Scientologie...et sarkozysme

 

 



  Sectes : Sarkozy s’aligne sur Washington

 



Par Paul Aries, politologue, directeur du Sarkophage (*).

Les propos de la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, estimant que les sectes constituent « une non-menace » et soutenant que la liste établie en 1995 serait « scandaleuse », ne constituent pas une surprise pour les spécialistes. Je dénonçais déjà dans le journal l’Immondialisation de novembre 2004 la capitulation du gouvernement Raffarin-Sarkozy-Villepin sous la pression américaine. Les faits ont depuis confirmé cette thèse : il n’est plus politiquement opportun de combattre les sectes et notamment la Scientologie. Comment en est-on arrivé à cette démission politique ?

Les sectes sont un des vecteurs de la mondialisation capitaliste, qui se réalise sous l’égide des États-Unis. On peut ainsi établir un parallèle entre la situation actuelle et celle des « nouveaux mouvements religieux » de la fin du XIXe et du début XXe siècle.

Les États-Unis utilisèrent déjà ouvertement certains mouvements (la théosophie notamment, mais aussi les mormons et les adventistes) pour combattre la « vieille Europe » et ses deux principaux adversaires de l’époque : le catholicisme et l’athéisme. Ces mouvements ont ensuite décliné du fait du succès, au cours du XXe siècle, des diverses idéologies progressistes (socialisme, féminisme, tiers-mondisme, freudisme, etc.). Ces mêmes sectes, ou d’autres, refont aujourd’hui surface dans le contexte de la nouvelle mondialisation et de l’effondrement des forces progressistes. Les États-Unis recommencent donc à exporter leurs sectes dans le cadre d’une « guerre des dieux » qui risque bien d’être un événement majeur du XXe siècle. La France a très vite perçu la dimension politique du phénomène sectaire.

J’ai commencé à travailler sur ce dossier dans le cadre d’une équipe constituée à la demande de Simone Veil, alors ministre de la Santé, puis j’ai continué sous d’autres couleurs politiques sans qu’il y ait de différences majeures d’orientation. À l’exception notable de la période où Alain Vivien dirigeait la MILS et s’était donné comme objectif d’aller vers la dissolution de la Scientologie considérée comme « secte absolue ». La France a subi alors d’énormes pressions américaines au niveau gouvernemental. On se souvient des rapports américains mettant la France au niveau des dictatures. Cette guerre larvée entre Paris et Washington n’aurait pas été aussi violente si la France s’était contentée de combattre les sectes sur son propre sol mais sa volonté de poursuivre le combat à l’étranger pour mieux défendre sa vision du monde la mettait en concurrence directe avec les États-Unis sur la question de la définition de la « liberté religieuse ». Cette notion ne signifie pas ce que chacun croit comprendre. Elle impose une nouvelle vision du monde notamment dans le domaine des rapports entre religion et politique, contraire à toute la conception républicaine. Le but est d’opposer à la conception des droits de l’homme et du citoyen issue de 1789 une conception des « droits de l’homme et du religieux » profondément antagoniste. Bill Clinton donnera raison au lobby religieux en faisant adopter en 1998 une loi qui permet au gouvernement américain de sanctionner les pays hostiles à cette vision. Peut-on ainsi au nom de sa foi violer des règles d’ordre public ? L’Allemagne nous en a donné une monstrueuse application avec l’affaire de cette juge, désavouée ensuite par un tribunal de Francfort, refusant d’accorder le divorce à une femme d’origine marocaine battue par son mari parce que le Coran ne condamne pas les mauvais traitements entre époux. L’adversaire principal de cette conception de la « liberté religieuse » se trouve être la France et sa maudite laïcité. La France s’est donc trouvée en concurrence directe avec les États-Unis sur la « question religieuse » internationale, c’est-à-dire sur la conception même de la société. Le gouvernement américain profitera de la réunion de l’OSCE du 27 octobre 1998 pour accuser la France d’être « la cheville ouvrière » d’un véritable plan concerté qui, sous le prétexte de la lutte anti-sectes, chercherait à étrangler cette nouvelle « liberté religieuse » et à nuire aux intérêts américains. L’ambassadeur spécial américain, Seipple, menacera même la France de déposer plainte devant l’OMC pour « discrimination à l’égard des minorités religieuses ». Face aux pressions, Paris rompra les relations diplomatiques sur ce dossier entre 1998 et 1999. La France tentera également de résister au rouleau compresseur américain en mobilisant d’autres pays (22 répondront présents à l’appel de la MILS). Le gouvernement français publiera même dans le International Herald Tribune (sous forme de publicité) un long texte argumenté contre la Scientologie américaine, reprenant mes propres travaux. Le but était alors de convaincre une partie de l’opinion publique américaine en passant par-dessus le gouvernement américain. Crime de lèse-majesté absolu.

Le 11 septembre 2001 constitue une rupture totale au sein du combat anti-secte. L’objectif est désormais de s’unir contre l’islamisme politique, ce qui suppose de revoir les jeux d’alliances internationaux, donc de cesser pour cela de vilipender la Scientologie. Les signes à destination du gouvernement américain se succèdent depuis à un rythme soutenu. On se souvient de la poignée de main volontairement médiatisée entre Sarkozy et Tom Cruise au moment même où le président Chirac refusait toute rencontre avec ce VRP de luxe de la Scientologie. On se souvient aussi de la lettre du 1er avril 2004 de Raffarin demandant de cesser de « stigmatiser » certaines sectes car, disait-il, « il importe que la France ne puisse être soupçonnée de porter atteinte aux libertés religieuses ». La transformation de la MILS en Miviludes fut aussi une façon de dire qu’il n’y avait plus de « secte absolue », bref que Paris ne considérait plus la Scientologie comme un danger. En somme, la France changeait radicalement de politique sans en informer les citoyens. Ce revirement est logique dans le cadre de l’importation en France de la révolution conservatrice mondiale symbolisée depuis par la victoire électorale de Sarkozy. La prochaine étape sera la reconnaissance officielle de la Scientologie. La gauche a aussi une part de responsabilité en ayant choisi de ne pas ébruiter les pressions américaines. Les citoyens peuvent cependant faire basculer la volonté du prince : quelle conception de la société veulent-ils léguer à leurs enfants ?

(*) Auteur de la Scientologie, une secte contre la République. Éditions Golias, 1999.

http://www.humanite.fr/2008-02-27_Tribune-libre_Sectes-Sarkozy-s-aligne-sur-Washington#envoiamiAncre

L’humanité, 27/02/2008

 

 

 

 

 

 

 

Paul Ariès est l'auteur de travaux remarqués sur la Scientologie :

" Paul Ariès auteur d'une excellente analyse de la secte Scientologique [....] on ne saurait trop vous recommander la lecture de son livre"
Centre Roger Ikor, CCMM

"cet ouvrage est une mine d'informations de première main ...."
Bulles - UNADFI.

" Il n'est pas courant de frissonner en refermant le livre d'un politologue. Celui de Paul Ariès démonte la formidable efficacité du système déshumanisant, donc dangereux de la Scientologie"
LE MONDE

 

Sur Youtube

 

 

Emisison Dimanche midi (Amar) du 12 septembre 1999

 

UNADFI

La scientologie : laboratoire du futur

ARIES Paul, Villeurbanne (69) : Editions Golias, 01.01.1998. - 477 p.

Le politologue Paul Ariès apporte une réflexion approfondie sur l’idéologie scientologue et sur sa finalité opposée à la démocratie. Il assimile la secte à ’’une machine de guerre contre l’humanisme et contre le pacte républicain’’. Refusant les faiblesses humaines et les faibles, la scientologie souhaite normaliser l’individu grâce à un ensemble de techniques censées le rendre plus performant. L’" homo novis" que veut créer ce laboratoire, est la caricature d’un futur dont certains caractères, déjà présents, sont grossis jusqu’à l’absurde dans la scientologie : un homme nettoyé de tout complexe, parfaitement adapté à la tâche qui lui est assignée, réduit à son rendement et à sa valeur marchande. Ce discours semble être apprécié par les entreprises qui sont nombreuses à faire appel aux services de la secte. La scientologie n’est pas seule à œuvrer dans ce but, mais elles est la seule à exiger pour cette technique le statut de religion.
Cet ouvrage est une mine d’informations provenant principalement de la scientologie elle-même. Une des grandes difficultés rencontrées l’auteur est caractéristique : ‘’la scientologie […] pratique la réécriture systématique de sa propre histoire’’, certains textes imprimés, encore en circulation, ne sont pas seulement abandonnés, mais ‘’censés ne jamais avoir existé’’.

 

 

La scientologie : une secte contre la République

 

ARIES Paul, Préface Alain VIVIEN, Villeurbanne (69) : Editions Golias, 1999. - 95p.

Une démonstration en trois actes : la scientologie porte atteinte aux principes républicains de liberté, d’égalité et de fraternité.
Le politologue Paul Ariès reprend en les synthétisant, les grands thèmes largement développés dans son ouvrage ‘’Scientologie, laboratoire du futur’’. S’appuyant sur de nombreux textes internes, il fait l’inventaire des dangers de la scientologie, en disséquant sa doctrine, son fonctionnement et ses méthodes. Il montre comment elle met en cause toutes les grandes valeurs humanistes et démocratiques de notre civilisation.
La scientologie fonctionne comme une véritable entreprise de déshumanisation par son culte de la technique, de l’institution, et de l’organisation toute puissante à laquelle rien ne résisterait. Sa ‘’tech’’ a pour finalité d’éliminer toute faiblesse en l’homme, et d’effacer en quelque sorte sa condition d’homme.
Selon l’auteur, la scientologie est le prototype même de la secte moderne et constitue un excellent analyseur des phénomènes de type sectaire. En fin d’ouvrage, il élargit son propos à l’ensemble des sectes qui prospèrent dans ce contexte de mondialisation, de déshumanisation de crise du symbolique, en proposant de ‘’fabriquer du salut’’, et de ‘’commercialiser du bonheur’’. En ce sens, les sectes seraient le monde de demain en gestation. Paul Arès estime que nous avons dans notre culture européenne les ressources humanistes nécessaires pour résister à leurs entreprises.

 

Le Monde Diplomatique

La Scientologie contre la République

par Paul Ariès, mai 1999

Aperçu

SI la prochaine mission d’enquête parlementaire sur les sectes, en France, se concentre sur leurs relations avec les entreprises, c’est principalement l’Eglise de scientologie qui est visée. Son prosélytisme agressif (centres de formation, mobilisation de stars du show-business ou des champions sportifs) et son influence inquiètent, on l’a vu à l’occasion du procès de Paris, en octobre 1998, où un tome et demi du dossier d’instruction a disparu - et le monde politique, en apparence, s’accorde pour considérer cette Eglise comme le groupe le plus nocif.

La « réussite » de la Scientologie révèle certaines tendances lourdes de la modernité marchande, et c’est en cela qu’elle forme un objet d’étude intéressant. Culte de la technique, mystique de l’institution : l’Eglise de scientologie considère que le problème, dans l’homme, c’est l’homme lui-même. Il faudrait le « libérer » de ses imperfections, de ses dépendances, de ses faiblesses... bref de son humanité même. Pour réhabiliter l’humanité, la Scientologie entend lui substituer des « tech », techniques censées livrer la puissance. Il existe des « tech » pour penser, pour communiquer, pour vendre, pour le couple, etc.

Les « tech » sont l’oeuvre d’un Américain, Lafayette Ronald Hubbard (1911-1986), auteur prolixe de romans de science-fiction, mais aussi génie mythomane. Il serait le seul être à avoir trouvé, au péril de sa vie, la « route vers la liberté totale ». La « tech standard », qu’il a tirée de cette expérience, serait « libératrice ». Mais elle débouche, en fait, sur la servitude. Elle réduit l’individu à un ensemble de techniques, le transformant en un exemplaire d’une identité fondée sur des normes. La Scientologie profane ainsi ce qui est généralement considéré comme sacré (l’humain, le lien social) et sacralise en retour le profane (l’argent, la technique, le marché).

En ce sens, la nocivité de la Scientologie ne réside pas tant dans son altérité que dans sa capacité à renforcer une vision sociale « moderne ». Il s’agit de rendre les gens capables plus capables, de (...)

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Paul Ariès dans l'Encyclopédia Universalis

SCIENTOLOGIE

La scientologie (nom officiel : Church of Scientology) est l'œuvre de Lafayette Ronald Hubbard (1911-1986), dénommé par les adeptes L.R.H., Ron ou Commodore, célèbre auteur américain de romans de science-fiction. Il était selon lui le premier être à avoir trouvé, au péril de sa vie, le chemin vers la liberté totale. La doctrine, désignée sous le nom de Tech Standard, qu'il en a tirée permettrait désormais au reste de l'humanité de se libérer. Son altération constitue de ce fait le crime absolu aux yeux de ses adeptes. Hubbard est l'unique source de la doctrine et de la technologie qu'il a baptisées du nom de Dianétique, puis de scientologie. Tous ses travaux s'y rapportant sont considérés comme des écrits sacrés. Ce sacré s'est annexé des domaines ordinairement profanes comme le management. Il tend même à recouvrir la réalité tout entière, à nier tout espace profane. La scientologie effectue depuis la mort de son fondateur un important travail de « purification » des sources. 

Identifiée par le rapport parlementaire français de décembre 1995 comme une secte dangereuse, surveillée étroitement par l'État fédéral allemand, la scientologie est reconnue en revanche comme religion aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Suèd et en Espagne notamment. Elle compterait en 2005 entre 8 et 15 millions de membres selon les estimations. D'autres sources faisaient état d'un million de membres dont 10 000 environ pour la France. La scientologie est éminemment moderne par son organisation, son mode de prosélytisme mais aussi par sa doctrine et les comportements qu'elle génère. Sa conception de l'homme et de la société s'avère très en prise avec les ultimes évolutions enregistrées par les sociétés avancées.

1.  Historique de la scientologie

L. R. Hubbard publie en 1950 La Dianétique, science moderne de la santé mentale. Cet ouvrage est un livre banal parmi tous ceux qui, aux États-Unis, proposent alors de créer une psychothérapie en dehors des enseignements de la psychanalyse freudienne. De n […]

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Pour citer cet article

Paul ARIÈS, « SCIENTOLOGIE  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 septembre 2014. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/scientologie/

 

 

SCIENTOLOGIE

4.  Le rapport au monde extérieur

La scientologie postule que l'homme est bon mais distingue entre l'individu d'élite, le suspect et l'asocial. Chacun voit son éthique définie par sa position sur « l'échelle des conditions ». Toute activité est pour cela systématiquement encadrée, quantifiée, enregistrée. L'objectif n'est pas officiellement de surveiller et de punir, mais d'aider à progresser. L'organisation dispose pour cela d'officiers d'éthique mettant en œuvre plusieurs procédures. (confessions en audition, interrogatoires de sécurité pour les adultes ou les enfants, etc.). L'adepte en « mauvais standing » devient une « source potentielle de trouble » (Potential Trouble Source, P.T.S.). Il existe 34 degrés de sanction, allant de la perte d'un droit à celle d'un bien (grade). Un programme de redressement (Rehabilitation Project Force, R.P.F.) a même été créé en 1973. Selon les scientologues, ces personnes antisociales représenteraient environ 20 p. 100 de la population globale, parmi lesquelles on compterait 2,5 p. 100 de personnes vraiment dangereuses, dites « suppressives » (Suppressive Persons, S.P.). Un cours de détection explique que les « P.T.S. » font des « montagnes russes » (qu'ils sont sujets à des variations de tonus), mais qu'ils se libèrent en se « déconnectant » de S.P. La scientologie a formalisé 72 actes permettant d'identifier ces « suppressifs ». Il n'existerait pas, selon elle, un seul adversaire qui ne soit ou n'ait été par le passé un criminel. La scientologie, accusée par ses détracteurs de pratiquer la « propagande noire », c'est-à-dire de lancer des campagnes de rumeurs, explique qu'elle en est la victime. Elle se heurte cependant à sa propre logique normalisatrice : elle a dû ainsi établir des garde-fous en définissant un pourcentage normal de « P.T.S.-S.P. » dans ses rangs, en mettant en garde ses officiers d'éthique contre les « fausses conditions P.T.S. » et en prononçant des amnisties.

La scientologie peut apparaître d'une certaine manière comme la première technologie religieuse commercialisable mondialement. En ce sens elle ne fait somme toute que systématiser un certain nombre de tendances actuelles (culte de la performance, de la technique, refus de l'État-providence, de la faiblesse, critique de la démocratie, etc.). Elle s'avère très révélatrice du monde contemporain dans la mesure où elle expérimente un mode de sociabilité marchand qui brouille les catégories habituelles de pensée. 

 […]

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Affinités

Pour citer cet article

Paul ARIÈS, « SCIENTOLOGIE  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 septembre 2014. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/scientologie/

 

 

La Scientologie contre la liberté

( Source : Bulle n° 63 - 3ème trimestre 1999 )

Un article de Paul Ariès, chercheur associé de sciences politiques à l'Université de Lyon 2 et spécialiste reconnu de la question des sectes - Cet article reprend l'essentiel de l'argumentation développée dans ses divers travaux, notamment son ouvrage "La Scientologie : Une secte contre la République" - Éditions Golias, 1999 - avec préface d'André Vivien


Introduction
La soumission à la "tech" scientologique
La soumission au groupe
Une religion de la marchandisation de l'homme
La militarisation de la Scientologie

La recherche de la toute-puissance contre l'homme


Introduction

Les sectes actuelles constituent de véritables phénomènes culturels géo-politiques. Il suffit pour s'en convaincre de se souvenir avec quel acharnement l'administration américaine monte au créneau pour défendre "sa" conception de la liberté "religieuse". Le rapport du 17 mai 1999 sermonne ainsi l'ensemble des pays européens qui enquêtent sur les activités sectaires en dehors des seuls actes illégaux.

La cible désignée des gouvernements "liberticides" ne serait pas, en effet, des activités pénalement répréhensibles mais des groupes minoritaires nécessairement sympathiques.

Le fait nouveau n'est pas tellement ce soutien affiché à l'égard de certaines sectes, mais sa visibilité de plus en plus grande notamment en ce qui concerne la Scientologie. Cette dernière ne se prive pas parallèlement de multiplier les signes prouvant qu'elle bénéficie d'un regard compatissant jusqu'au sommet de l'État voire même la Maison Blanche.

Pour ne retenir que deux exemples récents : le président Clinton a manifesté son soutien à la secte dans une lettre reproduite dans une publication récente de la Scientologie. Hillary Clinton a accepté pour sa part de se voir remettre une tapisserie réalisée dans le cadre des activités d'actions caritatives et des actions bénévoles de la Scientologie.

Libre bien sûr aux États-Unis de reconnaître dans la Scientologie une vraie religion, d'autant que ce label ne semble pas d'une grande qualité puisque l'Église d'Euthanasia qui milite pour l'Extinction Volontaire de l'Espèce Humaine se targue d'en bénéficier. Mais le gouvernement américain entend faire école : il menace d'utiliser sa diplomatie de façon énergique - et on sait quels sont en ce domaine ses moyens - afin de défendre partout dans le monde sa conception si particulière des grandes valeurs humaines. L'Europe aura bien besoin de son héritage pour défendre sa version de l'humanisme. Le succès du colloque européen prouve, s'il en était besoin, que les ressources existent. Le meilleur exemple en est sa commune volonté de combattre fermement la Scientologie. Non parce qu'elle serait minoritaire, américaine ou concurrencerait les vieilles religions mais parce qu'elle est une machine de guerre contre l'humanisme et la République.

Doit-on tolérer cette remise en cause des grands principes qui fondent notre société ? Loin d'être un phénomène marginal, elle constitue un laboratoire d'un monde possible. Sa nocivité ne réside donc pas tant dans son altérité exhibée que dans sa capacité à exprimer, de façon caricaturale, des tendances lourdes de la modernité marchande. Elle se veut un programme de réhabilitation permettant de passer de l'homo sapiens à l'" homo novis " (sic), qu'en est-il pourtant en Scientologie de la Liberté, de l'Égalité, de la Fraternité ?

La Scientologie constitue une entreprise de déshumanisation de par son culte de la technique, de par sa mystique de l'institution et de par ses pratiques idéologiques.

Elle ne tend pas à développer l'autonomie de ses adeptes mais les enferme dans un système qui les prive progressivement de toute autonomie, de toute initiative.

Cette soumission est justifiée par la perspective d'une toute-puissance, mais cet échange est un marché de dupe car l'adepte privé de son humanité se retrouve encore plus fragilisé.

La soumission à la "tech" scientologique

La Scientologie considère que le problème dans l'homme c'est l'homme lui-même en raison de ses imperfections, de ses dépendances, de ses faiblesses, bref de son humanité. Elle entend donc chasser l'humain en lui substituant des "tech" censées livrer la puissance.

Il existe des "tech" pour penser, pour communiquer, pour vendre, pour le couple, etc.

Elles sont officiellement l'ouvre d'un américain : Lafayette Ronald Hubbard (1911-1986), auteur prolixe de romans de science fiction mais aussi génie mythomane. Il serait le seul être à avoir trouvé, au péril de sa vie, la " route vers la Liberté totale ".

La Technologie standard qu'il en a tiré permettrait au reste de l'humanité de se libérer. Cette "tech" du bonheur, destiné à rendre fort, débouche en fait sur la servitude. L'individu ainsi réifié devient en effet l'exemplaire d'une identité fondée sur des normes. La Scientologie profane ainsi ce qui est généralement considéré comme sacré (l'humain, le lien social) et sacralise en retour le profane (l'argent, la technique, le marché). Cette sacralisation du profane institue un système excluant toute liberté, toute symbolique.

Ces "tech", présentées comme les plus efficaces au monde, constituent au regard de leur objectif avancé des loupés systématiques comme l'attestent les nombreux conflits qu'ils provoquent dès qu'une entreprise tente, par exemple, de les imposer à son personnel.

La soumission au groupe

L'individu fragilisé par la soumission à des "tech", qui prétendent indûment le transformer en surhomme, n'aura bientôt pas d'autres solutions que de se soumettre à l'organisation.

L'ensemble des "Orgs" agit de façon standard en appliquant les mêmes procédures. Les "Orgs" de base (classe V) vendent les services d'introduction (de "Préclair" à "Clair"). Les "Orgs avancées" (AO) commercialisent les niveaux secrets (de "OT 1" à "OT 8").

Une religion de la marchandisation de l'homme

La Scientologie n'a qu'un seul but : concevoir, fabriquer et vendre des biens de Salut.

Ce prosélytisme commercial permet de vendre un parcours entre 0,5 et 1 MF.

Le rapport parlementaire estime que ses recettes annuelles européennes peuvent être estimées à plus de 300 MF, celles de sa branche française étant évaluées à 60 MF.

La lourdeur de cette emprise financière ne doit cependant pas faire minorer l'existence d'un financement à rebours (centre vers la base) qui jette un autre éclairage sur le système. Les adeptes sont formés pour recruter (cours de dissémination, questionnaire type, etc). Ils apprennent parallèlement à lever leurs propres résistances à l'achat des produits.

Ces cours, destinés à devenir un client docile, doivent être pris en effet très au sérieux.

La Scientologie est aussi présente sur le terrain économique à travers son réseau "WISE". Le plus grave n'est sans doute pas qu'elle dupe parfois certaines entreprises mais que ces dernière soient satisfaites, bref que les transnationales adhèrent à la conception de l'homme, de l'entreprise et de la société que véhiculent ces "tech" scientologiques.

Il n'est pas acceptable, non plus, que d'autres transnationales comme Coca-Cola puissent laisser dire qu'elles financent la propagande scientologique du Chemin du bonheur.

 

La militarisation de la Scientologie

La Scientologie connaît une militarisation croissante derrière son apparence religieuse. La Dianétique se présente en 1950 comme une discipline scientifique et thérapeutique. Elle suscite rapidement l'opposition du corps médical notamment psychiatrique.

Hubbard développe alors la dimension religieuse afin de bénéficier de la protection du Premier amendement de la Constitution américaine et bien sûr de l'exonération fiscale. Il adopte alors tout un arsenal de signes religieux (credo, prières). Après avoir abandonné en 1966 la direction administrative pour se consacrer à ses recherches, il embarque, en 1967, à bord d'une flottille et fonde "Sea Org" (Organisation maritime), véritable organisation paramilitaire avec entraînement, grades et uniformes.

La flotte est désarmée en 1976 car l'état-major s'installe définitivement aux États-Unis. La totalité des postes de direction reste cependant contrôlée par ces moines-soldats ayant signé un engagement d'un milliard d'années, dévoués corps et âmes à l' "Org".

David Miscavige, jeune messager du Commandant - structure fondée pour regrouper les enfants des scientologues chargés de transmettre la parole du Maître - dénonce bientôt l'altération de la "Tech" par David Mayo, dauphin présumé d'Hubbard, et obtient la mise à l'écart des dirigeants du Bureau des Gardiens (dont Mary Sue épouse du fondateur) après leur condamnation par la justice américaine pour espionnage et vol.

L'État-major actuel exerce notamment son pouvoir à travers le " Comité de surveillance " (Watchdog Committee) qui contrôle l'activité des onze secteurs d'organisation et le Bureau International des Affaires Spéciales (Office of Special Affaires International, OSAI), service de sécurité, régulièrement dénoncé pour ses divers agissements.

La Scientologie se caractérise donc par un fantasme de toute-puissance entretenant une mystique de l'organisation pouvant offrir une forme d'étayage à des sujets fragilisés.

La recherche de la toute-puissance contre l'homme

La fragilité des adeptes est produite par une foule de mécanismes, comme son système de statistiques, obligeant chacun à toujours faire plus, objectif voué bien sûr à l'échec. L'adepte placé ainsi en situation d'impuissance ne peut que se soumettre à la "tech". Cette fragilité est renforcée par des mécanismes constants de surveillance et de délation.

La Scientologie libérerait les hommes car ils seraient des "Thétans" (principe spirituel immortel) qui, après avoir créé l'univers, se seraient accidentellement englués dans leur création. Ils auraient perdu leur puissance et auraient régressé jusqu'à oublier qui ils étaient. Le Thétan devenu "Opérant" dominerait matière, énergie, espace et temps.

La solution consiste à effacer les traces des incidents donc à effacer la condition d'homme. L'adepte doit d'abord se purifier de ses toxines, drogues, radiations puis de ses "faux buts" (ceux non "tech"), de ses "valences" (identités données par la culture, etc). Il découvre enfin au cours des niveaux secrets qu'il n'est pas seul dans son être, mais que des milliers d'autres identités lui ont été collées, il y a quelque trillions d'années. Il va alors tenter de s'en débarrasser au moyen d'une forme d'exorcisme "tech" mais sans fin.

Il découvrira cependant plus tard que ce " passage du mur du feu " (OT III) a échoué. D'autres entités endormies (clusters) sont lovées en lui, des morceaux de lui-même sont ailleurs.

Cette doctrine remet ainsi en cause les fondements mêmes du sentiment d'individualité, elle s'en prend à la frontière entre dedans et dehors, entre moi et autre, passé et présent.

Le risque est que ce processus conduise à une forme de décomposition de l'identité. Les adeptes pourraient alors soit se réfugier dans la folie (partir en roue libre) soit incorporer le moi du groupe et le faire fonctionner comme moi propre en s'y identifiant.

 

 

La Scientologie contre l'égalité

Cet article est le deuxième d’une série de trois écrits pour BULLES par Paul Ariès sur la Scientologie. Le premier article , intitulé "La Scientologie contre la liberté" est paru dans le n° 63 ; le dernier , "La Scientologie contre la fraternité" paraîtra dans le numéro du deuxième trimestre 2000.
( Source : Bulle n° 65 - 1er trimestre 2000 )

Paul Ariès est chercheur associé de sciences politiques à l'Université de Lyon 2 et spécialiste reconnu de la question des sectes - Cet article reprend l'essentiel de l'argumentation développée dans ses divers travaux, notamment son ouvrage "La Scientologie : Une secte contre la République" - Éditions Golias, 1999 - avec préface d'André Vivien

 


Introduction
Les limites à la communauté des égauxcientologique
Le Tableau des grades
L'état de Clair
L'état de Thétan Opérationnel
Le Tableau d'évaluation humaine
Le système disciplinaire
La délation systématique
Les conditions d'éthique


Introduction

"Vous êtes le mouvement le plus fort sur la surface de cette planète aujourd'hui (...) Les scientologues, à l'échelon mondial sont les gens les plus intelligents du monde"(L. Ron Hubbard)

La Scientologie propose de par sa doctrine et son fonctionnement une remise en cause de l'égalité entre les humains. Les révélations des ni-veaux secrets ne font que confirmer la volonté de mesurer les hommes, de les hiérarchiser et de les cliver en catégories. Le but objectif de la Scientologie est donc bien de briser l'égalité entre tous les humains. Le parcours scientologue apparaît donc formellement comme un enchaînement d'étapes. Les premiers niveaux sont publics, les niveaux supérieurs sont naturellement secrets. Ils représenteraient même un danger vital pour des individus non préalablement initiés. L'adepte accomplit deux parcours en parallèle, l'un de doctrine, l'autre d'audition. Le premier parcours dénommé "entraînement" consiste en une étude intensive des Écrits. Cette formation s'accomplit sous le contrôle d'un "superviseur de cours". Il existe en outre au sein de chaque "Académie" un "Clarificateur de mots" chargé de l'orthodoxie. L'adepte accomplit également un parcours en audition c'est-à-dire un travail psychique censé lui permettre de se libérer des engrammes en fonction des révélations doctrinales.

Les limites à la communauté des égaux

"Des preuves scientifiques établissent avec une certitude absolue que seul un dixième de la population a des capacités supérieures et que, dans ce dixième, le dixième supérieur appartient à la Scientologie (...) Il e en est ainsi. Nous constituons le dixième supérieur du dixième supérieur" (L. Ron Hubbard, The Auditor Europ-Africa, 127)

La Scientologie n'a de cesse de mesurer l'homme et de le cliver ensuite en catégories inégalitaires. Son programme est de passer de l'homo-sapiens à l'homme neuf (sic). On peut penser qu'à ses yeux certains ont déjà accompli cette métamorphose. Ils n'appartiennent plus à la même espèce que les autres humains, ils ont d'autres pouvoirs. Certains ex-scientologues renaîtraient ainsi en conservant le privilège de leur libération.

Le Tableau des grades

Le Tableau des grades est l'objectivation même de ce projet d'inégalité humaine. La première étape consiste à permettre le passage de l'état de préclair à celui de Clair. L'adepte se libérerait des incidents individuels du Thétan lors de chacune de ses vies. Elle comprend 10 étapes introduisant autant de clivages entre des catégories d'homme. Les seconds niveaux font passer de l'état de Clair à celui de pré-O.T. puis d'O.T.. Ils comprennent 15 grades qui constituent autant d'entorse à la "communauté des égaux". Elle marque le passage d'une dimension individuelle à une problématique collective. L'ensemble du parcours entretient l'angoisse des hommes face à leur vécu, leur futur.

L'état de Clair

"Un Clair n'est pas un Surhomme. Il ne se retrouve pas instantanément pourvu d'ailes ou d'une aura de dix kilomètres. Mais il a un certain nombre d’avantages sur les autres. Il a moins d'accident et jamais par sa faute. Il est en bonne santé. Il a à sa disposition toute son expérience passée et toute son éducation, et il peut puiser dedans à sa guise. Ses actes s'appuient tous sur la raison. Il raisonne rapidement. Son temps de réaction est deux fois plus court que la normale. Nous ignorons pour le moment quelle est son espérance de vie, mais nous pouvons supposer qu'elle est supé-rieure à ce qu'elle aurait été s'il était resté aberré. On a généra-lement tendance à considérer le Clair comme une espèce d'attrac-tion foraine. Bon, c'est vrai, il a atteint un état qu'aucun être humain n'avait encore jamais pu atteindre."

(Extrait de Science de la Survie, traduction provisoire communiquée à l'auteur par la Scientologie)

Le Clair n'est déjà plus un humain égal aux autres. L'accès à cet état est obtenu lorsque le "préclair" parvient à se délivrer de ses "aberrations" (de son "mental réactif"). Il faut pour cela se débarrasser de sa part d'humanité qui affaiblit l'individu tout-puissant. L'être Clair reste cependant encore un être composite car il n'est pas complètement "libre" dans son autodétermination en raison de ses restrictions socio-économiques ou physiques qui l'obligent encore à manger, à dormir, bref qui en font un être "encoché".

Le Tableau de Gradation comprend cinq grades successifs menant à Clair :

Le Grade 0 enseigne l'aptitude à communiquer n'importe quoi à n'importe qui,
Le Grade I concerne l'aptitude à reconnaître la source des problèmes et à l'effacer,
Le Grade II soulage des hostilités et des souffrances de la vie,
Le Grade III libère des bouleversements du passé et prépare à faire face au futur,
Le Grade IV permet de se libérer des conditions fixes et de faire de nouvelles choses.
L'adepte doit donc se libérer des entraves mais cette liberté n'est pas donnée comme illimitée car cette liberté postule la reconnaissance de barrières et de buts. Les barrières (idées inhibitrices) sont définies en fonction des buts que l'on se donne. L'objectif est de devenir pandéterminé c'est-à-dire d'être capable de dominer le jeu. L'individu pandéterminé déterminerait ainsi ses propres conditions et celles des autres.

L'état de Clair a reçu plusieurs définitions. Il a été classé, déclassé, reclassé, etc. L'idée reste cependant qu'un individu est Clair lorsque son "bank" d'engrammes est mis au Clair. Il aurait retrouvé sa personnalité fondamentale (d'avant son "mental réactif"). Il posséderait des aptitudes insoupçonnées, son QI serait beaucoup plus élevé, il ne pourrait plus se tromper sauf données fausses dans la section raisonnable de son mental. Il n'aurait ni maladie psychosomatique active ou potentielle, ni aberration (Hubbard). Le Clair serait un homme neuf voyageant entre l'homo sapiens et l'être tout-puissant. La durée nécessaire pour devenir Clair serait en moyenne d'un à deux ans. Certains individus naîtraient Clairs en raison de leur vie précédente en tant que scientologue.

L'état de Thétan Opérationnel

"Le triomphe consiste ici à avoir un thétan existant en tant que thétan, se trouvant à l'extérieur du corps, accomplissant des choses et changeant le corps. Nous savons que le thétan peut aller à l'extérieur du corps, et nous savons qu'il peut régénérer et nous savons qu'il peut gravir l'échelle des tons. Nous savons que le fait de le faire sortir et de l'amener au point où il le fait peut changer du tout au tout le comportement et l'état d'esprit de l'individu. Il est à l'évidence au mieux de ses capacités lorsqu'il est le plus en mesure de déterminer le temps et le lieu où appliquer l'énergie (...) Lorsqu'il sort de ce corps pour la première fois, il sait qu'il a gagné le gros lot, bien sûr, mais il n'arrive pas tout à fait à se décider à quitter son chez soi pour aller toucher son gain" (L. Ron Hubbard in Source issue 63).

La Dianétique ne prévoyait pas initialement ces fameux niveaux confidentiels. Ils n'ont été développés par Ron Hubbard qu'à partir de 1966 provoquant de nombreux départs.

L'accès aux niveaux de Thétan Opérationnel ou opérant (O.T.) est ouvert aux Clairs. Ce passage est obligatoire pour accoucher du surhomme que cha-cun possède en soi. Il est prévu par la "technique 88" qui vise à débarrasser vraiment l'individu de son corps Elle est dénommée "88" pour signifier qu'elle apporte l'infini "8" au carré "88". Le Thétan serait à même de contrôler la Matière, l'Espace, l’Énergie et le Temps (MEST) : La progression de l'état de Clair à celui d'OT marque aussi le passage de la dimension individuelle à la dimension collective de l'histoire et aussi des causes des aberrations. L'histoire collective n'est en effet pas moins traumatisante que l'histoire personnelle. Elle est faite d’événements dramatiques ayant causé des torts à l'espèce humaine. La Scientologie envisage l'existence de deux macro-événements dénommés "incidents". Les niveaux d'OT permettraient de "retraverser" ces "incidents" pour libérer les thétans (1).

La Scientologie propose de rendre chacun tout-puissant mais elle est une entreprise de fragilisation de l'individu par "purification" (expulsion) de l'humain dans l'homme. Il s'agit d'abord de se débarrasser des toxines et autres radiations (programme de purification) puis de se "purifier" des "faux buts" (transmis notamment par la société) ou des "valences" (identités notamment transmises par la famille), de se "purifier" aussi des parcelles d'autrui qui se trouvent en nous (OT III, OT V, OT VII) et enfin de purifier le groupe lui-même de ses adversaires (suppressifs ou sources potentielles de troubles). Admettons même que ce culte de la toute-puissance entretenu par la Scientologie soit sincère, il n'en reste pas moins qu'il représente un danger certain pour chacun de nous.

Le Tableau d'évaluation humaine

La Scientologie n'en a jamais fini avec son fantasme de perfection et de toute puissance. Son Tableau d'évaluation établirait "scientifiquement" l'inégalité entre les humains. L’Échelle des tons constitue certes un bon instrument d'analyse et de traitement des hommes mais il manquait sans doute encore une méthode fiable d'évaluation humaine. Ron Hubbard a donc conçu ce tableau standard qui met en relation les niveaux de l'échelle des tons et 24 autres paramètres comme le degré d'éthique, de responsabilité, la façon de considérer la vérité, l'état de santé, le comportement sexuel, l'attitude envers les enfants, etc. Ce tableau classe les êtres de "potentiel de survie" jusqu'à "réceptibilité à l'hypnose". Il est valable pour tous les individus mais aussi pour tous les groupes. On pourrait ainsi examiner les réactions habituelles d'une entreprise, d'une nation, d'un peuple et déterminer ensuite sa position exacte sur ce Tableau d’Évaluation Humaine. L'objectif pourrait être d'estimer le potentiel de survie d'un individu, d'une entreprise.

La Scientologie accompagne son document standard de deux constats :

1- Les positions occupées dans chacune des colonnes sont toujours symétriques :

"Si vous êtes 3,0 sur l'Echelle des tons, alors vous vous retrouvez à 3,0 dans chaque colonne du Tableau". (Extrait du Manuel de la Scientologie )

2- La seule erreur possible consiste à ne pas croire que ce tableau est toujours exact

L'individu comme l'entreprise ou la nation auraient donc leur niveau de ton chronique. La Scientologie propose d'élever ce niveau "normal" de chacun grâce à l'Audition. Les cas d'utilisation sont larges : choix de l'associé, de l'époux, d'un ami, d'un salarié, etc. Ce document reçoit semble-t-il un accueil parfois favorable auprès de certains patrons.

Ce tableau d'évaluation humaine comme l'échelle des tons est à la fois une fantasmagorie née d'un désis de "toute puissance" mais aussi la trace de cet effort constant d'élimination de l'humain dans l'homme. La visée est toujours la même : substituer des techniques à la culture, remplacer des interdits par des normes, supprimer le hasard, éliminer la faiblesse, interdire l'imperfection, "être cause sur la vie", etc. La Scientologie dit que ce système peut être utilisé pour choisir des associés, des amis. On peut déjà douter de la qualité d'une relation humaine fondée sur une telle objectivation. Il serait triste de choisir ainsi ses amis, sa compagne ou son compagnon en laboratoire. On ne voit pas ce que l'homme aurait à gagner de cette mise en équation de l'humain. On pressent en revanche tout ce qu'il aurait à perdre en termes d'authenticité, de vérité. Il est même certain que cette "tech" loin de donner la performance visée serait "iatrogène" (2). Les institutions ne recruteraient finalement que des personnages standardisés, banalisés.

Le système disciplinaire

La gestion inégalitaire des hommes suppose l'existence d'un système disciplinaire. La scientologie postule que l'homme est bon mais distingue l'élite, le suspect et l'asocial. Chaque homme voit son "éthique" définie par sa position sur "l'échelle des conditions". Toute activité est pour cela systématiquement encadrée, quantifiée, enregistrée.

L'Org. dispose pour cela d'Officiers d'Ethique mettant en oeuvre plusieurs procédures. (confessions en audition, interrogatoires de sécurité pour les adultes ou les enfants, etc.). La Scientologie oppose tout d'abord les "bons" et les "méchants" (les "suppressifs"). Ces derniers sont ceux qui "suppressent" la Scientologie c'est-à-dire qui la critiquent. Il existe en outre une troisième catégorie plus problématique car composée des P.T.S. Ces Sources Potentielles de Trouble (PTS) sont ceux qui font des "montagnes russes" c'est-à-dire qui présentent des variations de tonus (accident, maladie, hérésie, etc.).

Cette catégorie charnière fait tomber en fait l'humanité entière dans une position déchue. Le sujet en "mauvais standing" subit l'un des 34 degrés de sanction (perte d'un droit, etc. ).

Des centres de redressement (Rehabilitation Project Force) ont été créés depuis 1973. Les condamnations atteignent plusieurs mois avec travail physique et rééducation.

La Scientologie développe des tech de gestion des relations familiales soit de caractère soporifique (pour les gentils) soit incitant à la rupture obligatoire des liens.

Elle estime que les personnes antisociales seraient 20 % dont 2,5 % vraiment dangereuses. Elle explique ainsi que ses adversaires qualifiés d'ennemis ont tous un passé criminel. Elle se heurte cependant à sa propre logique normalisatrice : elle a du ainsi établir des garde-fous en définissant un pourcentage normal de "PTS-SP", en mettant en garde ses Officiers d’Éthique contre les "fausses conditions PTS" et en prononçant des amnisties.

La délation systématique

La délation systématique est le meilleur moyen de briser tout sentiment d'égalité.

La Scientologie a donc prévu, outre la délation orale, vingt types de rapports obligatoires :

Rapport de dégâts : tout dégât fait à quelque chose, ainsi que le nom de la personne chargée de l'objet ou de son nettoyage.
Rapport de mauvais usage : mauvais usage ou détournement de l'équipement, des matériaux ou des locaux.
Rapport de gaspillage : gaspillage du matériel de l'Org.
Rapport de paresse ; inutilisation du matériel ou inactivité de la personne qui devrait être en action.
Rapport d'alter-is : altération du but, de la policy, de la technologie, ou erreurs faites lors de construction.
Rapport de perte ou vol : disparition d'une chose qui devrait se trouver là, en donnant ce que l'on sait de sa disparition.
Rapport de non-obéissance : désobéissance ou inexécution.
Rapport de Dev-T : activité ou propos hors ligne, hors règlement, hors origine.
Rapport d'erreur : toute erreur commise.
Rapport de délit : tout délit constaté.
Rapport de crime : tout crime constaté.
Rapport d'absence de rapport : tout manque de rapport, rapport illisible ou dossier illisible.
Rapport de faux-rapport.
Rapport de fausse attestation.
Rapport d'ennui : tout ce qui vous ennuie, en indiquant la personne ou portion de l'Org qui ennuie ; on n'en fait pas sur le Dépt inspections et rapports ni sur une Org supérieure.
Rapport de mise en danger de poste : obligation de rapporter tout ordre reçu d'un supérieur mettant en danger son propre travail par altération ou déformation de la Policy ou des ordres d'un supérieur du supérieur.
Rapport d'alter-is technique : toute altération de technologie qui ne soit pas ordonnée par un HCOB, un livre ou une bande de LRH.
Rapport de non-obéissance technique : tout manquement à appliquer la procédure technologique correcte.
Rapport de connaissance : faire remarquer qu'une enquête a lieu et faire connaître à L’Éthique des données de valeur.

Cette délation systématique remplit trois grandes fonctions :

1- La délation nourrit le fonctionnement répressif de la Scientologie puisque ses organes disciplinaires obtiennent ainsi une quantité considérable d'informations. Le fait que cette délation soit considérée comme amicale voire religieuse ne change rien.

2- La délation produit ensuite un effet préventif en instaurant un climat d'insécurité.

Elle engendre une méfiance réciproque entre adeptes et une autodiscipline efficace. Chacun se sachant épié devient progressivement son propre bourreau (surveillant). Elle favorise le respect de la Tech, interdit le fléchissement de l'activité, la liberté de propos.

3- La délation équivaut enfin à l'interdiction des amitiés privées (type couplage) car elle consiste à apprendre à se méfier de chacun. Elle aboutit à un devoir de solitude. Elle instaure un véritable système d'évitement des relations individuelles/collectives. Les relations entre adeptes restent donc superficielles, d'autant plus que la "Tech verbale" c'est-à-dire le fait de parler librement de doctrine est strictement interdit.

Ces divers rapports sont classés par le dé-partement chargé de l’Éthique dans le dossier de l'adepte ou éventuel-lement en cas de faute collective dans celui de la portion de l'Org. La direc-tion peut toutefois nettoyer certains rapports pour rendre une "bio" conve-nable. Elle créerait ainsi des "biolégendes" conformes au statut d'un nou-veau dirigeant.

Ces "Life story" permettraient aussi de s'assurer que les adeptes aient le niveau d'éthique requis par l'organisation à laquelle ils appar-tiennent, le niveau des exigences étant en effet proportionnel à la place occupée au sein de la structure scientologique : un membre de la Sea-Org devant être plus éthique qu'un staff (pas de L.S.D. par exemple), un membre du HCO ou un Messager (CMO) doit être plus éthique qu'un Sea-Org, etc.

 

Les conditions d'éthique

La Scientologie, en distinguant douze conditions d'éthique, hiérarchise l'homme :

Puissance , Transmission de pouvoir , Affluence , Normale, Urgence, Danger , Non existence , Liabilité ou risque , Doute , Ennemi , Trahison , Confusion

Les conditions d'éthique se suivent dans un ordre rigoureux. La première étape d'une formule succède directement à une autre. Le passage d'une condition dépend donc du volume de travail ou des niveaux de formation acquis donc préalablement achetés. La déclaration d'une condition est fondée sur la seule observation des statistiques d'activité.

L'adepte est pour cela sans cesse "mesuré", "contrôlé" dans chacune de ses activités. Chaque personne ou groupe est ainsi placé dans une certaine condition d'existence. Il doit alors obligatoirement effectuer certains actes, ne pas en faire d'autres, etc. L'objectif est toujours de parvenir à une condition plus haute en augmentant sa production (stats).

La gestion de l'éthique se trouve déshumanisée car elle repose sur une objectivation intégrale de l'être humain et de ses liens au point d'en faire de simples "choses". Les stats ne sont pas considérées comme un simple moyen ou un artifice pour appréhender l'autre, elles sont données comme le seul chemin menant à sa vérité et à son être même. Le sujet se réduit à cette objectivation, à cette mesure, bref à cette instrumentalisation.

La même déshumanisation prévaut encore dans le choix des moyens à mettre en oeuvre pour réhabiliter l'adepte ou le groupe puisqu'il s'agit une fois encore de tech standard. Cette tech est élaborée de façon générale et abstraite sans prise en compte des sujets. L'adepte est produit par le système comme personnage plus que comme une personne.

La baisse des conditions éthiques ne constitue pas seulement une sanction morale. L'adepte devra "remonter ses conditions" en accomplissant divers procédés éthiques. Il devra par exemple confesser de nouvelles erreurs mais aussi travailler gratuitement. Le scientologue placé en "condition de risque" n'est plus seulement, pour utiliser leur vocabulaire, "inexistant" en tant que membre de l'équipe mais il devient un ennemi.

Cette condition de risque est assignée lorsque la personne porte préjudice au groupe. L'action peut avoir été volontaire ou non et le préjudice peut s'avérer grave ou non. Cette condition est distribuée si les conditions précédentes sont restées sans effet. Elle est attribuée "pour le bien des autres" c'est-à-dire en l'espèce de la Scientologie. Cette condition impose de se soumettre à quatre phases :

1- Le scientologue doit (re)définir qui sont véritablement ses amis (les scientologues) et ses ennemis (les anti-scientologues).

2- Il doit ensuite porter un coup efficace contre ses ennemis malgré le danger ou le désagrément que cela peut représenter pour lui.

3- Il doit également réparer le préjudice causé à la Scientologie par une contribution personnelle bien supérieure à ce qui est exigé ordinairement d'un membre du groupe.

4- Il sollicite enfin sa réadmission au sein de l'Org. locale en demandant l'accord de autres membres. Il faut en l'absence de majorité favorable refaire les points précédents.

La procédure a pour fonction officielle d'aider l'adepte à "remonter ses con-ditions". On peut craindre cependant qu'elle n'aboutisse en fait parfois à le blesser narcissiquement. L'adepte est culpabilisé car il doit reconnaître lui-même publiquement ses erreurs. L'Org. lui offre une issue en adoptant son point de vue c'est-à-dire en s'identifiant à elle. Cette identification peut aller jusqu'au sacrifice (symbolique s'entend) puisqu'on exige de l'adepte un passage à l'acte et même au besoin l'endossement de la responsabilité.

La réhabilitation passe par l'accentuation de l'identification au groupe et à ses vues. Ne peut-on pas craindre que cette persécution ne mue parfois l'adepte en auto-persécuteur ?

Il doit en effet entrer en conflit avec le monde suppressif pour retrouver son identité. Il devra donc pour cela se défaire de son mauvais Moi pour s'identifier à son groupe.

La contrition nécessaire pour remonter ses conditions s'apparente à un clivage du Moi. Les psychanalystes ont montré que toute punition (im)méritée contribue à renforcer la culpabilité mais aussi le sentiment du sujet de n'avoir aucun droit (Thoédor Reik). Elle prive aussi du sentiment de sa valeur surtout si l'adepte est désigné comme P.T.S./S.P..

Cette intimidation trouve pourtant une solution possible dans la soumission au groupe. L'obéissance absolue apporte la délivrance. L'adepte découvre la joie dans l'abandon. Il ressent plus que jamais que la "vérité" vient toujours d'"en haut" c'est-à-dire du dehors.

Cette conception géographique de la vérité créée bien sûr une dépendance infantile. La crise remplit par ailleurs une fonction psychique importante car l'exclusion du traître est toujours vécue comme la déjection (purification) du mauvais et de l'impur, etc.

Elle vient donc parado-xalement à travers ses projections renforcer l'unité du groupe.

Elle économise parfois la nécessité (plus coûteuse ?) de s'inventer un adversaire externe.

 

Paul Aries

 

NDLR : Il existe un dictionnaire de la Scientologie en anglais : Dianetics and Scientology Technical Dictionary - L. Ron Hubbard - Los Angeles, Bridge Publications Inc,1975 - 571 pages

1 L'espace manque ici pour décrire le contenu exact des huits niveaux secrets vendus plusieurs centaines de millier de francs. Nous avons exposé le contenu précis de ces "secrets" dans la Scientologie, Laboratoire du futur, Editions Golias, 1998; 478 pages.

2 NDLR : qui engendre l’inverse du but recherché, qui est contre-productif.

 

 

La Scientologie contre la fraternité

( Source : Bulle n° 66 - 2ème trimestre 2000 )

Un article de Paul Ariès, chercheur associé de sciences politiques à l'Université de Lyon 2 et spécialiste reconnu de la question des sectes - Cet article reprend l'essentiel de l'argumentation développée dans ses divers travaux, notamment son ouvrage "La Scientologie : Une secte contre la République" - Éditions Golias, 1999 - avec préface d'André Vivien


Introduction
La Scientologie, idéologie du libéral-totalitarisme
La Scientologie face à la démocratie
La Scientologie face au politique
Conclusion


Introduction

La Scientologie diffuse une idéologie du refus des faiblesses et de mépris du faible. Elle en tire des positions très cohérentes comme la critique de l'État-Providence ou du syndicalisme mais aussi des propositions de management proches de notre modernité. Elle se veut officiellement apolitique mais prône un ultra-libéralisme non démocratique. Elle nous renvoie avant les Révolutions réalisant ainsi une rétro-procession historique : l'humanisme, la République et la démocratie constitueraient des parenthèses à refermer.

La Scientologie, idéologie du libéral-totalitarisme

"L'action la plus importante à entreprendre lorsque l'on cherche à établir un point (...) est de soigneusement et avec beaucoup d'effort découvrir qui sont exactement les gros bonnets de la région dans les cercles politiques et financiers et leurs associés et leurs connexions et à quoi chacun est hostile" (HCO du 12 janvier 1973).
La Scientologie exprime une version "hard" du libéralisme débarrassé du sentiment de fraternité. Il n'est donc pas étonnant qu'elle bénéficie d'un bon accueil dans le champ économique. Ses techniques de management se proposent en effet de rendre les gens capables, plus capables. Elles reposent sur la standardisation de toute activité et la normalisation des hommes. Il n'est donc pas étonnant qu'elle parvienne à vendre ses "tech" censées accroître l'efficacité de chacun. La Scientologie explique ainsi que la fatigue au travail est due à des problèmes personnels, il suffirait d'extravertir les salariés pour mettre fin à la prétendue dureté du travail (sic). Elle propose pour cela des méthodes, comme faire des promenades ou regarder des passants. Elle affirme qu'elles permettent ainsi d'éviter les jeux irrationnels comme les grèves qui perturbent la production ou les bons rapports sociaux dans l'entreprise (sic). Ce type de discours reçoit un bon accueil de la part de nombreuses multinationales, comme en témoignent les longues listes de ses clients publiées par la Scientologie : General Motors, Citroën, Lancôme, Perrier, Mobil Oil, Epson Amerika, Volkswagen, etc. Elle se targue du soutien de Coca Cola en Colombie et de Mc Donald's aux États-Unis en reproduisant une photographie ou un groupe d'enfants brandissant leur certificat sous le sigle du géant du fast-food. Le texte précise "des entreprises soutiennent les programmes du Chemin du bonheur dans les écoles et leurs communautés locales" . La société Coca-Cola-France nous a fait parvenir le 10 septembre 1999 une lettre précisant que "le groupe Coca-Cola n'a aucun lien avec la Scientologie, ne cautionne ni ne soutient aucun programme lié de près ou de loin à la Scientologie et n'a jamais donné l'autorisation de reproduire Coca-Cola sur un document émanant de la Scientologie." On ne peut que se réjouir de cette réponse en attendant maintenant les explications de la Scientologie.
Le fait que ces soutiens proviennent du continent américain n'est pas un facteur minorant en raison de la place qu'occupent les États-Unis et ses "marques" dans l'imaginaire collectif. Loin de se satisfaire de l'image de la pieuvre, il faudrait évoquer, ici, bien plutôt des homologies. La meilleure preuve en est la place qu'occupe aujourd'hui la secte sur le marché du management. Ses dix-sept collèges (universités) Hubbard d'administration ne désemplissent pas. Ils sont implantés principalement aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Australie, en Suisse, etc. La Russie compte déjà, pour sa part, quatre collèges formant 350 cadres supérieurs par mois. On estime que près de 200 000 cadres supérieurs ont été initiés aux "Tech" de management.

La Scientologie face à la démocratie

La Scientologie affirme dans divers écrits que la démocratie (la pensée collective) est une manifestation du "mental réactif" (en quelque sorte de notre sous-humanité). Le pouvoir trouverait donc son origine et sa légitimation dans une véritable mystification.
Le refus du dialogue
La fraternité n'existe pas sans dialogue, sans respect de ses adversaires. Les organisations de défense dénoncent régulièrement ses tentatives "d'infiltration" de l'appareil d'État. Ses organisations chercheraient à recruter des dirigeants et à influer sur leurs décisions :
"On peut envisager la forme générale d'un gouvernement mondial. Ce gouvernement ne s'étendra pas, en tant que gouvernement administratif, en dehors de la Fondation de Dianétique mais la Fondation assurera vraisemblablement l'entraînement du personnel que ces gouvernements lui enverront, et elle sera vraisemblablement le conseiller de tous les gouvernements. Mais ne rêvons pas, nous avons dans le Groupe de Dianétique une bien meilleure souricière." (Document scientologique, Bulletin Technique).
Notre culture moderne admet la liberté de pratiquer le lobbying (plus ou moins caché). Nous insisterons donc sur une autre dimension, celle d'un véritable déni du politique.
Ce déni du politique en tant qu'instance délibérative apparaît en effet à un triple niveau :

1) - Le dogme selon lequel la démocratie serait un produit du mental "réactif" :
"Ce point sera naturellement, attaqué comme "impopulaire", "égocentrique" et "non démocratique". C'est très possible. Mais c'est un point de survie. Et je ne vois pas en quoi les mesures populaires, l'abnégation et la démocratie ont fait quoi que ce soit pour l'homme sinon l'enfoncer plus encore dans la boue. A l'heure actuelle, la popularité couronne les romans dégradés, l'abnégation a empli les jungles du sud-est asiatique d'idoles de pierre et de cadavres, et la démocratie nous a donné l'inflation et l'impôt sur le revenu. Notre technologie n'a pas été découverte par un groupe (...) le groupe livré à lui-même n'aurait pas développé la Scientologie, mais avec les folles dramatisations du bank appelées "idées nouvelles", l'aurait anéantie (...) Le dénominateur commun d'un groupe est le bank réactif. Les thétans (...) n'ont en commun que leur bank (...) Aussi les idées constructives viennent-elles d'un individu et reçoivent-elles rarement l'accord général d'un groupe humain. Un individu doit s'élever au-dessus d'une soif obsédante d'approbation de la part d'un groupe humanoïde pour réaliser quelque chose de décent. L'accord de bank est ce qui a fait de la terre un enfer(...)"(HCO, LR du 7 février 1965, republiée le 27 août 1980, corrigée le 12 octobre 1985)
La Scientologie est convaincue que l'autorité d'un chef ne tient pas d'abord à son génie mais beaucoup plus à sa "technologie" qu'elle désigne comme une "présence éthique". Un bon chef n'est pas celui qui sait convaincre ou se faire aimer mais se faire obéir. La "présence éthique" ne correspond donc pas à la notion catholique de charisme. Ce dernier est en effet un "don" octroyé par Dieu pour le service de la communauté. Elle serait plus proche de la notion de grâce dévolue pour le progrès d'une personne. La différence demeure cependant car la "présence éthique" est un construit et non un don. Il suffirait en effet de respecter les directives d'Hubbard pour bénéficier de cette qualité. Le pouvoir trouve donc son origine mais aussi sa légitimation dans une mystification. L'autorité n'est en effet pas dévolue au plus populaire ou au plus savant mais à celui qui se soumet totalement à une série de procédures qui font de lui cet être exceptionnel. Les dirigeants de la Scientologie bénéficient ainsi d'une formation spécifique à l'autorité dispensée par sa section des cadres (Exécutive Training Departement). Ils y reçoivent une formation très poussée à l'obéissance mais aussi au commandement. Ils y découvrent la structure extrêmement complexe et fine du pouvoir scientologique. Les ordres sont transmis à la base par les Chefs des divers organismes indépendants. Les organisations de base ne peuvent élaborer aucune directive ni bien sûr programme. Trois domaines échappent complètement à leur responsable (Commanding Officer) : le bureau d'O.S.A., la section financière et le HCO (Bureau des Communications Hubbard chargé de la discipline et de la gestion des statistiques de la Scientologie). Le "réseau des représentants de FLAG" (FLAG Representative network) a pour mission de s'assurer que les directives sont exécutées de manière conforme par toutes les Orgs. Le représentant de FLAG peut au besoin se substituer à la direction de l'Org locale.

2) - La logique même du système qui tend à substituer de la "Tech" à toute humanité est par essence non démocratique puisqu'elle supprime (la nécessité) du dialogue :
"La Scientologie est un système applicable (...) En cinquante mille ans d'histoire sur cette planète, l'Homme n'a jamais élaboré de système qui marche. Il est douteux que dans un avenir prévisible il en élabore jamais un autre. L'Homme est pris dans un labyrinthe immense et complexe. Pour en sortir, il lui faut suivre le chemin soigneusement jalonné de la Scientologie. La Scientologie le sortira de ce labyrinthe. Mais uniquement s'il suit les marques exactes dans le tunnel" (HCO, LR du 14 février 1965, republiée le 30 août 1980)
La Scientologie se veut une religion de type scientifique découverte par un seul homme. Les moyens de Salut qu'elle met en oeuvre sont du domaine d'une "techno-science". Le contenu de sa doctrine comme ses implications pratiques échappent donc à tout débat. On ne met pas un énoncé scientifique aux suffrages, on ne le soumet pas à la loi du nombre.

3) - La conception scientologique de l'humanité est par nature non fraternelle puisque l'humanité constituerait déjà en elle-même une instance à dépasser et que certains de ses membres seraient des W.O.G., des Préclairs, des Clairs, des pré-OT ou des O.T, etc. On pourrait aussi évoquer le sort des P.T.S. (de divers types) et autres "suppressifs". La "communauté des égaux" se trouve ainsi très réduite et fortement compartimentée. Cette conception de l'humanité débouche sur l'exclusion, y compris juridique :
"(...) toute personne se situant en dessous de 2,0 sur l'échelle des tons ne devrait avoir aucun droit civil dans une société bien pensée, car en abusant de ces droits, elle provoque l'apparition de lois sévères et contraignantes qui oppressent les gens qui n'ont pas besoin de ces contraintes. En particulier, aucune personne située en dessous de 2,0 sur l'échelle des tons ne devrait que ce soit en permanence ou occasionnellement, être témoin ou juré dans les tribunaux, puisque leur position à l'égard de l'éthique est telle qu'elle rend nul tout témoignage qu'elle pourrait donner ou tout verdict qu'elle pourrait rendre" (Extrait de Science de la Survie, traduction -provisoire- communiquée à l'auteur par la Scientologie).
Les gens situés à gauche sur l'échiquier politique se situent en dessous de la barre de 2,0. La Scientologie précise cependant que ces personnes situées en dessous de 2,0 ne devraient pas être privées de leurs droits civiques plus longtemps que nécessaire pour les conduire à un point de l'échelle des tons où leur éthique permettrait de les remettre en compagnie de leurs semblables.

La Scientologie face au politique

La Scientologie se veut officiellement apolitique mais elle marque de fortes préférences. La démocratie est à ses yeux préférable à la dictature mais inférieure au libéralisme. Le socialisme (notamment marxiste) représente la "lèpre" véritable de la société moderne.

1) - Le libéralisme se situe au-dessus de 3,5 sur l'échelle des tons car il correspond à un haut niveau d'éthique. Il accorde en effet une grande importance au droit de propriété. Il reconnaît également des droits spécifiques aux personnes les plus productrices, etc. Cette option politique correspond donc au plus haut niveau de courage du "thêta" libre.

2 ) - La démocratie se situe entre 3,0 et 3, 5. Elle correspond à la croyance dans la bonté de l'homme et dans sa capacité à se gouverner. Elle est néfaste par l'intérêt qu'elle accorde aux questions sociales (assistanat, État-providence, etc) donc anti-productive. Elle tend pour cette raison à développer un conservatisme. Il faudrait éviter de placer à des postes de commandement des personnes de ce type car elles ont peur de blesser les autres, ce qui est une forme de lâcheté, et non une marque de courage ou de vertu. La Science de la survie explique qu'il existe dans la société actuelle une sensiblerie qui a été encouragée par des générations d'hommes littéraires qui avaient seulement en tête d'avoir le maximum d'impact, et les plus grandes ventes possibles pour leurs ouvrages ; c'est une sensiblerie qui fait endurer, tolérer et approuver des gens apathiques (sic).

3) - Le fascisme se trouve entre 2,0 et 1,5 sur le tableau d'échelle des tons. Il est condamnable car il cherche le contrôle absolu d'une zone, à une seule fin destructrice. Il utilise pour cela des moyens brutaux et se trouve de ce fait largement conservateur.

4) - La subversion "rouge" occupe la position la plus basse sur l'échelle des tons (1,1 à 1,3). Le communisme se trouve à 1,1 car il serait moins efficace que le fascisme. Il développe en outre des systèmes d'assistance qui tuent l'initiative privée et la richesse. Il est contraire à l'échange (marchand) donc hostile à la survie sur les huit dynamiques. On trouverait ainsi à ce niveau un ramassis de mensonges malveillants et vicieux. La personne qui se trouverait dans cet état serait incapable de dire la vérité et tricherait. La culture sociale située à 1,2 ou en-dessous ne pourrait donc engendrer que des assistés. Une population type serait même créée de façon à pouvoir la contrôler et l'opprimer :
"Il y a deux solutions pour s'occuper des personnes qui se situent en dessous de 2,0 sur l'échelle des tons, aucune d'elle n'a quoi que ce soit avec le fait de raisonner avec eux ou d'écouter leurs justifications. La première est de les faire monter sur l'échelle des tons en retransformant l'enthêta en thêta (...) L'autre est de s'en débarrasser calmement et sans remords. Les vipères sont des compagnons agréables par rapport aux personnes qui se situent dans les zones inférieures de l'échelle des tons. Ni la beauté, ni le charme, ni les valeurs sociales artificielles ne peuvent excuser les dommages terribles que ces personnes font aux hommes et aux femmes saines d'esprit. Mettre à part d'un seul coup toutes les personnes se situant dans les zones inférieures de l'échelle des tons provoquerait une élévation instantanée du niveau de culture et interromprait la spirale descendante dans laquelle toute société peut se trouver. Il n'est pas nécessaire de produire un monde de Clairs pour obtenir une société raisonnable et valable ; il est seulement néces saire de supprimer toutes les personnes qui se situent à 2,0 et en dessous, soit en les auditant suffisamment pour les amener au-dessus de 2,0 (...) ou en les mettant en quarantaine de la société. Un dictateur vénézuélien a un jour décidé de stopper la lèpre. Il s'est aperçu que la plupart des lépreux de son pays étaient aussi des clochards. Simplement en rassemblant et en tuant tous les clochards du Venezuela, il fut mis fin à la lèpre dans ce pays." (Extrait de Science de la Survie, traduction -provisoire- communiquée à l'auteur par la Scientologie).

Conclusion

Ces trois articles (celui-ci est le dernier, voir La scientologie contre la liberté, La scientologie contre l'égalite)entendaient prouver que si le combat contre les sectes est nécessaire sur le plan individuel (escroquerie, etc), il est aussi nécessaire sur le plan des valeurs. Les sectes que nous combattons sont celles qui menacent l'humanisation de l'homme. Elles constituent dans le contexte actuel de destruction des repères et des identités une machine de guerre contre plusieurs siècles d'humanisme qu'il soit laïc, chrétien, musulman, juif, bouddhiste. La question des sectes ne concerne pas seulement leurs victimes directes mais tous ceux, parents et citoyens, qui rêvent d'un monde humain.
Paul Ariès

 

 

 

Libération

Scientologie menaces au grand jour. L'Eglise tente d'intimider Paul Ariès, auteur d'un livre très critique sur la secte.

Daniel LICHT 7 novembre 1998 à 16:01

Avant même sa publication, le travail que l'universitaire Paul

Ariès, professeur de sciences politiques à l'université de Lyon II, a consacré à la scientologie fait réagir les principaux intéressés. L'association dite Eglise de scientologie a mis l'auteur en garde. «J'attire votre attention sur le fait que toutes les oeuvres de Ron Hubbard (le fondateur idéologue, ndlr) relatives à la scientologie ["] sont protégées par des droits d'auteur. Leur reproduction est donc strictement interdite sans la permission expresse du détenteur de ces droits. En les publiant, vous pouvez vous exposer à des poursuites pour faux et usage de faux.» Ce qui signifie, à en croire Marc Walter, président de l'association spirituelle de l'Eglise de scientologie Ile-de-France, que la sortie de Scientologie, laboratoire du futur?, édité par Golias, fondateur de la revue lyonnaise du même nom, tenant d'un catholicisme critique, sera automatiquement accompagnée d'un procès. Des menaces auxquelles l'auteur n'a pas répondu mais qui ont fait réagir l'éditeur, spécialiste d'anthropologie et d'une approche critique du catholicisme romain. Incitation à publier. Pour Christian Terras, directeur de Golias, ces propos «comminatoires» incitent plutôt à publier «sans qu'il soit question de quelque accord ou consultation préalable de cette association, laquelle n'a pas vocation à exercer la police de ce qu'il est permis ou non d'éditer». D'autant que, non sans ironie, Christian Terras ajoute que «les libertés ­ de valeurs constitutionnelles ­ d'expression et d'opinion, que la scientologie ne manque pas de revendiquer pour elle-même, ne nous apparaissent pas devoir recevoir exception dans le cas de l'ouvrage de Paul Ariès». Le bras de fer est engagé. Les avocats de l'éditeur n'ont pas manqué de relever le caractère inadmissible de la démarche des scientologues, dans laquelle ils détectent une tentative d'intimidation à peine dissimulée. Marque déposée. L'Eglise de scientologie intéresse de plus en plus sociologues et chercheurs. Pour avoir un droit de regard sur leurs travaux, l'association classée secte a inventé une tactique ingénieuse: elle protège ses écrits par la législation sur les copyrights, en faisant ainsi des marques déposées qui ne peuvent être utilisées qu'après l'accord des responsables scientologues. «Il arrive que nos détracteurs fassent circuler des publications, qu'ils attribuent au fondateur de la scientologie, mais qui sont en fait des faux», prévient Marc Walter, qui prétend d'autre part que les textes officiels sont «disponibles pour tout un chacun». Une affirmation d'autant plus insidieuse que Paul Ariès se rappelle avoir eu les plus grandes difficultés à obtenir toutes les sources qu'il sollicitait auprès de la scientologie. Il a pu constater, d'autre part, au cours de ses mois de rédaction, que la secte détruit régulièrement ses propres documents pour les republier ­ à peine modifiés ­ sous une autre référence. Pour Paul Ariès, cette pratique digne d'une fiction d'Orwell «rappelle un peu le musée de la Révolution à Tirana, où les portraits des dignitaires déchus disparaissent au fur et à mesure, laissant des traces sur les murs».

Culte. Pour le chercheur, la scientologie «laboratoire du futur» serait une métaphore condensée et dévoyée de la société contemporaine, avec son culte frénétique de la performance et de la lucidité mentale: «Ce n'est pas un hasard si la secte est née dans les années 60 aux Etats-Unis, où le désir de devenir tout-puissant est une constante des rapports humains.» Prospère au pays du tout-consommation, «la scientologie commercialise le bonheur sur terre et dans l'au-delà, à travers un parcours initiatique secret d'en moyenne 500 000 francs». L'ouvrage analyse les visées de l'association, toujours cachées derrière un discours positiviste qui trouve son aboutissement dans les organismes de formation satellites (Ariès cite de grandes entreprises qui les ont utilisés).

Après une conférence au ministère de la Justice, tenue secrète, Paul Ariès, expert en sectes pour le ministère de la Santé, s'est fait briser l'épaule par deux individus masqués" Il venait d'exposer sa thèse sur la «banalité» de cette secte «figure hyperbolique d'un monde déshumanisé», où «le rapport à l'autre et le fonctionnement interne ne sont que la caricature de ce que produisent aujourd'hui les évolutions les plus lourdes de la société».

LICHT Daniel

 

 

 

 

 

Le soir

«Dimanche midi, Amar», clap première Dimanche midi, tout simplement

GOURDIN,CAROLINE

Mardi 14 septembre 1999

«Dimanche midi, Amar», clap première Dimanche midi , tout simplement

Ambiance à la fois tendue et feutrée des matins de première. A 11 h 30, derniers réglages des caméras, du son et de la lumière. Danièle Mitterrand, la première invitée, répond aux questions d'une équipe de Canal+, en reportage pour TV+.

Paul Amar apparaît à 11h50, tendu et concentré. A midi, il s'installe. Petit sourire aux photographes. Antenne dans quatre minutes! Silence. Générique: sobre, rythmé, à l'image de la suite. Nous appellerons tout simplement cette émission «Dimanche midi», annonce d'entrée Paul Amar, prenant soin de ne pas mentionner son nom.

DMA se voulait «news magazine»: s'enchaînent interviews, enquête, reportages, brèves sur l'actualité de la semaine et débat. Paul Ariès, politologue spécialiste des sectes, face à Danièle Gounord, porte-parole de l'Eglise de scientologie en France. Ils ont à peine le temps d'ébaucher leurs points de vue.

Nous avons été trop gourmands , avoue Amar à l'antenne. Nous aborderons moins de thèmes la prochaine fois. Très pro.

Danièle Gounord quitte le plateau plutôt mécontente, et Paul Ariès est frustré: J'avais toute une série d'arguments à lui sortir, dit-il, hors antenne.

Michèle Cotta, la directrice générale de France 2, rayonne: Pour une première, c'est formidable! , lance-t-elle. DMA est loin de «Polémiques». Pas de préséance pour la politique. Ton moins polémique.

Je suis soulagé, avoue Amar. Il n'y a pas eu d'incident technique, et nous avons respecté le travail réalisé en amont. Il s'agissait de donner la couleur. Maintenant, il va falloir trouver le temps juste. Nicolas Jacobs, le rédacteur en chef, entend alléger un peu le programme, pour laisser plus longtemps la parole aux invités. Le magad'actualité en télé,formule trop ambitieuse? A suivre...

CAROLINE GOURDIN

 

 



   
Posté par paularies