklatura : « l’échange sans argent est ainsi graduellement introduit. L’argent sera de ce fait écarté du domaine de l’économie populaire. Même à l’égard des paysans, l’argent perd lentement de sa valeur et le troc le remplace… » (Boukharine et Préobrajensky, L’ABC du communisme, 1919). Le programme d’abolition de la monnaie du circuit économique, officiellement élaboré par le VIIIe congrès du parti en 1919, visait à la destruction totale de la société capitaliste et à l’instauration du socialisme. Le salaire en nature était considéré comme la garantie de l’existence du peuple… à tel point que la rémunération sous forme de prestations en nature qui ne constituait en 1917 que 5,3 % de la valeur du salaire global moyen d’un ouvrier industriel atteignit 47,4 % en 1918, 80 % en 1919, 93,1 % en 1920 et 93,8 % début 1921 (Jovan Pavlevski, le niveau de vie en URSS). La NEP aboutit à rejeter la notion même d’égalisation des salaires, ce qui provoqua d’abord la colère du mouvement syndical encore rebelle mais on peut lire dans le rapport du Conseil central des syndicats de l’URSS de 1932 que c’est grâce au « camarade Staline » que les syndicats ont commencé à anéantir le vieux système de l’égalitarisme petit-bourgeois : « le nivellement dans les besoins et la vie privée est une stupidité petite-bourgeoise réactionnaire, digne de quelque secte primitive d’ascètes, mais non point d’une société socialiste organisée d’une façon marxiste, car l’on ne peut exiger des hommes qu’ils aient tous les mêmes besoins et les mêmes goûts, que, dans la vie personnelle, ils adoptent un standard unique ». Le même Staline ajoutait que « la conséquence de l’égalisation des salaires est que l’ouvrier non qualifié manque d’une incitation à devenir un travailleur qualifié et se trouve ainsi privé de perspectives d’avancement (in Problèmes du léninisme). La Constitution russe de 1936 posera logiquement le principe « A chacun selon son travail » (Art 14) en place du vieux principe communiste « A chacun selon ses besoins ». Le stalinisme supprimera en 1928 toute idée de salaire de base garanti. Il généralisera le taylorisme déjà applaudi par Lénine qui en faisant une étape vers le communisme. Faut-il rappeler qu’au même moment une autre gauche inspirée notamment par Durkheim dénonçait les « formes anormales de la division du travail » et que Simone Weil expliquait, dans La condition ouvrière, que Taylor ne cherchait pas une méthode pour rationaliser le travail et le rendre plus efficace mais un simple  moyen de contrôle vis-à-vis des ouvriers ? (in Bruno Trentin, La cité du travail, la fordisme et la gauche, Fayard, 2012). C’est donc aussi avant tout pour des raisons politiques et par peur des masses et de la lutte des classes que le mouvement communiste choisit l’industrialisation lourde, l’accumulation sans fin, la division sociale… La bureaucratie stalinienne imposera cette vision à l’ensemble des communistes y compris en France et ce pour des dizaines d’années. Face aux militants syndicalistes révolutionnaires et anarchistes rétifs au travail à la chaine, au salaire au rendement, le courant communiste clame « Dire que l’on est contre le travail à la chaine me fait penser à quelqu’un qui dirait qu’il est contre la pluie (…) Nous sommes pour les principes de l’organisation scientifique du travail, y compris le travail à la chaine et les normes de production (Congrès CGTU de la métallurgie, 1937). C’est aussi à la même époque que le mouvement stalinien commencera à puiser systématiquement dans le vieux fond de la doctrine sociale chrétienne pour défendre l’idée de la valeur et de la dignité du travail et retournera contre les prolos le vieux adage anti-bourgeois « qui ne travaille pas ne mange pas ». Faut-il rappeler que la gauche communiste française enverra à la libération ses ingénieurs se former aux Etats-Unis au fordisme ?

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la même politique est conduite en faveur d’un  modèle de croissance axé sur l’accumulation. Ce n’est qu’en 1956, lors du XXe congrès du PCUS et du fameux rapport Khrouchtchev sur les crimes staliniens que les nouveaux dirigeants estimèrent que les objectifs économiques étaient déjà atteints et qu’il fallait assouplir le « principe socialiste de rémunération « à chacun selon son travail » afin de s’occuper davantage de la population défavorisée. La déstalinisation verra aussi le rétablissement du salaire minimum garanti. On pressent donc combien le lien entre productivisme et stalinisme est profond, combien le lien entre accumulation et domination est consubstantiel. La déstalinisation sera d’abord la fin du discours sur les générations sacrifiées et permettra d’améliorer le sort de 16 % de la main d’œuvre qui verra son salaire augmenter d’un bon tiers (J. Pavlevski). La chute de Khrouchtchev permettra à la bureaucratie de reprendre la main et de poursuivre son combat contre le nivellement des salaires au nom d’une accumulation du capital et de lendemains qui chanteraient. On lit ainsi dans le programme du Comité Central du PCUS, adopté lors du 50e anniversaire de la révolution d’octobre : « Tout nivellement dans la distribution des salaires aurait supprimé l’intérêt des travailleurs aux fruits de leur labeur, ainsi que leur désir d’élever leur niveau professionnel et culturel. C’est l’intéressement, qui, dans le régime socialiste, stimule chez les individus le désir d’élever la productivité et de développer leurs aptitudes et leurs talents. ».

 

L’enjeu est donc de nier la possibilité d’inventer de nouveaux modes de vie, d’empêcher les milieux populaires de déployer leur créativité (ne serait-ce que par la remise en cause de la division du travail). Le choix du productivisme est bien celui de la défense d’une nouvelle classe sociale, la bureaucratie, celui du stalinisme. Cette lutte des classes menée par la bourgeoisie rouge contre le peuple déborde largement le seul terrain de l’économie. Le Stalinisme l’emporte en même temps dans le champ économique, social, culturel, politique, en battant notamment en brèche toute idée d’une « reconstruction des modes de vie » de type communiste. Face aux expériences en matière d’amour libre, Zalkind, psychologue officiel, explique que l’homme possède une certaine somme d’énergie vitale et que toute parcelle de ce précieux influx consacrée à la vie sexuelle serait perdue pour l’édification socialiste. Il fera même de l’abstinence, contrairement au freudo-marxisme, une caractéristique de l’homme socialiste. Face à Alexandra Kollontaï, égérie communiste féministe russe, qui souhaite une mutation rapide des structures familiales, Semachko, le premier Commissaire au peuple à la santé, s’inquiète des conséquences des nouvelles libertés individuelles… Face aux « désurbanistes » comme Ohitovitch qui voulaient en finir avec l’urbanisation ou aux « urbanistes » comme Sabsovitch qui cherchaient différemment de nouveaux modes de vie, le stalinisme répondra que la ville socialiste existe déjà… Face aux partisans d’un « art de gauche », conçu comme un instrument de libération et qui souhaitaient non seulement démocratiser la culture mais procéder à son appropriation collective, à l’image de la révolution, des moyens de production et de la science… Staline censurera et parlera d’art « gauchiste » et « petit-bourgeois » (sic). On pourrait continuer pendant des heures à montrer que c’est dans un laps de temps très court que le stalinisme va interdire toute expérimentation sociale au nom du productivisme/économisme. Les autres dirigeants bolchéviques tenteront de résister aux menaces que le stalinisme faisait peser sur ces expérimentations. Trotski publiera ainsi en 1923 une série d’articles sur la nécessité de défendre et promouvoir ces « nouveaux modes de vie », Kroupskaïa (veuve de Lénine), pourtant fort timide dans ce domaine, consacrera une série d’articles entre 1922 et 1930 à expliquer que « le socialisme n’est pas qu’un système économique ». Anatole Kopp note que Staline fera disparaitre des bibliothèques et centres d’archives tout ce qui concerne les expériences en matière de modes de vie alternatifs, particulièrement les récits traitant des communes « libertaires ». Aussi, alors que l’URSS préstalinienne était au cœur des recherches pionnières sur l’écologie comme l’atteste l’invention en 1925 du concept de Biosphère introduit par Vladimir Vernadsky (1863-1945), le père de la science soviétique, le stalinisme marquera la glaciation de toute pensée, ce qui autorise John Bellamy Foster a parler de « trou noir » avec/après le stalinisme : « le stalinisme purgera littéralement le commandement et la communauté scientifique soviétique de ses éléments les plus écologiques –ce qui n’avait rien d’arbitraire, puisque c’est dans ces cercles que se trouvait une part de la résistance à l’accumulation primitive socialiste » (Marx écologiste, Amsterdam, p. 25). Boukharine et Vavilov seront, selon lui, les deux grands symboles de cette défaite de la pensée écologiste/antiproductiviste soviétique. Bellamy note que le marxisme de l’Ouest ne résistera pas mieux en devenant un positivisme concevant une histoire humaine isolée de la nature. La seule exception majeure serait le marxisme britannique et notamment Christopher Caudwell.

 

 

Cette victoire du productivisme et cette condamnation des expérimentations sont liées à la thèse de Staline de 1924 sur la possibilité d’édifier « le socialisme dans un seul pays », à la prise du pouvoir par la bureaucratie qui a fait de l’Etat et du parti sa propriété privée et à la liquidation systématique des opposants. Le Comité central du PCUS pouvait déclarer dès 1930 que toutes ces expérimentations étaient désormais inutiles puisque le mode de vie « socialiste » était déjà là, que le « socialisme » était déjà réalisé : «  Actuellement, certains conjuguent à tous les temps la formule « nous devons construire la cité socialiste ». Ceux qui disent cela oublient un « détail », c’est que du point de vue social et politique, les villes de l’URSS sont déjà des villes socialistes. ». Le stalinisme liquidera en même temps les avant-gardes dans tous les secteurs, économiques, politiques, artistiques (constructivisme, futurisme). Le procureur stalinien Vychinski traitera ces « gauchistes » de « clowns et de pygmées (…) d’aventuriers qui ont essayé de piétiner de leurs pieds boueux les fleurs les plus odorantes de notre jardin socialiste » avant de conclure « il faut fusiller ces chiens enragés ». Exit les expérimentations et l’antiproductivisme ! Vive l’accumulation du capital ! La bureaucratie n’a qu’un ennemi : les masses et donc tout ce qui peut favoriser les liens sociaux forts et la créativité populaire. Aux expérimentations libres allaient succéder le « basic communiste » et le suicide de Maïakovski dont le crime fut de rêver un monde autre. Anatole Kopp s’interrogeait en 1975 : certes toutes ces expérimentations passaient par un certain ascétisme dans la vie quotidienne mais « cet ascétisme aurait-il été plus contraignant que celui imposé pendant des décennies aux familles soviétiques entassées, bureaucratie oblige, dans des appartements non conçus à cet usage ? ».Cet ascétisme anti-productiviste passait, lui, par une simplification du mode de vie au niveau de l’habitat, par une transformation des objets quotidiens et même des vêtements. Ainsi les constructions légères proposées par les « désurbanistes » auraient-elles été préférables à la crise du logement généralisée. Anatole Kopp avance en creux la vraie raison de ce refus des nouveaux modes de vie, de ce choix du productivisme étatique : « Le « désurbanisme » pouvait être mis graduellement en pratique car il constituait, avant d’être une solution architecturale, une stratégie de développement non centralisée, non bureaucratique, à l’ « échelle humaine ». »(p. 352-353). Telle aurait pu être en effet l’autre voie, un socialisme démocratique, un socialisme éloigné de tous les chemins de l’économie classique, du productivisme : « Que sont devenus Sabsovith Okhitovitch, Larine, tous les économistes, tous les sociologues du premier plan quinquennal ? Combien d’entre eux ont descendu l’escalier de la Lioubianka et reçurent une balle dans la nuque pour avoir voulu changer la vie ? ».

 

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Résoudre la question du chômage

 

Résoudre la question du chômage

Editorial Le Sarkophage de mai 2013

 

Le capitalisme a toujours aimé disposer d’une armée de réserve pour opposer chômeurs et salariés et mieux exploiter ceux qui « ont la chance » de trimer. La mondialisation en mettant les peuples en concurrence tandis que la petite caste au pouvoir s’entend sur ses propres rémunérations (qui ne doivent rien à la loi de l’offre et de la demande mais tout aux Comités de rémunérations des firmes) a permis au capital de paupériser les salariés et de créer artificiellement un chômage de masse mondial. Ce ne sont pas les appauvris du Sud qui volent les emplois des appauvris du Nord puisque le chômage concerne d’abord les peuples de la périphérie. Réfléchir autrement à la question du travail est urgent au moment où, selon les pays, plus d’un jeune sur deux ou un jeune sur quatre est sans emploi. Nous ne nous opposerons à cette victoire du capital qu’en organisant une nouvelle réduction du temps de travail (« travailler moins pour travailler tous »). Nous devons, pour cela, regagner préalablement la bataille des idées dans trois grands domaines : il n’est pas vrai que les Français travaillent peu… Les statistiques officielles sont trompeuses : on répète que les Français seraient, avec les Finlandais, ceux qui travailleraient le moins annuellement de toute l’Europe, mais ces chiffres sont obtenus en enlevant des calculs ceux qui travaillent à temps partiel, alors qu’une majorité d’entre nous subissent cette situation. Si on intègre le travail partiel choisi ou subi, les Français travaillent 36,5 heures hebdomadaires, les Allemands 33 et les Etats-uniens 31 heures… Deuxième idée fausse : les 35 heures auraient été la plus grande réduction de l’Histoire. Passons déjà sur le fait que Martine Aubry étant opposée à cette réforme (voulue par DSK), elle fut réalisée dans les pires conditions (en favorisant la dérégulation du travail sous couvert d’annualisation, en supprimant le temps de pause dans le calcul, en embauchant pas notamment dans les hôpitaux, etc). Cette période ouverte par la loi sur les 35 heures ne constitue pas, au regard de la longue histoire, celle de la plus grande réduction mais de la plus petite. Cette loi a mis fin au processus de réduction du temps de travail qui fut plus massif au cours du dernier siècle. Troisième erreur classique : la droite et la gauche productiviste partagent le même mensonge qui est de faire croire que la réduction du temps de travail serait le fruit de l’industrialisation : béni seraient donc le machinisme et les gains de productivité ! Non seulement le temps de travail moyen était beaucoup plus faible au Moyen-âge qu’après la révolution industrielle avec plus d’un jour sur trois non travaillé, mais les conflits pour la réduction du temps de travail existaient déjà dés le XIVe siècle. Les historiens ont établi que les luttes au sein des Corporations du Moyen-âge portaient principalement sur cette question du temps de travail, conflits entre maitres et avec les salariés. Le grand débat social de l’époque était déjà de définir la durée normale d’une journée de travail, puisque le paiement des salaires se faisait alors à la journée. Le Livre des Métiers écrit, en 1268, par Etienne Boileau énumère ainsi la durée du temps de travail maximal pour une centaine de métiers des plus importants. Non seulement des amendes sont prévues en cas de dépassement, mais l’usage de la cloche associé à celui du sablier puis des horloges est fermement établi. Des milliers de conflits ont ainsi été recensés. Le Maire de Provens suscitera une émeute au cours de laquelle il sera tué pour avoir reculé la cloche. Le Parlement de Paris précisera que la cloche doit tenir compte du temps de déplacement pour permettre aux ouvriers de rentrer chez eux avant la tombée de la nuit, signe que le temps de trajet est pris en compte dans le calcul du temps de travail. Au XVIe siècle, la journée de travail dans les Mines est limitée à huit heures et même parfois à six heures... C’est la révolution industrielle qui va provoquer l’augmentation de la durée du travail, même si les conflits autour de cette question restent nombreux. Sous l’Empire les relieurs entrent en lutte pour passer de 12 heures à 10 heures de travail quotidien, tandis que les tailleurs de pierre de Paris revendiquent 12 heures l’été et 10 l’hiver. Une des principales formes d’auto-réduction de la durée du travail sera le mouvement connu sous le nom de la « Saint Lundi »… mouvement qui concernera presque toute l’Europe et qui pratiquera des auto-réductions au-delà de la seule journée du lundi. Vers 1730, les imprimeurs lyonnais commençaient leur semaine de travail le jeudi, tandis que les artisans de Paris chômaient le lundi et un mardi sur deux… Cette coutume de chômer au moins le lundi est si importante qu’elle est considérée comme un des grands fléaux sociaux et moraux par les milieux d’affaires mais aussi par l’église catholique. Le pire à leurs yeux n’est pas que les ouvriers fassent la fête mais qu’ils profitent de ce jour pour faire de la politique ! Il faudra attendre la fin du XIXe siècle et donc la seconde révolution industrielle pour voir décliner la coutume du « Saint-Lundi »,  mise à mort rendue possible par la défaite de la Commune de Paris. La lutte pour « la journée de huit heures » lancée par la CGT dès 1880 permettra cependant très vite de renouer avec ce combat des prolétaires. Ce combat est toujours le nôtre même s’il doit être pensé dans des conditions totalement nouvelles. Nous ne partons cependant pas de rien pour nourrir le débat. Souvenons déjà du succès en 1979 de l’ouvrage « Travailler deux heures par jour » écrit par un collectif dénommé ADRET. Ce texte est particulièrement intéressant, car il intègre ce que pourrait être une bonne planification écologique. L’objectif de travailler 2 heures par jour est fondé sur la « réduction volontaire de la production » (sic), décision indispensable à l’émergence d’une société différente, refusant les gaspillages et l’obsolescence programmée. Voilà du travail sur la planche pour donner du corps à la « Règle verte » actuellement en débat au sein du Front de gauche et bien au-delà ! L’intelligence de l’ADRET était de définir ce « travail lié » comme le temps de travail incompressible pour maintenir la production panifiée. Il y a urgence à reprendre les calculs. Combien de production donc de travail nécessaires? En attendant que les citoyens s’emparent de ce débat, imposant le retour à la retraite à 60 ans avec 37 annuités et demi, au prix d’une réduction des hautes retraites, imposons la semaine des 32 heures, imposons la limitation des stages en entreprise (il n’y a pas si longtemps, ils n’existaient pas même dans les lycées techniques, les CET…des années soixante-dix), interdisons les stages non rémunérés au tarif des salariés, comme cela se pratique aux Etats-Unis. Nous ne manquons décidemment pas d’idées. Osons simplement les défendre en ces temps maussades ! 

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20 décembre 2013

Entretien avec Serge Letchimy, In les Z'indigné(e)s décembre 2013

Entretien avec Serge Letchimy

Président de la Région Martinique, député, ancien Maire de Fort de France, Président du Parti du Peuple Martiniquais (PPM)

 

« Dans le monde, un enfant meurt toutes les minutes, de faim, ou de malnutrition, ou broyé par une guerre. Mais ces enfants qui meurent ne se trouvent pas n’importe où sur la planète. Cette hécatombe n’a pas lieu en Occident, encore moins dans l’hémisphère Nord, jamais dans les anciens pays colonisateurs. Elle a lieu dans l’hémisphère sud, le plus souvent dans les pays jadis colonisés et particulièrement en Afrique, en Asie, ou en Amérique du Sud. Et ce n’est pas un avatar de la malédiction de Cham ! Ce n’est pas l’esprit de Cham qui nous poursuit comme un sort jeté au nègre, mais l’inévitable accomplissement d’une domination qui trouve ses racines dans l’idéologie de la race supérieure. Idéologie qui trouve dans la domination technologique et spéculative, les nouvelles justifications d’une gouvernance mondiale de prédation. Je parle de la surexploitation économique des terres et des forets (…) je parle de la politique néocoloniale d’un capitalisme financier dévastateur (..) je dénonce l’exploitation des ressources minières des pays en voie de développement et les scandales des grandes compagnies pétrolières abusant de leur position dominante, je parle du développement inconsidéré des agro-carburants au détriment de l’autosatisfaction alimentaire locale, je dénonce le marché carbone dans le cadre des luttes pour la réduction des gaz à effet de serre, au détriment des pays pauvres, et au profit des pays riches (…) L’idée que serait révolue la pensée occidentale d’une mission de civilisation est une absurdité. L’idée d’un monde multipolaire chemine de manière suffisamment poussive pour que l’uniformisation insidieuse prenne le pas sur une civilisation de la diversité. » (Serge Letchimy, Président de Région)

 

 

Paul Ariès : Les lecteurs des Z’indigné€s se souviennent de votre interpellation de Claude Guéant à l’Assemblée Nationale et de la Lettre Ouverte que vous lui avez adressée en 2012. Vous avez à l’Assemblée Nationale tenu une parole forte qui a provoqué un incident de séance avec le départ des membres du gouvernement de l’Assemblée Nationale… Il était important que ces mots fussent prononcés et qu’ils le soient par un député d’outre-mer, par un héritier de Césaire. Dans votre lettre ouverte à Claude Guéant publié le 6 février 2012 vous rappeliez que cette terre a vu naître Aimé Césaire, Frantz fanon, Edouard Glissant, vous rappeliez que ces hommes furent de grands humanistes, que leurs vies et leurs combats se sont situés en face de ces crimes que furent la traite, l’esclavage, les génocides, les immigrations inhumaines, ou la colonisation dans tous ses avatars… Vous rappeliez que si ces hommes ont combattu la pire des France, celle qui justifiait les conquêtes et les exploitations, vous n’avez jamais entendu un seul de ces hommes décréter que la civilisation européenne ou que la culture française serait inférieure à n’importe quelle autre, vous ne les avez jamais entendus prétendre que le goupillon de la chrétienté (qui a sanctifié tant de dénis d’humanité) serait plus primitif que tel bout liturgique d’une religion quelconque. Vous dites que ces hommes ont établi la distinction entre cette France de l’ombre et la France des lumières…

Serge Letchimy :  J’ai voulu dire à Monsieur Guéant qu’avec ses chasses à l’immigré, qu’avec sa célébration d’une hiérarchisation entre les cultures et les civilisations, il portait atteinte à l’honneur de son gouvernement et à l’image d’une France des Lumières qui visiblement n’est pas la sienne. Lors de mon intervention, je m’attendais à quelque chose de violent, mais pas à cette fuite du gouvernement. J’avais mûrement et longuement réfléchi à cette intervention. Je voulais cette parole forte car il fallait provoquer une prise de conscience collective. Je crois beaucoup à ces moments de régénération dont parlent Aimé Césaire et Castoriadis.  Cela permet de sortir du confort intellectuel et de l’ambigüité. Fillon est par exemple d’une ambigüité extraordinaire. Tout converge aujourd’hui pour favoriser le repli sur soi, la stigmatisation de l’autre, la xénophobie, le racisme. Ceux qui cultivent ces tendances sont objectivement responsables de la montée de l’extrême-droite, du Front national. Cette parole forte a provoqué une réaction très violente car elle a obligé une mémoire profondément enfouie à refaire surface.

Paul Ariès : cette parole était nécessaire à l’égard de la droite. Je dirai volontiers qu’elle fut aussi féconde pour les gauches. Comment expliquez-vous d’ailleurs historiquement cette faiblesse des partis politique hexagonaux en Martinique ? Avez-vous le sentiment que, comme le disait Aimé Césaire, nous n’en avons pas encore fini avec la fraternalisme ?

Serge Letchimy : Je vous remercie déjà de citer ce texte fondateur.  Comme l’écrivait en effet Césaire dans sa Lettre à Thorez : la gauche française et notamment sa mouvance communiste ne se sont jamais totalement libérées de la visée assimilationniste renforcée par la tradition jacobine. Césaire avait inventé le mot de « fraternalisme » pour désigner cette posture du grand-frère qui, imbu de sa supériorité et sûr de son expérience, vous prend la main (d’une main hélas ! parfois rude) pour vous conduire sur la route où il sait se trouver la Raison et le Progrès.  Or comme l’écrivait Césaire c’est très exactement ce dont nous ne voulons pas, ce dont nous ne voulons plus. Les peuples noirs sont riches d’énergie et de passion, il ne leur manque ni vigueur ni imagination, mais ces forces ne peuvent que s’étioler dans des organisations qui ne leur sont pas propres… Césaire refusait ainsi l’assimilationnisme invétéré du parti communiste, son chauvinisme inconscient.  Nous devons tirer aujourd’hui les leçons des impasses et difficultés qui sont y compris les nôtres. C’est pourquoi nous proposons aujourd’hui de constitutionnaliser le principe d’autonomie, pour dépassionner le débat, pour sortir de l’impuissance. Nous devons dire que la société française est multiculturelle, même si elle ne le sait pas, même lorsqu’elle choisit de ne pas le savoir. L’objectif est de dépasser la puissance de l’assimilationnisme y compris dans le domaine économique. Nous devons créer une autre ferveur fondée sur une pensée écologique pour poursuivre le mouvement de l’émancipation. Nous devons revisiter les notions de richesses, de bonheur. Nous devons faire cohabiter le respect des traditions, des usages populaires et le droit de remettre en cause les énergies fossiles, nous devons refuser la centralisation. Nous devons construire en tout notre propre modèle insulaire… y compris en rouvrant le débat sur le besoin d’une économie administrée. Nous devons repenser jusqu’au concept d’indépendance. Le seul combat qui vaille est celui de l’autonomie vraie. Nous devons marcher vers un nouvel état d’esprit, celui d’une autonomie instituée dans chacun de nos choix, et ceci de manière explicite et permanente. Nous devons rester fidèles à cette conception très césairienne de la liberté qui est l’autonomie ! Une autonomie inscrite dans la Constitution, une autonomie où l’égalité, comme socle de nos diversités, n’est en aucune manière synonyme de dépendance, mais s’érige en un signe d’appartenance solidaire tout autant que d’affirmation d’une irréductible différence. C’est pourquoi nous privilégions une autonomie constitutionnelle qui garantisse à la fois le droit à l’égalité, cette conquête ancienne, et le droit à la différence, donc à l’initiative et à la responsabilité, donc à l’intelligence endogène, donc à l’autonomie, conquête moderne.


Paul Ariès : Je vois dans votre démarche novatrice quelque chose de très proche de la reconnaissance par la Bolivie et l’Equateur de la notion d’Etat plurinational, pluriculturel. J’ai envie d’établir un parallèle avec le vote par l’Assemblée de Corse, ce 27 septembre, par une large majorité de 46 voix sur 51, d’un projet de réforme visant à mentionner l’île dans la constitution pour lui accorder une plus grande décentralisation. Certains ont même parlé de « méthode Letchimy ».

Serge Letchimy : La Martinique n’est bien sûr ni la Bolivie ou l’Equateur ni même la Corse mais les questionnements et les réponses peuvent aller cependant dans la même direction. Ce n’est pas au peuple de se plier aux carences de la constitution, mais c’est à cette constitution de s’adapter aux aspirations profondes des peuples et à leurs légitimes revendications. Il s’agit donc de faire évoluer la culture de l’autonomie dans l’imaginaire politique de la France et de faire respecter le peuple Martiniquais dans sa trajectoire historique vers un monde complexe, un monde d’interdépendance, un monde aux multiples enjeux planétaires qui donne un autre sens et une autre signification aux idées d’autonomie et d’indépendance. La voie constitutionnelle apparait comme une voie sécurisant tous les articles de la Constitution sur le principe du droit à la différence dans l’égalité des droits de la République française.

 

Paul Ariès : Vous venez de lancer un très grand débat sur l’avenir de la Martinique dans les prochaines décennies. Vous renouez ainsi avec une certaine idée de la planification politique contre l’idéologie du tout-marché mais dans quelle direction souhaitez-vous que la Martinique s’engage ?

Serge Letchimy : Nous ancrons ce Plan d’Action pour le Développement de la Martinique (PADM) dans une visée de changement d’économie dans un contexte de mutation écologique. La Martinique doit passer d’une économie de dépendance et d’assistanat à une économie qui permette à la Martinique de « vivre bien » de ses propres richesses en développant notamment son autonomie alimentaire, son autonomie énergétique, en faisant du secteur de l’économie sociale et solidaire son principal levier d’évolution.  Nous allons pour cela développer des expérimentations, de véritables politiques structurantes car, comme le disait déjà Césaire, nous avons un paysage…il faut en faire un pays.

Paul Ariès : Seriez-vous d’accord pour dire avec Alberto Accosta, l’un des pères du mouvement du Buen vivir sud-américain, l’ex-Président du Conseil constitutionnel de L’Equateur, que le « bien vivre » que vous voulez ce n’est pas le « bien-être » au sens de la société d’hyperconsommation occidentale ?

Serge Letchimy : Le capitalisme nous a réduits à n’être que des consommateurs. C’est vrai dans tous les pays du monde mais peut être davantage encore en Martinique. Cette réduction nous livre corps et âme à notre « pouvoir d’achat » qui apparait désormais comme la voie royale vers le bonheur. Cette prétendue voie royale nous a fait abandonner les multiples activités humaines qui constituaient le « travail » au sens d’activité pour nous cantonner dans cet unique ouvrage que l’on appelle « l’emploi ». Nous n’avons plus que cet emploi salarié pour vivre et pour nous réaliser humainement. Le « travail » au sens d’activité était formateur d’humanité, de créativité, d’estime de soi, bref de richesses sociales. L’emploi n’est, en revanche, le plus souvent qu’une source de salaire c'est-à-dire de la rémunération d’un consommateur. Dès lors, les logiques les plus tragiques s’enclenchent : sans emploi salarié pas de pouvoir d’achat, sans pouvoir d’achat pas de consommation possible, sans consommation pas d’existence tout court. Vous avez raison de dire que la société de consommation a détruit les autres façons de vivre.

Question : Seriez-vous d’accord avec le Président de la République de l’Uruguay, « pepe » Mujica, pour dire « Il ne faut pas perdre sa vie à accumuler. C’est le besoin d’accumuler qui déforme l’intelligence des gens intelligents. Cette civilisation est une tromperie, elle fait croire qu’on pourra continuer sans cesse à accumuler et ce n’est pas vrai et elle fait croire que chacun pourra consommer autant qu’il veut et ce n’est pas vrai non plus » (in Le Sarkophage/ La vie est à nous ! de janvier 2013).

Serge Letchimy : J’aime beaucoup cette formule du Président de l’Uruguay mais Je le dis autrement avec mes propres mots. C’est le désir d’un grand pouvoir d’achat qui nous précipite tous vers l’idée d’un profit maximal, et cette idée n’atteint pas seulement les plus prédateurs, elle nous touche tous… Elle touche aussi les classes populaires d’une certaine façon.  L’idée d’un profit maximal permanent et en constante augmentation est une aberration économique, sociale, morale et un destructeur de lien social, de sens et de valeurs. Nous devons lui opposer toutes les autres dimensions humaines aujourd’hui niées et écrasés par le toujours plus. C’est pourquoi nous entendons faire de l’économie sociale et solidaire le principal levier de développement de la Martinique. Nous devons prendre appui sur ce qui subsiste de coopératives, de mutuelles, de bénévolat, d’entraide, d’artisanat, de commerce équitable, solidaire, éthique. La métropole n’a jamais manqué de plans pour favoriser la croissance économique en Martinique mais jamais pour permettre son véritable développement…

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28 février 2014

Pourquoi Carreidas m’a fasciné ?

 

texte paru sous une version courte dans Politis décembre 2013 

J’ai longtemps été fasciné par le personnage de Lazlo Carreidas dans Tintin… l’homme-qui-ne-rit-jamais. Je parle bien de cette fascination que provoque le serpent et non pas de celle que produit les héros positifs. Qu’est-ce qui pouvait séduire un gone de 12 ans de culture ouvrière communiste chez ce personnage ni franchement sympathique ni vraiment très méchant… Ce milliardaire apparait dans Vol 714 pour Sidney… Tintin et Haddock qui se rendent à un congrès international d’astronautique après avoir marché sur la lune sont invités par Carreidas dans son jet personnel. Mais des franchement « méchants » ont décidé d’enlever le milliardaire pour s’emparer de sa fortune… J’appris bien plus tard qu’il y avait du Marcel Dassault chez Carreidas, même chapeau, même écharpe, même lunettes. Il construit comme Dassault des avions. Il possède même des compagnies pétrolières et la célèbre marque Sani Cola (allez savoir si mon aversion pour Coca-Cola ne vient pas aussi de là..). On dit aussi que Dassault ne savait pas rire ni même sourire. Il y a aussi du Picsou chez Carreidas : il occupe  comme lui une posture anale en étant assis sur son gros tas (d’or). Mais contrairement au bien nommé Picsou, Carreidas n’est pas un capitaliste monomaniaque du fric… mais avant tout un obsessionnel de son vieux couvre-chef. Carreidas est autant au sens propre qu’au sens figuré l’homme-qui-ne-se-découvre-jamais que celui qui ne rit jamais : éternel enrhumé, refusant de serrer la main par crainte de la maladie, incapable de parler de lui… Carreidas donne raison à Bergson qui écrivait que le rire est le propre de l’homme, car cet homme-qui-ne-rit-jamais est un asocial, un solitaire, un pauvre type. Carreidas n’a donc rien de sympathique : Il est radin (il choisit son avion le plus économique, il commande sa propre boisson mais en contenance familiale..), il est tricheur (il installe une caméra pour espionner le jeu de bataille navale du capitaine Hadock), il est assurément un mauvais patron (ses employés complotent ouvertement contre lui…). Il n’a ni ami ni amour. Il fait davantage figure de dur-à-jouir que d’un « killer ». Je disais qu’il était un pauvre type : Haddock le prend même pour un pauvre et lui fait l’aumône... De quoi donc Carreidas tire-t-il  son pouvoir de fascination ? Son nom déjà est un indice : un carré (et plus encore un carré d’as) est pour les pythagoriciens le symbole de la puissance, de la toute-puissance (puisque mise au carré)…Son absence de rire (ou de sourire) ensuite : Buster Keaton ne rit pas davantage que Carreidas mais ce héros positif est victime de ses propres mauvais coups, il échoue à devenir un champion, un gagnant. Buster Keaton ne rit pas (contrairement à Charlot) car il est sans psychologie… ses gags ne doivent rien à son humanité mais à un simple enchainement de faits conçu avec une précision littéralement géométrique… Carreidas tire son pouvoir de séduction de sa congruence finalement avec certains grands mythes. Carreidas c’est la figure moine-soldat, c’est l’homme ou la femme voué sa tâche, monomaniaque devant l’histoire, c’est celui qui sacrifie quelque chose en lui. Il y a du Birkut chez Carreidas, cet ouvrier de choc de l’homme de marbre de Wajda, il y a du stakhanoviste. Carreidas c’est celui qui est d’un seul morceau, celui qui n’échappe pas sa condition scolaire  (celui qui refuse de regarder les oiseaux par la fenêtre de la classe pendant que la maitresse fait sa leçon, c’est l’anti « gros Pierrot » de Michel Fugain), celui qui n’échappe pas à sa condition prolétaire (au point de battre les normes), celui qui n’oublie jamais la révolution (qui dévore ses enfants tandis qu’on ne peut avoir raison contre le parti). Carreidas fascine car il est à l’image de ce surmoi auquel on voulait alors nous soumettre… L’homme-qui-ne-rit-jamais n’est pas l’antithèse de « L’homme qui rit », ce grand roman philosophique de Victor Hugo… L’homme-qui-rit est aussi une mutilation de l’humanité. Souvenons-nous en au moment où le management moderne ne rêve que de « taylorisation du sourire » ! La vraie antithèse de l’homme-qui-ne-rit-jamais c’est l’homo-ludens, c’est la part d’irrationnel de nos existences. Seul Tournesol peut faire rire Carreidas !

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01 septembre 2014

Confrontation de Paul Ariès, Les Z'indigné(e)s et Amar Bellal, revue Progressiste (PCF)

 

 

Le retour de la gauche scientiste

Lettre ouverte de Paul Ariès à Amar Bellal, dirigeant communiste

Texte paru dans le N°13 du mensuel les Z’indigné€s, mars 2014

 

Non l’éco-communisme ce n’est pas la planification démocratique plus la révolution NBIC

 Le lancement de la revue Progressistes par des dirigeants du Parti communiste a de quoi inquiéter tous les écologistes. Non pas seulement parce que cette revue prend le contre-pied des luttes menées contre les OGM, le nucléaire, les Grands Projets Inutiles Imposés mais parce que tous ces désaccords ponctuels expriment un divorce sur l’évolution même de la technoscience capitaliste, notamment la fameuse « convergence » voulue par les Etats-Unis et les grandes firmes dans le cadre de la révolution NBIC (nanotechnologies, bactériologie, sciences de l’information et cognitives), ils révèlent également un désaccord de fond sur le rapport entre science et société, entre science et démocratie… Lettre ouverte à Amar Bellal, rédacteur en chef de « Progressistes ».

Nous avons choisi de nous adresser à Amar Bellal, rédacteur en chef de la revue Progressistes et l’un des responsables de la commission écologie du PCF… Chacun comprendra que le Front de gauche antiproductiviste, né de l’appel lancé par Paul Ariès et Jacques Testart, soit mort-né au sein du Front de gauche institutionnel mais vit au sein de la société. Non, Amar Bellal, l’éco-socialisme et l’éco-communisme ne seront jamais la planification écologique plus la révolution NBIC, à la façon de Lénine déclarant que le socialisme c’est les soviets plus l’électricité ; non, Amar Bellal, l’émancipation, ce n’est pas l’hégémonie de la raison calculante et l’illusion d’une amélioration infinie de la vie par les techniques.

Face à la gravité de la situation, nous ne nous en tirerons pas en reprenant simplement la vieille et bonne opposition entre la science émancipatrice et le scientisme asservissant, car il s’agit bien de porter le fer jusqu’à la conception même du vivant qu’impose aujourd’hui la science dominante, une science qui réduit la vie à une série d’éléments de base (le gène en biologie, le bit en, informatique, le neurone en sciences cognitive, l’atome) qui seraient aisément manipulables et reprogrammables à volonté. Ce projet pour la science du XXIe siècle, adopté par les Etats-Unis, avec l’intervention forte du courant transhumaniste dont se revendique l’un des deux co-auteurs du rapport final et sous la pression des grandes firmes n’est pas neutre « socialement ». Nous devons donc prendre conscience que la question de l’orientation de la recherche scientifique est plus que jamais fondamentale. Comment la gauche pourrait-elle défendre la même orientation de la recherche que les firmes capitalistes et productivistes ?

La réflexion au sein du Front de gauche est aujourd’hui bloquée par ces clivages, des clivages non dits pour sauver les alliances. La difficulté tient aussi à ce qu’on peut désormais entendre au sein du PCF des positions totalement contradictoires, de la même façon que les communistes du PCF vont aux municipales en ordre dispersé, souvent avec le parti socialiste, même lorsqu’il est le plus à droite, parfois avec les autres forces du Front de gauche, parfois aussi en soutenant des listes citoyennes et alternatives, parfois enfin en ayant des candidats sur des listes opposées… On pourrait à la rigueur se réjouir de cette diversité si elle influait sur les choix de la direction du PCF mais, dans ce domaine comme dans d’autres, cette liberté à la base n‘est possible que parce qu’elle est sans rapport avec les choix stratégiques de l’appareil. Une lecture même rapide de deux organes de presse du PCF, la revue Progressistes et la lettre Communisme et écologie montre qu’existe, sur de nombreuses questions, un grand écart. Le courant qui s‘exprime au travers de la revue Progressistes a choisi de mener une guerre sans merci contre la science citoyenne et appelle aussi à combattre l’antiproductivisme de gauche.

Ecoutons son principal animateur, Amar Bellal : « L’usage facile et répété des slogans contre le « productivisme » à gauche n’est pas vraiment un bon signe : cela relève plutôt d’une méconnaissance de la réalité démographique, et de la sous-estimation des défis que nous allons devoir affronter »… Comme si, cher Amar Bellal, le problème était celui d’un « trop d’humains », comme si aussi la croissance économique, le « toujours plus » était la solution à l’exploitation économique et à la misère des masses. Il faut être riche pour croire encore à cette fable productiviste, comme il faut être un Président des pauvres comme « pepe » Mujica en Uruguay pour dénoncer ce chantage constant au partage de la misère ! Ce n’est donc pas par hasard que l’on croise au fil des pages des textes en défense du nucléaire, des OGM, des nano-technologies, des Grands projets inutiles imposés, de la voiture tout-électrique, de la ligne Lyon- Turin, de la billetique, de l’aéronautique, des transports spatiaux, de l’informatisation généralisée, etc. Ce n’est pas par hasard non plus que la revue prend position contre le scénario Négawatt (cher pourtant au Front de gauche), qui ne serait qu’un partage de la pénurie (sic), ou contre le slogan militant « ni ici ni ailleurs », utilisé pour refuser les GPII sans tomber dans le fameux syndrome NIMBY (« pas dans mon jardin »), slogan pervers (sic) car il masquerait une forme de néo-colonialisme déguisée de préoccupations écologistes (rien que cela). Nous, partisans de l’éco-socialisme, de l’éco-communisme, nous, Objecteurs de croissance amoureux du Bien vivre, nous, militants de la démocratie réelle et participative ne pouvons qu’être inquiets de lire sous la plume d’un dirigeant communiste qu’il ne serait pas normal que n’importe qui puisse s’exprimer sur n’importe quel sujet, comme si la vraie démocratie n’était pas justement de postuler la compétence des gens incompétents : « On peut parler de déchets sans avoir la moindre notion de chimie, commenter le rendement des centrales électriques sans avoir entendu parler du principe de Carnot… »

Et bien oui, on peut aussi parler de répartition de la valeur ajoutée dans l’entreprise sans être agrégé d’économie, on peut même penser, parler et voter sans savoir lire ni écrire… L’éducation populaire c’est aussi de rompre avec ce modèle d’un savoir qui tomberait tout cuit du Ciel… de ceux qui savent. Non, les adeptes du « penser global, agir local » ne sont pas nécessairement des « démagos » et « réactionnaires » (sic). Cher Amara Bellel, tu finirais par nous faire croire que l‘écolo-communisme, dans lequel tu nous souhaites la bienvenue, serait contre les circuits courts, contre le fait de cultiver son jardin, de faire du vélo, de manger bio (sic)… heureusement nous connaissons des milliers de communistes « écolos » qui pensent autrement. Non Amar Bellal et Alain Pagano, combattre les GPII, ce n’est pas choisir le camp de l’austérité (sic), ce n’est pas dire non plus que l’homme et l’écologie seraient incompatibles (resic)… Non, cher Ama Bellal, ingénier et agrégé, on ne peut pas imprimer que le nucléaire civil aurait sauvé 1,84 millions de vie depuis 1971, c’est de même niveau que lorsque la droite et la FNSEA disent que l’agriculture productiviste aurait permis de nourrir la planète. Non, Amar Bellal et Sébastien Elka, l’objection de croissance amoureuse du bien vivre ce n’est pas « le retour individuel et individualiste à la terre », ce n’est pas Vichy. Non, Amar Bellal, la critique légitime du productiviste n’est pas « devenue par glissement la critique de la production sans nuance ». Non, Amar Bellal, l’objection de croissance ce n’est pas « d’accepter tacitement la délocalisation vers d’autres pays pour ne pas avoir à s’embarrasser de ses nuisances » (sic), ce n’est pas davantage accompagner la dévalorisation des métiers liés à la production (resic). Non, Amar Bellal, nous n’aurons pas « toujours besoin de produire plus » comme tu l’écris, nous aurons besoin pour satisfaire les besoins de la population croissante de répartir autrement le gâteau (le PIB) et d’en changer la recette. Si comme le reconnaît avec sagesse la revue Progressistes : « Un des grands débats dans le Front de gauche est de savoir si nous devrons produire plus dans un avenir proche afin de satisfaire les droits humains dans le monde ou si au contraire il suffira d’une politique de sobriété et de changement dans nos modes de vie. » alors ne commence pas par dénaturer les thèses antiproductivistes et accepte d’en débattre.

Non, Amar Bellal, le mépris ne peut tenir lieu de politique… Comment peux-tu renvoyer doctement dans les cordes les militants,qui effectivement ne sont pas tous savants comme toi, mais qui osent cependant défendre des idées émancipatrices ! Je préfère mille fois mes compagnons de lutte à l’agrégé Allègre ! Comment osestu écrire à l’encontre des gens ordinaires que l’inversion des valeurs ferait que « moins on en sait dans un domaine plus on est censé être objectif, « honnête » et indépendant»… Souhaites-tu que le petit peuple fasse encore chapeau bas devant tous les scientifiques et les Académies qui ne trouvaient pas l’amiante et la dioxine si dangereuses ? Nous préférons nous être aux côtés d’ATTAC pour s’interroger : « En se prononçant en faveur des OGM, les académies des Siences de médecine et de pharmacie sont-elles devenues des filiales des grandes firmes multinationales de l’agroalimentaire et de la pharmacie ? ». Allons donc cher Amar Bellal, c’est le même discours que sert le MEDEF à l’encontre des syndicalistes qui osent contester les choix « scientifiques » du patronat…

Cette conception de l’éco-communisme ne peut être celle du XXIe siècle, cette conception est celle d’un socialisme de l’ingénieur qui a tant fait de mal à la gauche et aux milieux populaires, un socialisme de l’ingénieur, digne héritier de Saint-Simon, qui explique l’amour passé des communistes pour le taylorisme et le fordisme, pour les grandes surfaces et les grands ensembles. Ce n’est pas vrai, que cette gauche-là aurait été productiviste parce que la question « écolo » n’aurait pas encore émergé durant les Trente Glorieuses, cette période diabolique que tu sembles regretter mais qui détruisit les cultures populaires, c’est à dire les façons pré (et post)-capitalistes de vivre et qui est responsable de l’effondrement écologique en cours, c’est le stalinisme qui tua tout ce qu’il y avait de pensée antiproductiviste, y compris au sein des communistes russes et… français. Non, Amar Bellal, l’anti-productivisme ne doit pas seulement dénoncer l‘obsession de produire pour accumuler des profits car le productivisme d’Etat de l’URSS n’était pas mieux !

Lanceurs d’alerte contre lobbies

Cher Amar Bellal, en considérant que ’ambition politique sans le progrès technique condamne à partager la pénurie (sic), tu adoptes le point de vue des riches sur la richesse, tu fais tienne la thèse d’une accumulation productiviste sans fin. Cher Amar Bellal, tu condamnes dans la foulée toute idée de « sciences citoyennes » que tu renvoies à la vieille opposition entre sciences bourgeoise et prolétarienne à la Lyssenko, tu diabolises pour faire bonne mesure les associations comme la CRIIRAD (nucléaire), le CRIGEN (OGM), le CRIIREN (ondes magnétiques) qui seraient toutes « pas si respectables que cela » car animées d’une «idéologie de type anti » (sic), tu qualifies leurs travaux de « canada-dry de l’expertise scientifique »… Gilles-Eric Seralini serait bien sûr à brûler vif tout comme les auteurs de l’étude sur l’impact du nuage de Tchernobyl en Corse, tout comme Marc Lipinski, biologiste mais aussi  élu EELV, chargé par le CNRS d’une mission « sciences citoyennes » en son sein…

Cher Amara Bellal je te comprends : tous ces lanceurs d’alerte font de la peine aux lobbies du nucléaire et des OGM en prônant ne« science plus ouverte à la société » ! Tous ces « anti » joueraient, selon toi, sur a peur et la perte de confiance envers les experts – ceux qui ont le monopole de la arole légitime comme disait le regretté Bourdieu… Bref, non seulement les sciences citoyennes marqueraient le retour des « sciences prolétariennes » mais leurs véritables motivations seraient douteuses :les militants antinucléaires ne feraient-ils pas finalement le jeu du lobby du charbon t du gaz (sic) ? La Fondation Sciences Citoyennes serait néfaste en faisant l’inverse du Telethon (cela tombe bien, nous n’aimons pas cette opération) car au lieu de demander aux citoyens de soutenir la Science (à majuscule) elle imposerait à la science de soutenir un effort politique (sic)… Comme si les choix en matière de recherche scientifiques et d’application n’étaient pas aussi politiques… Comme si à Cuba les médecins qui choisissent d’utiliser le TRAMIL (médecine fondée sur le refus des pétro-médicaments) contre le Vidal ne faisaient pas une politique de classe.

Le pire c’est que la revue Progressistes n’est pas isolée dans sa guerre contre les tenants d’une science citoyenne : on rapprochera sa démarche scientiste de celle du lobby « Confrontations Europe », Think Tank fondé en 1992 par des (ex)dirigeants du PCF comme Philippe Herzog (ancien membre du BP du PCF devenu depuis conseiller spécial de l’UMP Michel Barnier) ou Claude Fisher (ancienne secrétaire fédéral du PCF) mais aussi Jean-Pierre Brard (qui a aussi les honneurs de Progressistes) et le dirigeant de la CGT, Jean-Christophe le Duigou… « Confrontations Europe » défend l‘idée d’une Europe productiviste, nucléarisée… Parmi ses soutiens, on trouve le gratin des firmes comme Areva, Google, AXA, le CEA, Sanofi, Véolia, la Sodexo, etc. Parmi ses partenaires des représentants du MEDEF, de la CFDT, de la CGT, de la Fondation pour l’innovation politique, des anciens ministres de droite (Alain Lamassoure) comme de gauche (Michel Rocard), etc. Tout ce petit monde productiviste défend les OGM, le nucléaire, les bio-carburants et n’aime pas l‘idée d’une science citoyenne. Nous avions donc aux Z’indigné(e)s de très bonnes raisons de donner la parole à nos amis de la Fondation Sciences Citoyennes.

 

 

 

Le dirigeant communiste Amar Bellal répond aux Z’indigné€s

qui réécrivent à Amar Bellal…

N° des Z’indigné€s de mai 2014

 

 

 

Le dirigeant communiste Amar Bellal écrit aux Z’indigné(e)s

Les Z’indigné(e)s ont publié en mars Une lettre ouverte à Amar Bellal responsable communiste de la revue « Progressistes », symptôme, disions nous, d’une gauche toujours productiviste sinon scientiste. Nous publions ci-dessous la réponse de notre camarade Amar Bellal.

 

Amar Bellal, rédacteur en chef de Progressistes.

Ce texte est une réponse à la mise en cause ad hominem dont j'ai été la cible, et à travers moi, la revue Progressistes du Parti Communiste Français et les valeurs qu'elle défend. C'est donc sur le fond que je réponds ici en faisant fi des attaques personnelles.

 

Concernant l'énormité des besoins en France et dans le monde, peut-on parler de décroissance ?

Pour l'énergie, on sait qu'en dessous d'une consommation de 2 tep/habitant/an (TEP : TONNE ÉQUIVALENT PÉTROLE, UNE UNITÉ D'ÉNERGIE), le minimum vital n’est plus assuré : minimum qui permet d’avoir l’espérance de vie dont nous bénéficions. Un Français consomme en moyenne 4 tep/an, un Américain 8 tep/an, un Africain 0,5 tep/an. Alors si on passe toute l'humanité à 2 tep/hab, ce qui serait justice, cela fait tout de même une diminution par 2 pour les Français et par 4 pour les Américains : une forte décroissance donc pour ces pays riches. Mais 2 tep/habitant pour une population de 9,5 milliards d'ici 2050, ça fait combien de tep à produire au total ?.… 19 milliards de tep ! alors maintenant, autre question, combien on en produit aujourd'hui dans le monde ? juste un ordre de grandeur ? réponse : 13 milliards de tep... Cela veut dire qu'en 2050, non seulement on devra produire la même quantité d'énergie qu'aujourd'hui mais en plus il faudra sortir 6 milliards de tep en plus : et ce avec le moins d'atteinte possible à l’environnement, et juste pour assurer le minimum vital, le buen vivir comme on nous le répète si bien, pour les milliards d’Africains et d’Asiatiques. Et avec cela on donne encore des leçons de décroissance à la gauche ? Et porter ce discours sur la réalité des besoins, ce serait se mettre du côté d'Areva et de Total ? On se rangerait du côté des scientistes par le simple fait de rappeler ces chiffres lourds de sens et la difficulté que cela sous-tend ? Dans le texte de Paul Ariès, on n’est décidément pas très loin du niveau de la campagne de 2005, où on nous accusait d'être du côté de Le Pen sous prétexte qu'il appelait, comme nous, à voter Non au TCE.

 

Une des idées qui revient à plusieurs reprises aussi dans ce texte est que le PCF serait actuellement productiviste. Mais alors, pourquoi le PCF aurait-il corédigé et cosigné avec Paul Ariès notamment, l’appel du Front de Gauche contre les gaz de schistes par exemple ? Si vraiment le PCF était pour la production infinie, par idéologie, sans se soucier de la planète, ou simplement par bêtise, on serait alors ravi de sortir tous ces gaz de schistes présents sous nos pieds, non ? Et pourquoi alors ses militants, partout en France se battent tous les jours pour le maintien des services publics, notamment le fret ferroviaire, le maintien des lignes et des gares de proximité, la gratuité des transports publics et ce depuis des dizaines d'années ? L’attitude productiviste serait au contraire de laisser le service public voler en éclat et de tout faire passer par la route, non ? Je pourrais citer des dizaines d'exemples, véritables actes de résistance écologique de la part des communistes (voir Progressistes n° 2, téléchargeable gratuitement). Sans doute, nous répondra-t-on que tous ces efforts déployés par des élus communistes, l'appareil du parti et ses dirigeants, c'est justement pour dissimuler la vraie nature productiviste du PCF…

 

A contrario, Paul Ariès semble étrangement épargner Europe écologie les Verts (EELV), participant au gouvernement PS jusqu'à peu, et qui a voté la plupart des lois régressives de ces deux dernières années. Formation connue au parlement européen pour avoir voté toutes les directives de dérégulation et de privatisation des services publics. Et on perdrait son temps avec un énième brûlot anti-productiviste et anti-scientiste, où il n'est question que de PS et de PCF ? Pourquoi cet oubli flagrant d'EELV dans un réquisitoire de plus de 3 pages ?

 

Dans la revue Progressistes, il est vrai que nous faisons appel à de nombreux experts pour aborder un certain nombre de ces sujets difficiles. On nous reproche ouvertement cette démarche, et en contre-exemple on cite le cas des luttes dans les entreprises : selon l'auteur, le cœur et la volonté suffiraient aux salariés pour se mobiliser, « pas besoin de ces experts, agrégés en économie, et de leurs leçons méprisantes ! » nous lance-t-on dans le texte. C'est pourtant méconnaître complètement la réalité du monde du travail et des luttes. En effet, y compris pour cet exemple précis, analyser les comptes d'une entreprise, on a besoin d'experts (qui sont parfois agrégés en économie), et les syndicats sollicitent régulièrement les services de cabinets spécialisés. Nous invitons Paul Ariès, s’il connaît des syndicalistes dans son entourage, à le vérifier.

 

Et c'est bien parce que des experts aux services des syndicats ont examiné les comptes de PSA que de nombreux ouvriers ont compris que des alternatives étaient possibles à la fermeture programmée de leur usine. L’appropriation politique par les citoyens des questions de société, le développement des luttes et de propositions alternatives précises, est à ce prix, sinon on fait dans l'amateurisme ; et l'amateurisme, est tout sauf révolutionnaire ! Et cela est vrai y compris, et même surtout, pour les enjeux d'environnements assez complexes, mêlant des aspects techniques, scientifiques et des enjeux sociaux colossaux.

 

La démarche de la revue Progressistes n'a donc rien à voir avec du mépris, mais participe à éclairer tous les citoyens sur des sujets compliqués, et oui ! avec des experts, aux antipodes des pantins médiatiques vendeurs d’austérité et défenseurs du système.

 

Maintenant je vais parler du monde du travail : mon boulot par exemple. Je suis enseignant dans un lycée en Seine Saint Denis : c'est ce qui me fait vivre, en plus d'être un métier attachant. Et les temps longs, la lenteur dans les processus d'apprentissage, on défend cela tous les jours. Et nous avons des élèves parfois vissés à leur téléphone portable, vivant dans des conditions difficiles, aveuglés par une société acquise aux valeurs consuméristes : ce qui complique encore plus notre mission éducative. L'éloge de la lenteur, du bien vivre (le buenvivir !), loin de l'individualisme, avec une tête libre, bien faite, c'est aussi notre combat quotidien. Idem sur la nécessité de contenus pluridisciplinaire : avec des cours de philosophie, de mécanique, de mathématique, de physique, de biologie et en passant par l'étude de la princesse de Clèves, des activités musicales aussi !

 

Ainsi, pour rester dans le réel et éviter d'enfoncer des portes ouvertes, le mieux restera toujours de se tourner vers le monde du travail, vers ces salariés, avec toute la diversité de leurs métiers, sans arrogance et sans donner de leçons. C'est la démarche de Progressistes, et la condition pour un débat de haut niveau résolument tourné vers le XXIe siècle.

 

 

 

 Paul Ariès répond à Amar Bellal

L’éco-communisme à l’école de Cuba et du Kerala

Paul Ariès

Nous nous félicitons de l’existence de cette réponse même si Amar Bellal choisit largement d’ignorer nos questionnements. Nous avons répondu immédiatement favorablement à sa demande avant même de recevoir son texte, car cela fait des années que nous essayons d’ouvrir ce débat avec le PCF. Nous espérons bien sûr que la revue Progressistes publiera notre propre réponse au texte de son rédacteur en chef… Nous tenons tout d’abord à rassurer Amar Bellal : cette charge contre la ligne éditoriale de Progressistes n’est ni une attaque personnelle ni même une bronca contre le PCF, car nous savons bien que toutes ces questions y font débat. Nous savons faire la différence entre les  sensibilités communistes au sujet du productivisme, comme au sujet de la gratuité des services publics ou de la relation au parti « socialiste ». Amar Bellal nous soupçonne de réserver notre fiel à son courant en « épargnant étrangement » EELV pour reprendre sa formule… C’est à croire que les rédacteurs de Progressistes ne lisent pas les Z’indigné€s (ou jadis le Sarkophage) car ils sauraient autrement que nous n’avons aucune sympathie pour les « escrologistes » . Nous pouvons d’ailleurs renvoyer Amar Bellal à notre livre « Cohn-Bendit l’imposture » (Max Milo). Si nous avons interpellé si vivement le PCF sur cette question, c’est parce que la revue Progressistes est la seule à avoir pris position contre la « science citoyenne », qui était le thème de ce dossier en partenariat avec la FSC. Amar Bellal nous reproche de négliger les évolutions du PCF et il cite la signature du texte commun contre l’exploitation des gaz de schiste. Non seulement nous n’ignorons rien de ces évolutions, mais nous pensons qu’elles se font à partir de la culture communiste elle-même : nous avons toujours écrit que le communisme était aussi porteur d’anti-productivisme, même si historiquement, avec la victoire du stalinisme, c’est le productivisme qui s’est longuement imposé à la gauche ; de la même façon nous pensons que les villes communistes devraient être les premières à mettre en œuvre la gratuité des services publics, comme un pas vers le communisme. Nous ne ferons pas à Amar Bellal l’insulte de croire que le refus de l’exploitation des gaz de schiste s’expliquerait par le choix de défendre le nucléaire contre une concurrence ! Nous pouvons par ailleurs rassurer Amar Bellal : il nous arrive souvent de croiser des syndicalistes en chair et en os … Pourquoi ce passage surprenant sous la plume d’Amar Bellal ? C’est que, puisque, comme nous le verrons plus loin, les Objecteurs de croissance défendraient une politique anti-sociale, nous ne pourrions être que des « petits bourgeois » comme on disait autrefois en bonne polémique… Je peux donc te rassurer Amar, bien que l’identité de classe ni la conscience de classe ne soient héréditaires, je suis fils de syndicalistes et même enfant d’une permanente de la CGT, j’ai consacré ma Thèse au syndicalisme CGT, j’ai longtemps été formateur à l’Institut du travail et de formation syndicale (ITFS) en charge de la formation des militants CGT, CFDT et FO, j’ai eu trois mandats de délégués du personnel dans l’enseignement privé supérieur, nous publions régulièrement dans les Z’indigné€s des textes de syndicalistes ; nous n’avons, il est vrai, en revanche jamais caché notre sympathie avec les positions « antiproductiviste » de certains syndicats comme ELA, principale organisation du pays basque Sud qui vient de fêter son centenaire et syndique 12 % des salariés, comme la CNE, principal syndicat belge francophone qui soutient que la croissance n’est pas la solution au chômage ni aux inégalités, comme l’UGTM avec lesquels nous partageons beaucoup d’analyses (N° spécial « Martinique »)… Rassure toi, camarade Amar Bellal, c’est aussi avec bonheur que nous invitons chaque année des syndicalistes lors des Forums nationaux de la désobéissance, c’est avec plaisir que j’ai accepté de soutenir l’appel des Fralib à boycotter Unilever… Amar Bellal nous soupçonne également de vouloir laisser les milieux populaires et les syndicalistes dans l’erreur … en les privant notamment du soutien des experts qualifiés. C’est bien mal nous connaitre, nous avons justement, parce que nous connaissons bien ce besoin de contre-expertise, demandé, dans notre livre sur la démocratie participative, que l’on s’inspire des droits reconnus aux Comités d’entreprise pour permettre aux Comités de quartier d’expertiser les choix des élus et de faire des contre-projets. Mais il est vrai que nous ne raisonnons pas en termes d’erreurs et de vérité et d’un savoir qui tomberait du Ciel. Pour faire simple, notre conception de l’éducation populaire est plus proche de celle que décrit l’ami Franck Lepage dans ses conférences gesticulées que de celle des experts de Bellal. Nous ne reprochons pas à Progressistes de citer des experts mais de choisir des experts qui défendent OGM et nucléaire. On pourrait se demander ce qui pousse ainsi Amar Bellal à vouloir que nous soyons nécessairement étrangers aux milieux populaires et aux luttes sociales, sinon cette bonne vieille antienne selon laquelle notre ancrage social expliquerait un positionnement qu’il juge anti-social… Car c’est bien ce dont nous accuse Amar Bellal : de vouloir affamer le peuple, ou mieux encore de précipiter sa mort. Relisons en effet le premier argument que nous oppose Amar Bellal : au-dessous de 2 tonnes équivalent pétrole (Tep) par personne/an, impossible de garantir une vie bonne, impossible tout simplement de préserver l’espérance de vie. Il faudrait déjà savoir déjà de quelles Tep nous parlons. Les ressources primaires d’énergie utilisées par la France étaient en 2001 de 274,4 millons de Tep pour une consommation finale - compte tenu des pertes par rendement et dissipation-  de 171,4 M Tep soit environ 2,6 Tep par personne/an soit bien audessous des 4, annoncés soit une perte de 37 % . Les Etats-Unis font pire avec une perte énergétique de 56 %. Nous sommes donc bien fondés à dire avec Nega-Watt que la meilleure énergie c’est d’abord celle qu’on ne gaspille pas… Nous n’avons pas ensuite pour objectif de faire avec ce mode de vie mais d‘en inventer un autre… totalement différent ! Parlons-nous d’ailleurs de la même chose lorsque Amar Bellal évoque, avec nous, la perspective du Buen vivir…ce n’est pas, pour nous, une façon plus exotique de parler du bien-être, mais une façon de penser, avec les gauches sud-américaines, une société post-capitaliste, post-croissanciste, post-extraciviste, et même post-développementaliste (A lire de toute urgence : Alberto Accosta, Le Buen vivir, Utopia). Nous mesurons mieux à lire Amar Bellal les méfaits des courants de droite de la décroissance qui, confondant décroissance et austérité, pronent de vivre la même vie avec moins… Osons le répéter une fois encore, la décroissance ce n’est pas faire la même chose en moins,  ce n’est pas apprendre à se serrer la ceinture (un peu, beaucoup, passionnément ou à la folie). Nous voudrions en convaincre Amar Bellal en prenant deux exemple qui nous sont chers autant qu’à lui qu’à nous.  Amar Bellal établit une corrélaction directe entre consommation énergétique et bonheur humain et même espérance de vie. Nous préférons établir une corrélation avec la justice sociale entendue comme un partage égalitaire d’un autre gâteau (PIB) car celui actuel est empoisonné donc inadapté.

 Cuba consomme chaque année 0,992 Tep par personne… soit beaucoup moins que les quartiers pauvres des Etats-Unis mais Cuba a une espérance de vie bien supérieure à eux, pas seulement grâce au soleil comme pourrait le penser Amar Bellal, mais grâce à la santé gratuite, à l’éducation gratuite, à la quasi-gatuité, durant des décennies, des produits alimentaires et d’entretien avec la fameuse « libreta ». On peut donc vivre bien avec moins de 2 Tep par personne/an et avoir une longue espérance de vie comme à Cuba (79,13 ans)…

L’Etat du Kérala permet de faire la même démonstration. Cet Etat, l’un des plus pauvres de l’Inde au regard des critères économiques de la richesse (PIB) a une consommation énergétique par personne très faible (0,4) mais sa population bénéficie d’une espérance de vie plus élevée qu’ailleurs en Inde, en raison de son modèle social, de la gratuité de l’école et de la médecine, de prix alimentaires subventionnés, de l’émancipation des femmes et aussi du poids historique du parti communiste… et de la forte politisation du peuple ! Le Kérala c’est quatre fois plus d’hôpitaux, deux fois plus de lits, 1,3 médecin pour 1000 habitants contre 0, 4 ailleurs, c’est la proximité des dispensaires et la gratuité totale des soins… 90 % de la population a droit à une alimentation subventionnée donc bénéficie d’une alimentation suffisante et équilibrée, 70 % des enfants reçoivent un repas gratuit à l’école, et tout ceci avec moins de Tep que dans le reste de l’Inde, comme quoi… Imaginons donc que le monde soit à l’image de Cuba ou de l’Etat du Kérala : cela nous ferait 0,992 Tep x 9,5 milliards d’humains soit 9, 424 milliards de Tep donc une décroissance, bingo, même en tenant compte de la démographie… Nous ne disons pas que Cuba ou l’Etat du Kérala soient parfaits. Loin s’en faut. Déjà parce qu’il nous faudra faire encore mieux pour être à la hauteur des enjeux planétaires. Comment faire ? Franchement, je ne sais pas mais ce que je sais c’est que cela se fera sera en écoutant les gens ordinaires, non pas parce qu’ils sont pauvres, mais parce qu’ils sont porteurs d’autres façons de vivre. 

Amar Bellal a donc raison : impossible d’imaginer pouvoir réduire l’empreinte écologique sans affamer les peuples tant que nous restons dans une logique capitaliste et productiviste mais tout devient possible si nous faions le pari d’une autre société qu’on la nomme eco-socialiste, eco-communiste, bref d’une société sobre, partageuse, écologique et… festive.

Selon le GIEC, si rien n’est fait, la teneur en C02 dans l’atmosphère qui est passée de 260 à 400 ppm dépassera 1400 ppm d’ici la fin du siècle, entrainant une augmentation dramatique de la température d’abord pour les plus pauvres. Le recul de l’intensité d’émission de CO2 par unité de PIB que l’on constate depuis 2010 par rapport à 1990 est certes une bonne nouvelle mais elle est totalement insuffisante. Nous devons donc non seulement relocaliser l’économie mais la réorienter en faveur des besoins sociaux et de choix techniques afin d’avancer vers une économie circulaire. Cela pose la question de la propriété des moyens de production mais aussi celle des choix technologiques à effectuer. Nous devons favoriser les industries les moins dangereuses au détriment des autres comme l’électronique, grosse émettrice de perfluorotributylamine - qui a une puissance calorifique 7100 fois plus grande que le dioxyde de carbone ! Nous devons privilégier les matériaux non composites donc des technologies simples, car nous ne savons pas, ou lorsque nous savons c’est toujours à un coût exorbitant, recycler les matériaux complexes comme ceux utilisant les nanotechnologies. Amar Bellal a donc raison : nous devons nous apprêter à accueillir 9 milliards d’humains en 2050. Si on raisonne en moyenne mondiale par habitant, cela signifie qu’au lieu de 5,6 tonnes de CO2 actuellement pour un Français (en fait 9 si on tient compte des délocalisations) , chacun  devra émettre au maximum 0,36 tonnes de CO2… Ce n’est pas avec la révolution NBIC qu’on n’y parviendra même si nous aurons besoin pour cela de vrais Soviets (démocratie).

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18 décembre 2015

Contre la participation austéritaire : votons des budgets en déséquilibre !

 

Les collectivités locales sont partout en train de voter leurs budgets. Elles ont l’obligation, contrairement à l’Etat, de voter des budgets en équilibre même si l’Etat impose des réductions massives de recettes. La diminution qui était déjà de 1,5 milliard d’euros en 2014 sera de 3,67 milliards par an jusqu’en 2017 et sans doute autant ensuite. Cette politique du gouvernement « socialiste » avec le soutien des écologistes (car EELV a voté les budgets nationaux) met l’ensemble des territoires en danger et empêche toute politique alternative. Comment mener une politique de transition écologique dans ce contexte ? Comment défendre et étendre la sphère de la gratuité ? On coupera en premier dans les subventions aux associations et notamment, les faits le prouvent déjà amplement, dans les subventions aux associations à caractère social, politique, culturel. Le Parti « socialiste » et ceux qui  votent ses budgets vont créer une France sans association, une France sans lien social, une France atrophiée. La droite proteste, bien sûr, mais elle est de mauvaise foi car son idéologie la porte à choisir le financement privé contre le financement public, à choisir le mécénat plutôt que l’impôt. Les villes couperont ensuite dans les budgets des services culturels (festival, spectacle de rue), sociaux (aides aux démunis), elles rendront payants des services jusqu’alors gratuits ou quasi-gratuits, elles multiplieront, sous prétexte d’économie, les délégations de service public auprès des grandes firmes capitalistes comme Veolia. Ces villes du Front de gauche, qui acceptent de conduire des politiques de droite, ne voient-elles pas qu’elles sont en train de sacrifier ce qui faisait justement la spécificité des villes populaires, notamment communistes, qu’elles sont en train de vendre leur âme, sous le prétexte de prouver que nos élus sont de « bons gestionnaires » ? Nous préparons ainsi la défaite de nos villes et la victoire de nos adversaires, notamment du FN qui se frotte joyeusement les mains. Le vote du budget est l’acte majeur politique d’une collectivité c’est pourquoi il engage avant tout la responsabilité politique des élus. La question de la responsabilité administrative ne vient que bien après. Les villes de gauche doivent refuser de voter des budgets en équilibre, mettant ainsi la balle dans le camp du Préfet (donc de l’Etat), qui saisira la Chambre régionale des comptes (CRC), laquelle proposera des mesures, que les villes continueront alors de refuser. Nous remettrons au pire les clefs de la bourse au Préfet (qui ne saurait qu’en faire face à un mouvement massif de désobéissance) mais nous conserverons intact notre parole politique et nos valeurs. Nous n’avons pas d’autre choix, sauf à nous décrédibiliser totalement et à accepter de devenir les « idiots utiles » d’un système austéritaire. Nous voyons en effet des villes de gauche, comme celles de droite, afficher massivement des banderoles contre la réduction des dotations de l’Etat, mais ces mêmes villes mettent cependant en œuvre des politiques austéritaires qu’elles disent dangereuses. Les élus se transforment alors en « bons gestionnaires » reprenant les clichés, les images, les formules, les réflexes qui sont ceux de la droite et de la fausse gauche, invitant à réaliser des économies, habituant les citoyens au discours austéritaire, banalisant tout ce que l’on combat. Nous voyons même des villes du Front de gauche inventer la « participation austéritaire » en invitant la population à proposer des solutions pour réduire les dépenses et équilibrer ainsi les budgets. Ces villes organisent des réunions publiques, sous prétexte de démocratie participative, en présentant les recettes et les dépenses sous forme de petits blocs de Lego, avec les montants réels indiqués sur chaque brique, puis en demandant aux habitants, réunis en petits groupes, de proposer, sous la conduite d’animateurs, des diminutions de charges… un gymnase en moins, des subventions coupées, etc. Ces élus de gauche se mettent à réagir comme ceux de droite et pire encore apprennent aux citoyens à adopter des réflexes de droite.  J’appelle donc solennellement les villes de gauche à ne pas devenir les meilleurs gestionnaires de l’austérité. J’appelle les villes de gauche à désobéir et à voter systématiquement des budgets en déséquilibre. J’appelle individuellement chaque élu à ne pas suivre les consignes de vote. La France n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui.

PS : Les déclarations du Premier secrétaire du parti « socialiste » qui affirment que les têtes de listes EELV se sont déjà engagées par écrit à réaliser l’union au second tour des régionales confirment notre éditorial du N° des Zindigné€s d’octobre 2015. Ce sera sans nous ! Camarades candidats, prenez garde à ce que votre choix (PCF, EELV…) de toujours finir par voter socialiste au second tour ne conduise pas une partie du peuple de gauche à rester chez soi au premier tour.

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