Paul ARIES - Site Officiel

16 juin 2012

Un site pour inviter à l’insurrection des existences

Pourquoi une histoire politique de la table

 

 

Retrouvez chaque mois Paul Ariès

rédacteur en chef du mensuel Les Zindigné(e)s

 

                                 contact : paul.aries@laposte.net

compte twitter : .........@paularies7

 

 La nausée

 

La victoire programmée du protofasciste Trump n’est pas tant celle des républicains que la conséquence de la défaite des démocrates corrompus incapables de donner de l’espoir aux dizaines de millions d’Américains déshérités et notamment à une jeunesse vouée aux lendemains qui déchantent. C’est la victoire de la haine sur l’espoir. C’est la victoire du protofascisme sur la corruption des élites démocrates. Seul Bernie Sanders aurait pu faire gagner l’Amérique des pauvres contre l’Amérique des riches... 

A défaut d’un grand projet émancipateur les naufragés du système ne pouvaient que voter pour celui qui transpire la haine,

les pauvres ne pouvaient que se tromper de colère.

Ils ne pouvaient qu’ajouter la lèpre au choléra.

Pauvre Amérique. Pauvre monde.

Tant que les gauches mondiales resteront aphones, les protofacismes auront de beaux jours devant eux.

Nous payons au XXIe siècle le prix fort de ce que fut au XXe siècle la tragédie historique du stalinisme.

Ceux qui trouvaient le bilan de l’URSS globalement positif ont démonétisé jusqu’au mot de socialisme, de communisme, de révolution et même d’écologie politique. Les gauches françaises doivent tirer toutes les leçons de la tragédie nord-américaine.

Seul un projet politique de rupture d’avec le capitalisme, d’avec le productivisme, d’avec l’austérité, d’avec la haine de l’autre peut permettre d’échapper à la malédiction nord-américaine...

Les gauches françaises sont malades tout comme l’écologie politique.

Donnons du grain à moudre à la politique à gauche.

Garantissons à chacun de quoi vivre même sans emploi grâce notamment à la défense et à l'extension de la sphère de la gratuité. Prenons appui sur les cultures populaires plus à même de défendre les valeurs de partage.

Marine Le Pen comme Trump ajouterait le choléra à la peste.

Les candidats des deux droites, ceux des républicains et ceux de la fausse gauche socialiste, ne peuvent qu’enfanter la haine ! Défendre à la fois la justice sociale, écologique et politique c’est la meilleure arme contre Trump/Le Pen.

 

 

 

L’écologie fera-t-elle perdre Hillary Clinton ?

Editorial des Zindigné(e)s d'octobre 2016 

Alors que Dany Cohn-Bendit confie sur France Info compter sur Emmanuel Macron pour empêcher un second tour Sarkozy/Le Pen, on serait bien en peine de trouver des déclarations de  soutien d’EELV à la candidate écolo aux élections nord-américaines… Pourtant Jill Stein et son colistier Ajamu Baraka ne cessent de grimper dans les sondages qui les donnent entre 4 et 7 % des voix… au risque de faire perdre Hillary Clinton face à Donald Trump. Le camp démocrate appelle d’ailleurs à « voter utile » ce à quoi la candidate écolo répond : « Nous devons nous rendre compte à quel point il y a urgence à agir. Nous devons prendre conscience que les désastres qui frappent notre pays sont sur le point de remettre en cause chaque jour notre vie et aussi celle de millions de gens sur la planète ; je suis effarée par l’attitude et les dénis des Républicains mais aussi en constatant que beaucoup de parlementaires démocrates, sur ces sujets comme sur d’autres, se déportent vers la droite. D’autant plus que le choix du candidat à la vice-présidence, l’ancien sénateur du Colorado, Ken Salazar, a révélé la véritable Hillary Clinton ». Le colistier d’Hillary Clinton est en effet bien connu pour son soutien sans faille au lobby pétrolier, défense de la fracturation hydraulique, campagne en faveur du pipe-line Keystone destiné à apporter aux États-Unis le pétrole canadien issu des sables bitumineux, ouverture de l’océan Arctique aux forages pétroliers, etc. Nous avions croisé Jill Stein, ancienne médecin, âgée de 65 ans, située très à gauche sur l’échiquier américain lors de la COP 21.  Jill Stein était déjà la candidate écolo en 2012 face à Barak Obama et Mitt Romney et avait obtenu 469 501 voix soit 0, 36 % des suffrages.  Elle a été élue en août candidate des 300 000 membres du parti vert (GPUS) avec le soutien de nombreux autres mouvements écologistes.  Elle prend la suite de Ralph Nader en 1996, 2000, 2004 et 2008… Jill Stein conduit cette année une campagne beaucoup plus à gauche avec au coeur de sa campagne la justice écologique, sociale et la paix et dans son viseur Wall street et le complexe militaro-industriel… Parmi ses soutiens Richard Stallman, fondateur du mouvement du logiciel libre, et Medea Benjamin, cofondateur de Code Pink, le mouvement des femmes pour la paix ainsi que des organisations comme l’International Socialist Organization.  Le symbole de son ancrage plus à gauche est le choix de son colistier, Ajamu Baraka, théoricien noir et membre du parti vert, très impliqué dans la lutte contre les discriminations raciales et sexistes. Cet enseignant à l’Institut d’études politiques de Washington est sur tous les fronts depuis des décennies : partisan de la fermeture des prisons, élu personnalité abolitionniste de la peine de mort en 2001, militant propalestinien,  favorable à la dépénalisation du cannabis, ouvertement anticapitaliste et hostile au libre-échange…  Ajamu Baraka n’est pas connu pour avoir la langue dans sa poche. Il a ainsi qualifié Obama d’Oncle Tom et dénoncé la mascarade de « Je suis Charlie », symptome d’un monde blanc à l’émotion sélective. Il a lancé « Je suis Charleston » en mémoire de l’attentat raciste du 17 juin 2015, commis dans une des plus vieilles églises noires nord-américaine, par un sympathisant des thèses suprématistes blanches. Ajamu Baraka revendique une double tradition, celle des Blacks panthers et celle de William Edward Burghardt « WEB » du Bois (1868/1963), sociologue, militant des droits civiques et panafricaniste, ouvertement anticapitaliste et procommuniste. Ajamu Baraka est hostile à l’américanisation des anglo-africains et dénonce l’émergence d’une (petite) bourgeoisie noire… collaboratrice de la domination culturelle blanche…  Cet ancien Directeur exécutif du réseau « US Human Right » (fort de plus de 300 organisations) a lancé ainsi un appel en septembre pour la surveillance internationale des homicides de la police des Etats-Unis. Il a accepté d’être le colistier de Jill Stein pour construire un mouvement multinational nord-américain sur la base de la satisfaction des besoins des travailleurs. Jill Stein et Ajamu Baraka font l’objet depuis quelques jours d’un mandat d’arrêt pour avoir pénétré sur le chantier d’un GPII (Grand projet inutile imposé), la construction d’un oléoduc qui menace les terres et les réserves en eau des Sioux du Dakota du Nord. Ajamu Baraka est accusé d’avoir écrit à la peinture sur un buldozer « décolonisation, un acte de résistance contre l’Amérique des entreprises et l’Etat colonial ».

 

 

Une histoire politique de l'alimentation, par Paul Ariès - Trailer

 

https://webmail.laposte.net/service/home/~/?auth=co&loc=fr&id=23077&part=2

Parution le 15 septembre 2016 du dernier livre de Paul Ariès

Une histoire politique de la table (Max Milo), 443 pages 24,90 euros, 

 

Menu du livre

Amuse-bouches
Premier service : les tables préhistoriques
Deuxième service : la table mésopotamienne
Troisième service : la table égyptienne
Quatrième service : la table grecque
Cinquième service : la table romaine
Sixième service : la table gauloise
Septième service : la table mérovingienne
Huitième service : la table carolingienne
Neuvième service : la table clérico-féodale
Dixième service : la table de la monarchie absolue
Onzième service : la table républicaine
Douzième service : la table bourgeoise
Treizième service : les tables industrielles
Sortie de table : les utopies alimentaires

 

Une double révolution alimentaire

 

Extraits de l'avant-propos
Amuse-bouches

 

 Beaucoup d’histoires de l’alimentation existent mais pas d’histoire politique, comme si nos façons de faire société, de régler nos conflits, de choisir qui sont nos amis et nos ennemis, de déterminer ce que nous considérons nous être commun, n’interféraient pas avec nos conceptions de l’alimentation et nos façons de passer ou de ne pas passer à table, avec nos définitions, toujours changeantes, qui permettent de dire qui a droit de participer au banquet, qui doit recevoir plusieurs parts, une pleine part, une demi-part, voire une mauvaise part1. Ce voyage sera parfois anecdotique car il faut bien dire comment, pourquoi, où, et avec qui, nos ancêtres mangeaient et buvaient, mais il débouche cependant sur un constat déterminant pour le xxie siècle. Si l’humanité s’est largement humanisée en humanisant sa table, il se pourrait bien qu’elle se déshumanise à force de la déshumaniser. L’humanité s’est humanisée à travers sa table en interposant entre elle-même et ce qu’elle mange et boit toute une série de choix (entre ce qui est consommable et ce qui ne l’est pas, entre ceux qui ont droit au banquet et les autres, entre divers modes de cuisson, etc.), de valeurs (entre celles reconnues aux divers aliments et aux diverses façons de cuisiner, d’assaisonner, de manger), d’objets (du bâton à fouir à la broche et à la marmite), de savoirs et de savoir-faire (en matière de chasse et de cueillette, de stockage, de conservation, d’assaisonnement, de cuisson), de cultures (des cultures populaires aux cultures aristocratiques en passant par les aspects religieux ou scientifiques), de rituels (domestiques, religieux ou politiques), transformant ainsi les nutriments, qui concernent le seul corps biologique, en aliments. L’histoire de l’alimentation est donc d’abord celle de cette mise à distance, de cette ritualisation et symbolisation qui concourent au vivre ensemble. L’humanité pourrait tout aussi bien se déshumaniser en déshumanisant sa table. Nous n’avons toujours pas appris, en plusieurs millénaires, à garantir le droit au banquet à l’ensemble de l’humanité, ce qui supposerait de concevoir une nouvelle symbolique, une nouvelle ritualité, d’autres pratiques. Au contraire, nous mangeons de plus en plus n’importe quoi, n’importe comment, n’importe quand, n’importe où, avec n’importe qui et pour n’importe quelle raison. Nous n’acceptons plus que la communauté puisse avoir son mot à dire sur nos façons de manger, et déjà de gaspiller, car nous ne savons plus ce que manger veut dire. Nous nous imaginons, contre tout ce que nous apprend l’histoire de l’humanité, que la table serait une affaire individuelle dont nous n’aurions pas à rendre compte ni anthropologiquement, ni socialement ou culturellement, ni, bien sûr, politiquement.

 

 Pourquoi une histoire de l’alimentation ?

 Notre siècle ne fait pas exception : son principal défi n’est pas la conquête spatiale mais de savoir comment nourrir 8 milliards d’humains sans détruire les écosystèmes. L’histoire aurait dû, à ce sujet, nous vacciner contre une double illusion, hélas meurtrière. Celle selon laquelle la table d’aujourd’hui serait nécessairement mieux que celle d’hier et forcément moins bien que celle de demain. L’histoire de l’alimentation dément cette conception faussement progressiste : on mourait moins de faim dans l’Egypte des pharaons que sous Louis XV, et les mangeurs préhistoriques accédaient à une nourriture plus diversifiée que les Français du xixe siècle.  L’histoire de l’alimentation n’est pas celle d’une longue marche triomphante vers un mieux, mais celle de conflits d’usages, avec l’alternative de mutualiser les stocks ou de laisser une minorité se les approprier, ou le choix entre détruire les châtaigneraies pour favoriser les pommes de terre ou le froment, et laisser le peuple vivre bien, à sa façon. En effet, les puissants n’ont pu imposer leur conception de l’agriculture et de l’alimentation qu’en interdisant au plus grand nombre, souvent brutalement, d’autres façons de manger et donc aussi de vivre. Nous ne sommes pas en mesure de dire ce qu’aurait été l’histoire de l’alimentation si ces autres choix populaires avaient été respectés. Les puissants (chefs de tribus, seigneurs, rois, aristocrates, bourgeois capitalistes) ne sont parvenus à leurs fins qu’avec le soutien des religions, et notamment, nous concernant, avec l’appui de l’Eglise catholique, toujours prête à dénoncer les prétentions des pauvres à vouloir manger aussi bien que les riches… Le péché de gula (« gourmandise ») est d’abord une arme de guerre contre les pauvres et non contre les riches. Autre illusion dont nous devrions faire le deuil : l’idée que le « progrès technique » et que les innovations en matière agricole seraient à même de répondre aux espoirs. Nos ancêtres se sont bercés de telles illusions depuis les grandes réformes de l’Antiquité jusqu’à la monarchie absolue et la Révolution. La pomme de terre républicaine n’a pas plus émancipé l’humanité que le pain moyenâgeux ou, demain, les biotechnologies alimentaires. Ce n’est pas par hasard si le xixe siècle « progressiste », dont la mémoire collective n’a retenu que la légende dorée des grands gastronomes, fut un siècle particulièrement noir en matière d’alimentation populaire avec ses projets immondes de nourrir le peuple en utilisant tous les rebuts de l’industrie. Même dans la Grèce antique, les esclaves avaient droit aux délices du vin doux et à des banquets (rarement tout de même) pour honorer leurs morts ! La commensalité eut longtemps pour conséquence de rappeler aux humains qu’ils doivent tous, obligatoirement, manger et boire. Le capitalisme ayant inventé, avec son fonctionnement spécifique de l’argent, une autre équivalence générale entre les choses, Comus et Bacchus se sont trouvés rabaissés, pour ne pas dire simplement désacralisés.  Faire une histoire de l’alimentation, c’est donc, déjà, témoigner de cette profanation du vivant lorsque les sociétés (et les puissants) ne se pensent plus comme nourricières, lorsque les enrichis ne perçoivent même plus ce qu’il y a d’immoral dans leurs excès et dans la démesure de leurs gaspillages alimentaires (estimés par l’ONU à 40 % de la production), lorsque les dirigeants n’imaginent plus ce que pourraient être des politiques alimentaires, alors que les Anciens avaient su déployer durant des siècles des lois somptuaires pour que les excès des uns ne privent pas les autres, et des lois annonaires pour garantir l’approvisionnement de tous et de chacun. La Révolution française n’est pas née d’une mauvaise récolte, mais de l’abandon par les puissants de cette « économie morale » que le peuple n’a jamais cessé d’appeler de ses voeux et qu’il appliquait parfois de force lors des réquisitions de grains et des ventes au juste prix.

 

Pourquoi une histoire politique de l’alimentation ?

 L’alimentation a été l’un des domaines où s’est forgée cette dimension humaine à laquelle on donnera bien plus tard le nom de politique. En effet, la politique exista bien avant la démocratie grecque et ses fameux banquets. J’aimerais convaincre le lecteur qu’on peut parler de politiques alimentaires dès la préhistoire et que les choix faits ne furent pas moins intéressés et passionnés que les nôtres. La politique ne naît donc pas avec les premières cités-Etats, comme Babylone, mais avec les grandes chasses, avec le stockage des denrées, avec les premiers banquets végétaux. Cette histoire témoigne d’un bricolage avec parfois des avancées foudroyantes, mais aussi des reculs durables. Ce bricolage a permis de faire vivre quelque chose qui dépasse le cadre des relations familiales, tribales et de simple voisinage. On fera toujours du neuf avec du vieux dans ce domaine, et on bricole à partir d’un « déjà-là ». La commensalité, qui a un sens précis dans le contexte familial, prend ici un autre sens. D’affaire privée, la maîtrise du feu devient l’un des fondements d’une communauté politique qui s’invente, serrée autour d’un commun. Ce n’est d’ailleurs pas tant la communauté qui se serre autour de son feu que ce foyer commun qui crée la communauté, comme ce n’est pas la communauté qui partage un banquet, mais ce banquet qui crée la communauté en tant que corps politique. En même temps, la politique, c’est la constitution de cet espace commun, soustrait aux seules logiques privatives, et la mise au point de modalités particulières de le gérer. La politique fut d’abord une banale affaire alimentaire avant de devenir cette chose abstraite qui exclut le plus grand nombre. Politique, l’apprentissage de la coopération, peut-être déjà au niveau de la cueillette, et, de façon certaine, avec les grandes chasses. Politique, la définition de territoires de cueillette et de chasse à défendre contre d’autres tribus ou contre les prédateurs. Politique, l’apprentissage de la sécurité collective avec la constitution de réserves et l’invention de méthodes variées et efficaces de gestion des stocks alimentaires. Politique, la maîtrise du feu comme fondement des futurs biens communs et des futures cités. Politique, l’invention de la commensalité car elle suppose de faire des choix en matière de répartition des morceaux, mais aussi en termes d’alimentation (ou pas) des plus faibles. Politiques, les premiers repas hospitaliers à la fonction diplomatique certaine ainsi que les premiers banquets funéraires ou sanglants. Que la politique se soit inventée avec des affaires de table, notamment, n’est pas si étonnant puisque la table est, comme la politique, une affaire de mélange (des peuples, des valeurs, des coutumes dans un cas, des arômes, des épices dans l’autre). Les Grecs anciens le savaient bien, qui obligeaient à toujours mélanger son vin avec de l’eau.

 

Pourquoi une histoire nationale de l’alimentation ?

 Certes, l’histoire de l’alimentation est universelle, mais on ne peut la rendre intelligible qu’en acceptant de la circonscrire dans des territoires à chaque fois particuliers, tant sur les plans climatique, géographique, culturel, social que sur le plan politique. La France, dans son histoire, entretient un rapport spécifique à sa table parce qu’elle est, plus que d’autres, une nation politique. Etudier l’histoire politique française de la table, c’est se donner le maximum de chance de comprendre cet entrelacement du politique et de la nourriture, tel qu’il travaille toutes les sociétés, chacune à sa manière. Convoquer la longue durée, et même la très longue durée, est donc nécessaire puisque la table française reste tributaire des tables antiques bien au-delà du fameux triangle pain-vin-huile et de la tradition des banquets. Ce qui caractérise la table française, c’est ce rapport, toujours continué et renouvelé, entre contenu de l’assiette et politique, entre manières de table et politique, entre (contre-)utopies et politique, et ceci, de l’époque gallo-romaine à celle de l’empire carolingien, de la féodalité à la monarchie absolue, de l’humanisme de la Renaissance à celui de la philosophie des Lumières, de la Révolution de 1789 au xixe siècle, le « siècle noir ». Le danger aurait été de faire l’histoire politique de l’alimentation des seuls puissants, évacuant ainsi le point de vue, également politique, du peuple sur les affaires de table. Le peuple, loin d’être silencieux, est même plutôt têtu au cours des siècles, allant toujours chercher dans les mêmes directions les solutions aux questions alimentaires… Cette histoire populaire de la table a pourtant toujours été dépréciée, au point de ne retenir que le point de vue des puissants (et des savants), y compris sur des mesures souhaitées et revendiquées par le peuple. Les gens ordinaires n’ont pas principalement souhaité manger la même chose et de la même façon que les puissants, il faudra beaucoup de souffrances pour les faire renoncer à leurs propres conceptions et pratiques de table. La haine des distributions alimentaires gratuites, toujours recommencées depuis la Rome antique, en est un autre bon symptôme.

 

Je convie mes lecteurs à un long voyage gastronomique que j’espère gourmand. Je présente ce livre à la façon de la vieille table française en proposant, en guise de chapitres, 13 services successifs, mais dans lequel chacun(e) pourra puiser à sa guise (ce que le mangeur ne pouvait faire à l’époque) : les tables préhistoriques, la table mésopotamienne, la table égyptienne, la table grecque, la table romaine, la table gauloise, la table mérovingienne, la table carolingienne, la table clérico-féodale, la table de la monarchie absolue, la table républicaine, la table bourgeoise et enfin les tables industrielles du xxe siècle et du début du xxie siècle.

 

 

Pourquoi l’alimentation est à l’origine des biens communsde l’humanité ? Comment les puissants, avec les rituels de la
table et les politiques alimentaires, sont parvenus à construirel’(in)égalité des humains ? Qui, après avoir imposé au peuple
de manger du pain, a voulu lui interdire les châtaignes etgénéraliser la pomme de terre ?
Au-delà des histoires sociale, religieuse, culturelle, del’alimentation, l’auteur retrace son histoire politique, jamais
traitée à ce jour.
Ce fabuleux livre de Paul Ariès, est le fruit detrente ans d’enseignement et de recherches. Il montre comment
la table française reste largement tributaire des tables passées.
Vous saurez (presque) tout de ce que mangeaient et buvaientnos ancêtres, de la préhistoire à nos jours.
Bien connu comme politologue spécialiste de l’écologie,mais aussi bon connaisseur des problématiques liées à la table
et à l’alimentation,Paul Ariès enseigne depuis 1988 dans lesplus grandes écoles internationales d’hôtellerie. Prix 1996
de l’Académie nationale de cuisine, il est l’auteur deLa Findes mangeurs(Desclée de Brouwer, 1997),Les Fils de McDo(L’Harmattan, 2000),
Le Goût(avec Gong Gang, Desclée deBrouwer, 2000), Manger sans peur(Golias, 2011).



 

Le livre La Face cachée du pape François

toujours plus d'actualité....

 

 

 

 

Toute l'actualité du nouveau livre choc de Paul Ariès

La face cachée du pape françois (Max Milo)

sur

https://lafacecacheedupapefrancois.wordpress.com/

ou

http://lesdessousdupape.canalblog.com/

Politis du 2 juin parle du livre de Paul Aries

         

        Paul Ariès invité de Lyon-Capitale et de TLM

 

 


 Bien vivre et nouveau projet politique

 « Buen vivir », vie bonne, jours heureux, vie pleine ...autant de nouveaux gros mots pour dire la nécessité de penser et d'organiser autrement les chemins de l'émancipation. Il n'est pas indifférent que ce renouveau vienne d'abord des pays du Sud avec notamment ce qu'on nomme l'écologisme des pauvres. Nous aimons bien les milieux populaires, les gens ordinaires, les gens de peu, mais ceux d'avant ou ceux d'ailleurs, pas ceux d'ici et de maintenant. Les milieux populaires ont pourtant un bilan écologique bien meilleur que celui des enrichis et de la plupart des écolos. Non pas d'abord parce qu'ils manqueraient de moyens financiers mais parce qu'ils ont d'autres modes de vie, d'autres façons d'agir, de penser, de rêver... C'est ce que nous avons montré lors du Premier Forum mondial de la pauvreté coorganisé avec nos amis d'Emmaüs Lescar-Pau et des dizaines d'ONG et mouvements.

Jacques Séguéla clamait que si à 50 ans on a pas de Rolex on a raté sa vie….
J'ai 56 ans et toujours pas de montre de luxe...tout simplement parce que je n'en ai pas envie.

Les dominants ne parviennent même pas à penser qu'on puisse avoir d'autres désirs qu'eux !

C'est pourquoi les gens ordinaires pourront sauver la planète parce qu'ils ne sont pas des riches sans argent, ils ont une autre richesse, d’autres rapports au monde.

Ce dont nous avons besoin ce ne sont pas de nouveaux motifs de mécontentement car le réquisitoire contre le capitalisme est devenu si lourd qu'il finit par nous assommer, ce dont nous avons besoin c'est d'assumer pleinement une double mutation, celle de l'antiproductivisme et celle du Bien vivre, ce dont nous avons besoin c'est d'un projet qui sache être du côté des forces de vie, qui ait compris en quoi les logiques mortifères et les nécrotechnologies nous éloignent toujours plus des Jours Heureux, ce dont nous avons besoin c'est d'en finir avec l'acceptation des passions tristes, celles du capitalisme mais aussi celles des fausses alternatives comme jadis les « socialismes réels » et aujourd'hui certains courants réactionnaires de l'écologie et de la décroissance.

Je ne crois plus aux lendemains qui chantent parce que je veux chanter au présent.

La planète est déjà bien assez riche pour permettre à huit milliards d'humains de vivre bien.

L'ONU ne cesse de le dire : avec 40 milliards de dollars par an pendant 25 ans on règle le problème de la faim dans le monde ; avec 80 milliards de dollars par an toujours pendant 25 ans on règle la question de la grande pauvreté !

Budget de l'armement : 1600 milliards de dollars... marché publicitaire : 800 milliards... Produit international criminel : 1000 milliards de dollars

Gaspillages alimentaires nord-américains : 100 milliards de dollars par an...

soit trois fois ce qui serait nécessaire pour régler le problème de la faim

 

La gauche productiviste c'est le stalinisme

Un article de Paul Ariès sur le site des Cahiers de l'histoire

https://chrhc.revues.org/4926

 

En finir avec la centralité du travail

 

Des actes chemisophobes

L'édito du mensuel Les Zindigné(e)s de mai 2016


J’aimerais vivre dans un monde sans violence où n’existerait plus ni appauvris ni enrichis, ni dominants ni dominés, ni sexistes ni racistes, ni dieu ni maître ; j’aimerais vivre dans un monde sans violence où la politique ne consisterait plus à définir qui sont ses amis et sesnnemis mais à inventer de nouveaux communs et à se souvenir du temps où la lutte des classes menée par les puissants contraignait parfois les « sans droits » et les sans-voix à réagir à la violence des bourgeois. Mais nous sommes en 2016 et le capitalisme menace toujours la vie de milliards d’humains avec le soutien de ceux qui ont choisi d’être ses chiens de garde qu’ils soient de grands managers d’entreprise comme Air France ou des idéologues en vogue comme Finkielkraut, Onfray, Zemmour, Levy. Avant de compatir avec Xavier Broseta, le directeur des ressources humaines d'Air France dont la chemise avait été arrachée par des salariés en colère lors d'une réunion annonçant un plan de « restructuration » menaçant 2.900 postes ou avec Alain Finkielkraut, expulsé de la place de la République sous la protection de la « commission sérénité » (service d’ordre) du mouvement Nuit Debout, j’aimerais que l’on prenne le temps de s’interroger sur le statut de la violence dans la société. Norbert Elias avait certes raison d’écrire que notre société moderne devient toujours plus intolérante à l’égard de la violence mais il faudrait ajouter que cette intolérance concerne d’abord la contre-violence des dominés et exploités. La violence du système se porte très bien au contraire : violences économiques, violences policières, violences racistes et sexistes, violences idéologiques… Nous en avons eu une démonstration lors du face à face entre le délégué syndical CGT de Continental et Pujadas qui voulait contraindre l’ouvrier à s’excuser pour la contre-violence collective commise lors d’une grève. Xavier Mathieu avait cloué le bec à ce présentateur : « Vous plaisantez j’espère ? On regrette rien ! ».


J’ai choisi - à l’occasion de la publication de l’essai de Maxime Vivas : Les déchirures, éd. Golias - de nommer métaphoriquement « actes chemisophes » tous ces actes de contre-violence qui ne sont que les symptômes d’une asymétrie structurelle entre la violence des dominants plutôt bien tolérée et la contre-violence des dominés. Nous sommes, aux Zindigné(e)s, du côté des actes chemisophes, dès lors que cette part de violence ne relève pas d’une violence destructive mais créative, d’une violence constructive même de l’identité de classe de ceux qui souffrent. Cette violence sert ainsi à tracer une frontière entre Eux et Nous, entre « ceux d’en bas » et « ceux d’en haut » qui profitent de ce système inique. Le philosophe Walter Benjamin distinguait une « violence divine » qui instaure un droit nouveau (celui des dominés) et une violence conservatrice qui entretient le cercle vicieux de la domination avec parfois le soutien de l’Etat. Le danger existe certes toujours d’une violence « dépolitisée », d’une violence spectaculaire, d’une violence existentielle, d’une « violence sauvage » car sans objet, non pas parce qu’il manquerait de motifs de révolte mais parce qu’elle laisserait échapper sa cible, les véritables responsables de la détresse sociale. Baudrillard aide aussi à comprendre ces violences infécondes lorsqu’il oppose des violences ludiques, idéologiques, sacrées à des violences qui restent structurellement liée à la société de consommation et à son cortège de névroses. Nous soutenons avec Labica qu’on ne voit pas comment les dominés, même dans nos sociétés d’abondance, pourraient imposer leur pouvoir, ou même leur association au pouvoir, sans recourir à une contre-violence qui leur est imposée par le système lui-même. Labica, anticipant sur les mésaventures de tous les Finkielkraut, ajoutait que la pression médiatique que ces chiens de garde du système font peser sur nos consciences « est une violence qui sert à occulter la violence du système ». On voudrait nous faire croire que cette contre-violence serait aujourd’hui telle qu’elle deviendrait insoutenable alors que rarement dans l’histoire les dominés ont été si peu violents envers leurs maîtres et les laquais qui les servent. Les conflits sociaux de jadis étaient bien plus violents que ceux d’aujourd’hui. Il fut un temps où les intellectuels engagés ne reculaient pas d’effroi devant le caractère nécessairement violent de certaines situations historiques. Ainsi Sartre, dans le contexte des guerres coloniales écrivait : « Le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes (…) il faut rester terrifié ou devenir terrible. L’arme du combattant, c’est son humanité, car, en le premier temps
de la révolte, il faut tuer ; abattre un européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre. » Guevara appelait à se lever pour « entonner des chants funèbres dans le crépitement des mitrailleuses » et Fanon invitait à comprendre la violence sans la justifier comme une fin en soi. Labica a donc eu raison de réhabiliter philosophiquement et politiquement la violence libératrice, celle qui permet de s’attaquer au capitalisme et d’inviter à comprendre les manifestations de violence réactionnelle, y compris dans leurs formes les moins sympathiques. Nous savons aux Zindigné(e)s que la violence ne tiendra jamais lieu de politique et que la violence des opprimés peut se révéler contre-productive, mais, de grâce, cessons de confondre les victimes et les complices du système. La droite et l’extrêmedroite se sont émus pour le sort de Finkielkraut. L’académicienphilosophe abonné à presque toutes les émissions a brouillé selon son habitude les catégories de la pensée en expliquant « qu’on a voulu purifier la place de la République de (s)a personne » permettant ainsi au site Atlantico de parler de son exclusion comme un acte antisémite caractérisé. Quant à Michel Onfray, s’il a prouvé, une fois de plus, son manque de sérieux (en reprenant la légende du crachat qui aurait pollué le visage de Finkielkraut alors que les copains d’ACRIMED ont su rétablir la réalité des faits), il a prouvé aussi dans quel camp il se range désormais en tenant des propos odieux contre les participants au mouvement Nuit Debout en osant établir un parallèle entre le crachat (dont fut
victime en réalité un journaliste) et le tatouage des déportés par les SS (Nuit Debout serait-il un mouvement nazi ?) et en profitant de la mésaventure de Finkielkraut pour vomir sa haine de toutes les révolutions, à commencer par celle de 1789-93 et de Robespierre : « Ce crachat porté sur sa joue, comme le tatouage porté sur l’avant-bras de ses parents, m’a fait honte, terriblement honte, plus que terriblement honte (…) « salaud », « facho », « dehors », « dégage », le tout hurlé, vociféré, beuglé sur le ton qui fut assez probablement celui des premiers révolutionnaires qui coupaient au couteau les têtes de ceux qui ne leur revenaient pas afin d’accélérer la venue de la fraternité. Quelque temps plus tard, le couteau de ceux-là était remplacé par le rasoir de la guillotine. C’était le temps venu de Robespierre. Il existe aujourd’hui des prétendants robespierristes à la relève. » Onfray-pseudolibertaire. Onfray-Thermidor

 

L’ubérisation cache sexe de la marchandisation

Edito des Zindigné(e)s avril 2016

La grande peur des patrons ne serait plus la victoire prochaine des « rouges » mais la perspective de se retrouver un beau matin ubérisés comme de vulgaires taxis. La crise de 2007 a joué comme un catalyseur de tendances profondes permettant au capitalisme de mettre la main sur une économie qui aurait pu être alternative en dépassant des expérimentations comme les SEL, les Accorderies, les AMAP…

L’ubérisation avance masquée en se présentant comme une économie collaborative (le capitalisme a toujours aimé voler nos propres mots) qui consisterait à augmenter l’utilisation de certains biens en les « partageant » avec d’autres. On voit fleurir les sites qui proposent de louer une chambre dans son appartement, de prendre son repas chez un particulier, de lui louer son appareil photo, de covoiturer avec lui moyennant finances, de lui vendre des produits de son potager, etc. Cette nouvelle économie dite collaborative permettrait de donner de quoi vivre mais aussi des raisons de vivre aux 212 millions de sans-emploi (+ 34 millions depuis 2007), car, comme le clame Macron, il serait plus facile de trouver un client qu’un patron (sic). Cette pseudo économie collaborative se veut super sociale (récréation de lien social) et super écolo (économie de proximité et partage ou recyclage des produits usuels). Les plateformes collaboratives proposent donc de changer la vie, de se passer d’intermédiaires selon le principe coopératif et d’assurer la transition écologique. La réalité est moins reluisante puisque cette nouvelle étape du capitalisme étend davantage encore la sphère de la marchandise et pousse chacun d’entre nous à fonctionner comme une entreprise maximisant son profit et minimisant ses coûts. Les études d’opinion montrent que l’enfer est bien pavé des plus belles intentions. Exit la solidarité et les projets d’une transformation écosocialiste de la société : 77 % des « clients » expliquent que c’est une façon d’augmenter leur niveau de vie, 66 % de trouver de bonnes affaires, 55 % de payer moins cher, 30 % de consommer mieux. Cette pseudo économie collaborative n’est d’ailleurs pas spécifiquement juvénile sauf pour certains services comme le co-voiturage payant qui a remplacé le bon vieux stop et les sites de covoiturage gratuits aujourd’hui menacés de disparition (avec toujours la même argutie que le caractère marchand sécuriserait la transaction). Cette pseudo économie collaborative n’est même pas le bon vieux système D des milieux populaires (qu’elle menace même en réduisant les produits autrefois donnés à Emmaüs mais qui peuvent désormais être vendus grâce à des plateforme Internet). Chacun devient un peu marchand et considère sa vie comme un capital à valoriser. Les adeptes de cette nouvelle économie appartiennent aux classes aisées (les ménages avec plus de 6000 euros mensuel selon le rapport au, gouvernement), aux couches moyennes, aux bobos pseudo écolos mais vrais libéraux-libertaires… Cette discrimination sociale n’est ni accidentelle ni provisoire car cette pseudo économie collaborative est à l’opposé des véritables modes/styles de vie populaires puisqu’elle suppose de posséder des objets à louer, des logements suffisants, des espaces de stockage, une épargne proposable sur un site collaboratif, mais elle requiert aussi des prédispositions commerciales, un rapport à l’argent antipopulaire par excellence. Les milieux populaires pratiquent l’entraide et le (contre)don mais bien peu le marché. Les milieux populaires seront bien les grands perdants de l’ubérisation rampante !

 

Les penseurs de cette pseudo économie collaborative ont même inventé un nouveau gros mot pour dire cette extension du capitalisme au sein de nos vies : nous serions toutes et tous des « prosommateurs » (mi-consommateurs mi producteurs), reléguant ainsi définitivement la lutte des classes au musée des antiquités. Au souci collectif, au projet de société succèdent le chacun pour soi et l’égoïsme absolu. Imaginons que cette logique s’étende progressivement à l’ensemble de nos existences, que resterait-il de gratuit, que resterait-il de désintéressé ? Le capitalisme a trouvé comment accroitre la soumission volontaire à la seule logique marchande. Cette économie collaborative fait de chacun à chaque instant un homo economicus n’ayant en tête que la maximisation de son profit et la minimisation de ses couts. Ce prosommateur est aussi un anti-usager des services publics donc un « ennemi du peuple » puisque les biens communs constituent toujours sa première richesse. Le capitalisme pourrit un peu plus nos vies et nos têtes sous prétexte de développer l’empowerment du consommateur c’est-à-dire son pouvoir d’agir en bon… capitaliste. L’ubérisation de la société est une façon d’apprendre à chacun qu’il possède beaucoup de choses qu’il pourrait lui aussi transformer en marchandises, que ce soit une place dans sa voiture, un lit disponible dans son appartement, un coin de sa cave ou de son garage, des fruits et des légumes qui poussent dans son jardin, etc. Face au manque de places de stationnement dans les grandes villes, des plateformes vendent même de l’information sur les places de parking qui vont se libérer, etc. On explique que le pactole que représenteraient les 70 objets que les ménages conservent en moyenne sans les utiliser serait de 12 milliards d’euros… Ce gisement de croissance pourrait être exploité (sic) faute de garantir à chacun un revenu.

Avec le chacun pour soi s’annonce aussi la fin programmée des services publics. Les libéraux qui cherchaient depuis des années la solution royale pour assécher les finances publiques ont trouvé une nouvelle recette avec l’économie collaborative ! L’ubérisation dans le domaine du tourisme représente en Espagne un manque à gagner fiscal du tiers des recettes du fait de la non-perception des taxes de séjour.

Ce secteur n’est pas anticapitalisme mais obéit de façon caricaturale aux logiques de spéculation, de spécialisation, de concentration, de marchandisation galopante.

Cette pseudo économie collaborative est le terrain de chasse des start-up, des fonds d’investissement, des business angels, des grandes multinationales. Amazone remplace les librairies, E-bay les salles de vente, Apple les disquaires, Facebook est devenu le courtier du lien social et Youtube celui de tout ce qui peut se filmer. 9000 start-up régissent ce nouveau marché chiffré aujourd’hui à 15 milliards de dollars mais estimé à 335 milliards de dollars d’ici 2025. Les profits des gros sont énormes : La plateforme Airbnb est valorisée à plus de 18 milliards d’euros, Blablacar a levé 80 milliards d’euros pour investir de nouveaux marchés en Turquie, en Inde, en Russie. La SNCF vient de lancer sa propre plateforme IDVRoom pour concurrencer Blablacar, la chaine hôtelière Hyatt voit son futur du côté de la location d’appartements, Citroën mise sur Ouicar, des grands assureurs (Macif, Maif) investissent ce domaine, Leroy-Merlin, Decathlon, Mr Bricolage se sont lancés dans la vente de produits d’occasion, etc. Les beaux discours sur « redonner un sens à la consommation », « préserver l’écosystème en partageant et allongeant le cycle de vie des produits » sont des leurres. Le rapport du gouvernement le dit clairement : « les pratiques de consommation collaborative ne traduisent pas un rejet du système mais plutôt une volonté d’optimiser leur pouvoir d’achat et de consommer « sur mesure ». »[1] .

 

Nous avons donc en tant qu’objecteurs de croissance de bonnes raisons de refuser l’ubérisation qui nous ronge comme un cancer sous couvert de proximité. L’ubérisation c’est déjà la casse du code du travail et des grands systèmes de protection sociale, c’est même la sortie du salariat mais une sortie par le bas. Jacques Attali promet ainsi une société sociale-libérale parfaite grâce à l’ubérisation : « C’est l’avenir, tous les travailleurs vont devenir intermittents. C’est l’ubérisation de la société, c’est la fin du salariat »… sauf « exception talentueuse » précise-t-il. La loi Macron n’a-t-elle pas été jusqu’à modifier l’article 2064 du Code Civil qui renvoie toute relation de travail au Code du travail pour ouvrir la possibilité de contrats civils commerciaux de gré à gré, belle façon de saper le principe même de l’ordre public. L’économie collaborative c’est aussi un recul des règles de sécurité et d’hygiène (quid des contraintes auxquelles sont soumis par exemple les restaurateurs ?). L’ubérisation c’est l’accentuation de la sphère de la marchandise au détriment de celle de la gratuité et des biens mixtes (services publics, secteur de l’ESS), c’est la pénétration encore plus forte de l’économi(sm)e au sein de nos existences. L’ubérisation développe et légitime des modes de vie qui sont ceux des bobos, elle entretient les illusions sur une fausse écologie oublieuse de l’effet rebond : voyager moins cher n’est pas plus écolo surtout si cela permet de le faire plus souvent.

Sous prétexte de système D… l’ubérisation fonctionne sur une logique individualiste (ce n’est pas parce qu’on co-voiture qu’on est moins individualiste).

L’ubérisation se veut branchée, sympa, libérée des contraintes du droit (droit du travail, droit fiscal, règles d’hygiène et de sécurité, etc), elle se revendique anarcho-capitaliste ou écolo-libertaire mais elle marque la naissance d’un nouvelle figure anthropologique, celle d’un individu toujours plus atomisé (sous prétexte de recréation d'un lien social), celle d’un individu qui collabore lui-même à l’extension du capitalisme qui le tue à petit feu.

 

 

 

  Scientologie / les méthodes : Un vieux combat toujours actuel

 

 

  

 

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La décroissance qu'est-ce que c'est ?

 

 

 

 

 

Bravo aux amiEs des Anonymous pour leur aide

 

 

Paul Ariès "grand témoin" au procès de Millau

 
José Bové Millau Juin 2000-Part 1 par fantomasie

http://dai.ly/xbtyqj

 

Pourquoi le film collectif "La possibilité d'être un humain ?"

 




 

 

Hommage à Théo Angélopoulos      Résultat de recherche d'images pour

Défendre le droit à la nostalgie et à l'Utopie !

 

 

Paul Ariès invité de l"émission "Jusqu'à la lune et retour" d'Aline Pailler

 

 

 

Un nouveau pacte des droits sociaux : sur la gratuité des services publics

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