22 septembre 2013

Résoudre la question du chômage

 

Résoudre la question du chômage

Editorial Le Sarkophage de mai 2013

 

Le capitalisme a toujours aimé disposer d’une armée de réserve pour opposer chômeurs et salariés et mieux exploiter ceux qui « ont la chance » de trimer. La mondialisation en mettant les peuples en concurrence tandis que la petite caste au pouvoir s’entend sur ses propres rémunérations (qui ne doivent rien à la loi de l’offre et de la demande mais tout aux Comités de rémunérations des firmes) a permis au capital de paupériser les salariés et de créer artificiellement un chômage de masse mondial. Ce ne sont pas les appauvris du Sud qui volent les emplois des appauvris du Nord puisque le chômage concerne d’abord les peuples de la périphérie. Réfléchir autrement à la question du travail est urgent au moment où, selon les pays, plus d’un jeune sur deux ou un jeune sur quatre est sans emploi. Nous ne nous opposerons à cette victoire du capital qu’en organisant une nouvelle réduction du temps de travail (« travailler moins pour travailler tous »). Nous devons, pour cela, regagner préalablement la bataille des idées dans trois grands domaines : il n’est pas vrai que les Français travaillent peu… Les statistiques officielles sont trompeuses : on répète que les Français seraient, avec les Finlandais, ceux qui travailleraient le moins annuellement de toute l’Europe, mais ces chiffres sont obtenus en enlevant des calculs ceux qui travaillent à temps partiel, alors qu’une majorité d’entre nous subissent cette situation. Si on intègre le travail partiel choisi ou subi, les Français travaillent 36,5 heures hebdomadaires, les Allemands 33 et les Etats-uniens 31 heures… Deuxième idée fausse : les 35 heures auraient été la plus grande réduction de l’Histoire. Passons déjà sur le fait que Martine Aubry étant opposée à cette réforme (voulue par DSK), elle fut réalisée dans les pires conditions (en favorisant la dérégulation du travail sous couvert d’annualisation, en supprimant le temps de pause dans le calcul, en embauchant pas notamment dans les hôpitaux, etc). Cette période ouverte par la loi sur les 35 heures ne constitue pas, au regard de la longue histoire, celle de la plus grande réduction mais de la plus petite. Cette loi a mis fin au processus de réduction du temps de travail qui fut plus massif au cours du dernier siècle. Troisième erreur classique : la droite et la gauche productiviste partagent le même mensonge qui est de faire croire que la réduction du temps de travail serait le fruit de l’industrialisation : béni seraient donc le machinisme et les gains de productivité ! Non seulement le temps de travail moyen était beaucoup plus faible au Moyen-âge qu’après la révolution industrielle avec plus d’un jour sur trois non travaillé, mais les conflits pour la réduction du temps de travail existaient déjà dés le XIVe siècle. Les historiens ont établi que les luttes au sein des Corporations du Moyen-âge portaient principalement sur cette question du temps de travail, conflits entre maitres et avec les salariés. Le grand débat social de l’époque était déjà de définir la durée normale d’une journée de travail, puisque le paiement des salaires se faisait alors à la journée. Le Livre des Métiers écrit, en 1268, par Etienne Boileau énumère ainsi la durée du temps de travail maximal pour une centaine de métiers des plus importants. Non seulement des amendes sont prévues en cas de dépassement, mais l’usage de la cloche associé à celui du sablier puis des horloges est fermement établi. Des milliers de conflits ont ainsi été recensés. Le Maire de Provens suscitera une émeute au cours de laquelle il sera tué pour avoir reculé la cloche. Le Parlement de Paris précisera que la cloche doit tenir compte du temps de déplacement pour permettre aux ouvriers de rentrer chez eux avant la tombée de la nuit, signe que le temps de trajet est pris en compte dans le calcul du temps de travail. Au XVIe siècle, la journée de travail dans les Mines est limitée à huit heures et même parfois à six heures... C’est la révolution industrielle qui va provoquer l’augmentation de la durée du travail, même si les conflits autour de cette question restent nombreux. Sous l’Empire les relieurs entrent en lutte pour passer de 12 heures à 10 heures de travail quotidien, tandis que les tailleurs de pierre de Paris revendiquent 12 heures l’été et 10 l’hiver. Une des principales formes d’auto-réduction de la durée du travail sera le mouvement connu sous le nom de la « Saint Lundi »… mouvement qui concernera presque toute l’Europe et qui pratiquera des auto-réductions au-delà de la seule journée du lundi. Vers 1730, les imprimeurs lyonnais commençaient leur semaine de travail le jeudi, tandis que les artisans de Paris chômaient le lundi et un mardi sur deux… Cette coutume de chômer au moins le lundi est si importante qu’elle est considérée comme un des grands fléaux sociaux et moraux par les milieux d’affaires mais aussi par l’église catholique. Le pire à leurs yeux n’est pas que les ouvriers fassent la fête mais qu’ils profitent de ce jour pour faire de la politique ! Il faudra attendre la fin du XIXe siècle et donc la seconde révolution industrielle pour voir décliner la coutume du « Saint-Lundi »,  mise à mort rendue possible par la défaite de la Commune de Paris. La lutte pour « la journée de huit heures » lancée par la CGT dès 1880 permettra cependant très vite de renouer avec ce combat des prolétaires. Ce combat est toujours le nôtre même s’il doit être pensé dans des conditions totalement nouvelles. Nous ne partons cependant pas de rien pour nourrir le débat. Souvenons déjà du succès en 1979 de l’ouvrage « Travailler deux heures par jour » écrit par un collectif dénommé ADRET. Ce texte est particulièrement intéressant, car il intègre ce que pourrait être une bonne planification écologique. L’objectif de travailler 2 heures par jour est fondé sur la « réduction volontaire de la production » (sic), décision indispensable à l’émergence d’une société différente, refusant les gaspillages et l’obsolescence programmée. Voilà du travail sur la planche pour donner du corps à la « Règle verte » actuellement en débat au sein du Front de gauche et bien au-delà ! L’intelligence de l’ADRET était de définir ce « travail lié » comme le temps de travail incompressible pour maintenir la production panifiée. Il y a urgence à reprendre les calculs. Combien de production donc de travail nécessaires? En attendant que les citoyens s’emparent de ce débat, imposant le retour à la retraite à 60 ans avec 37 annuités et demi, au prix d’une réduction des hautes retraites, imposons la semaine des 32 heures, imposons la limitation des stages en entreprise (il n’y a pas si longtemps, ils n’existaient pas même dans les lycées techniques, les CET…des années soixante-dix), interdisons les stages non rémunérés au tarif des salariés, comme cela se pratique aux Etats-Unis. Nous ne manquons décidemment pas d’idées. Osons simplement les défendre en ces temps maussades ! 

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20 décembre 2013

Entretien avec Serge Letchimy, In les Z'indigné(e)s décembre 2013

Entretien avec Serge Letchimy

Président de la Région Martinique, député, ancien Maire de Fort de France, Président du Parti du Peuple Martiniquais (PPM)

 

« Dans le monde, un enfant meurt toutes les minutes, de faim, ou de malnutrition, ou broyé par une guerre. Mais ces enfants qui meurent ne se trouvent pas n’importe où sur la planète. Cette hécatombe n’a pas lieu en Occident, encore moins dans l’hémisphère Nord, jamais dans les anciens pays colonisateurs. Elle a lieu dans l’hémisphère sud, le plus souvent dans les pays jadis colonisés et particulièrement en Afrique, en Asie, ou en Amérique du Sud. Et ce n’est pas un avatar de la malédiction de Cham ! Ce n’est pas l’esprit de Cham qui nous poursuit comme un sort jeté au nègre, mais l’inévitable accomplissement d’une domination qui trouve ses racines dans l’idéologie de la race supérieure. Idéologie qui trouve dans la domination technologique et spéculative, les nouvelles justifications d’une gouvernance mondiale de prédation. Je parle de la surexploitation économique des terres et des forets (…) je parle de la politique néocoloniale d’un capitalisme financier dévastateur (..) je dénonce l’exploitation des ressources minières des pays en voie de développement et les scandales des grandes compagnies pétrolières abusant de leur position dominante, je parle du développement inconsidéré des agro-carburants au détriment de l’autosatisfaction alimentaire locale, je dénonce le marché carbone dans le cadre des luttes pour la réduction des gaz à effet de serre, au détriment des pays pauvres, et au profit des pays riches (…) L’idée que serait révolue la pensée occidentale d’une mission de civilisation est une absurdité. L’idée d’un monde multipolaire chemine de manière suffisamment poussive pour que l’uniformisation insidieuse prenne le pas sur une civilisation de la diversité. » (Serge Letchimy, Président de Région)

 

 

Paul Ariès : Les lecteurs des Z’indigné€s se souviennent de votre interpellation de Claude Guéant à l’Assemblée Nationale et de la Lettre Ouverte que vous lui avez adressée en 2012. Vous avez à l’Assemblée Nationale tenu une parole forte qui a provoqué un incident de séance avec le départ des membres du gouvernement de l’Assemblée Nationale… Il était important que ces mots fussent prononcés et qu’ils le soient par un député d’outre-mer, par un héritier de Césaire. Dans votre lettre ouverte à Claude Guéant publié le 6 février 2012 vous rappeliez que cette terre a vu naître Aimé Césaire, Frantz fanon, Edouard Glissant, vous rappeliez que ces hommes furent de grands humanistes, que leurs vies et leurs combats se sont situés en face de ces crimes que furent la traite, l’esclavage, les génocides, les immigrations inhumaines, ou la colonisation dans tous ses avatars… Vous rappeliez que si ces hommes ont combattu la pire des France, celle qui justifiait les conquêtes et les exploitations, vous n’avez jamais entendu un seul de ces hommes décréter que la civilisation européenne ou que la culture française serait inférieure à n’importe quelle autre, vous ne les avez jamais entendus prétendre que le goupillon de la chrétienté (qui a sanctifié tant de dénis d’humanité) serait plus primitif que tel bout liturgique d’une religion quelconque. Vous dites que ces hommes ont établi la distinction entre cette France de l’ombre et la France des lumières…

Serge Letchimy :  J’ai voulu dire à Monsieur Guéant qu’avec ses chasses à l’immigré, qu’avec sa célébration d’une hiérarchisation entre les cultures et les civilisations, il portait atteinte à l’honneur de son gouvernement et à l’image d’une France des Lumières qui visiblement n’est pas la sienne. Lors de mon intervention, je m’attendais à quelque chose de violent, mais pas à cette fuite du gouvernement. J’avais mûrement et longuement réfléchi à cette intervention. Je voulais cette parole forte car il fallait provoquer une prise de conscience collective. Je crois beaucoup à ces moments de régénération dont parlent Aimé Césaire et Castoriadis.  Cela permet de sortir du confort intellectuel et de l’ambigüité. Fillon est par exemple d’une ambigüité extraordinaire. Tout converge aujourd’hui pour favoriser le repli sur soi, la stigmatisation de l’autre, la xénophobie, le racisme. Ceux qui cultivent ces tendances sont objectivement responsables de la montée de l’extrême-droite, du Front national. Cette parole forte a provoqué une réaction très violente car elle a obligé une mémoire profondément enfouie à refaire surface.

Paul Ariès : cette parole était nécessaire à l’égard de la droite. Je dirai volontiers qu’elle fut aussi féconde pour les gauches. Comment expliquez-vous d’ailleurs historiquement cette faiblesse des partis politique hexagonaux en Martinique ? Avez-vous le sentiment que, comme le disait Aimé Césaire, nous n’en avons pas encore fini avec la fraternalisme ?

Serge Letchimy : Je vous remercie déjà de citer ce texte fondateur.  Comme l’écrivait en effet Césaire dans sa Lettre à Thorez : la gauche française et notamment sa mouvance communiste ne se sont jamais totalement libérées de la visée assimilationniste renforcée par la tradition jacobine. Césaire avait inventé le mot de « fraternalisme » pour désigner cette posture du grand-frère qui, imbu de sa supériorité et sûr de son expérience, vous prend la main (d’une main hélas ! parfois rude) pour vous conduire sur la route où il sait se trouver la Raison et le Progrès.  Or comme l’écrivait Césaire c’est très exactement ce dont nous ne voulons pas, ce dont nous ne voulons plus. Les peuples noirs sont riches d’énergie et de passion, il ne leur manque ni vigueur ni imagination, mais ces forces ne peuvent que s’étioler dans des organisations qui ne leur sont pas propres… Césaire refusait ainsi l’assimilationnisme invétéré du parti communiste, son chauvinisme inconscient.  Nous devons tirer aujourd’hui les leçons des impasses et difficultés qui sont y compris les nôtres. C’est pourquoi nous proposons aujourd’hui de constitutionnaliser le principe d’autonomie, pour dépassionner le débat, pour sortir de l’impuissance. Nous devons dire que la société française est multiculturelle, même si elle ne le sait pas, même lorsqu’elle choisit de ne pas le savoir. L’objectif est de dépasser la puissance de l’assimilationnisme y compris dans le domaine économique. Nous devons créer une autre ferveur fondée sur une pensée écologique pour poursuivre le mouvement de l’émancipation. Nous devons revisiter les notions de richesses, de bonheur. Nous devons faire cohabiter le respect des traditions, des usages populaires et le droit de remettre en cause les énergies fossiles, nous devons refuser la centralisation. Nous devons construire en tout notre propre modèle insulaire… y compris en rouvrant le débat sur le besoin d’une économie administrée. Nous devons repenser jusqu’au concept d’indépendance. Le seul combat qui vaille est celui de l’autonomie vraie. Nous devons marcher vers un nouvel état d’esprit, celui d’une autonomie instituée dans chacun de nos choix, et ceci de manière explicite et permanente. Nous devons rester fidèles à cette conception très césairienne de la liberté qui est l’autonomie ! Une autonomie inscrite dans la Constitution, une autonomie où l’égalité, comme socle de nos diversités, n’est en aucune manière synonyme de dépendance, mais s’érige en un signe d’appartenance solidaire tout autant que d’affirmation d’une irréductible différence. C’est pourquoi nous privilégions une autonomie constitutionnelle qui garantisse à la fois le droit à l’égalité, cette conquête ancienne, et le droit à la différence, donc à l’initiative et à la responsabilité, donc à l’intelligence endogène, donc à l’autonomie, conquête moderne.


Paul Ariès : Je vois dans votre démarche novatrice quelque chose de très proche de la reconnaissance par la Bolivie et l’Equateur de la notion d’Etat plurinational, pluriculturel. J’ai envie d’établir un parallèle avec le vote par l’Assemblée de Corse, ce 27 septembre, par une large majorité de 46 voix sur 51, d’un projet de réforme visant à mentionner l’île dans la constitution pour lui accorder une plus grande décentralisation. Certains ont même parlé de « méthode Letchimy ».

Serge Letchimy : La Martinique n’est bien sûr ni la Bolivie ou l’Equateur ni même la Corse mais les questionnements et les réponses peuvent aller cependant dans la même direction. Ce n’est pas au peuple de se plier aux carences de la constitution, mais c’est à cette constitution de s’adapter aux aspirations profondes des peuples et à leurs légitimes revendications. Il s’agit donc de faire évoluer la culture de l’autonomie dans l’imaginaire politique de la France et de faire respecter le peuple Martiniquais dans sa trajectoire historique vers un monde complexe, un monde d’interdépendance, un monde aux multiples enjeux planétaires qui donne un autre sens et une autre signification aux idées d’autonomie et d’indépendance. La voie constitutionnelle apparait comme une voie sécurisant tous les articles de la Constitution sur le principe du droit à la différence dans l’égalité des droits de la République française.

 

Paul Ariès : Vous venez de lancer un très grand débat sur l’avenir de la Martinique dans les prochaines décennies. Vous renouez ainsi avec une certaine idée de la planification politique contre l’idéologie du tout-marché mais dans quelle direction souhaitez-vous que la Martinique s’engage ?

Serge Letchimy : Nous ancrons ce Plan d’Action pour le Développement de la Martinique (PADM) dans une visée de changement d’économie dans un contexte de mutation écologique. La Martinique doit passer d’une économie de dépendance et d’assistanat à une économie qui permette à la Martinique de « vivre bien » de ses propres richesses en développant notamment son autonomie alimentaire, son autonomie énergétique, en faisant du secteur de l’économie sociale et solidaire son principal levier d’évolution.  Nous allons pour cela développer des expérimentations, de véritables politiques structurantes car, comme le disait déjà Césaire, nous avons un paysage…il faut en faire un pays.

Paul Ariès : Seriez-vous d’accord pour dire avec Alberto Accosta, l’un des pères du mouvement du Buen vivir sud-américain, l’ex-Président du Conseil constitutionnel de L’Equateur, que le « bien vivre » que vous voulez ce n’est pas le « bien-être » au sens de la société d’hyperconsommation occidentale ?

Serge Letchimy : Le capitalisme nous a réduits à n’être que des consommateurs. C’est vrai dans tous les pays du monde mais peut être davantage encore en Martinique. Cette réduction nous livre corps et âme à notre « pouvoir d’achat » qui apparait désormais comme la voie royale vers le bonheur. Cette prétendue voie royale nous a fait abandonner les multiples activités humaines qui constituaient le « travail » au sens d’activité pour nous cantonner dans cet unique ouvrage que l’on appelle « l’emploi ». Nous n’avons plus que cet emploi salarié pour vivre et pour nous réaliser humainement. Le « travail » au sens d’activité était formateur d’humanité, de créativité, d’estime de soi, bref de richesses sociales. L’emploi n’est, en revanche, le plus souvent qu’une source de salaire c'est-à-dire de la rémunération d’un consommateur. Dès lors, les logiques les plus tragiques s’enclenchent : sans emploi salarié pas de pouvoir d’achat, sans pouvoir d’achat pas de consommation possible, sans consommation pas d’existence tout court. Vous avez raison de dire que la société de consommation a détruit les autres façons de vivre.

Question : Seriez-vous d’accord avec le Président de la République de l’Uruguay, « pepe » Mujica, pour dire « Il ne faut pas perdre sa vie à accumuler. C’est le besoin d’accumuler qui déforme l’intelligence des gens intelligents. Cette civilisation est une tromperie, elle fait croire qu’on pourra continuer sans cesse à accumuler et ce n’est pas vrai et elle fait croire que chacun pourra consommer autant qu’il veut et ce n’est pas vrai non plus » (in Le Sarkophage/ La vie est à nous ! de janvier 2013).

Serge Letchimy : J’aime beaucoup cette formule du Président de l’Uruguay mais Je le dis autrement avec mes propres mots. C’est le désir d’un grand pouvoir d’achat qui nous précipite tous vers l’idée d’un profit maximal, et cette idée n’atteint pas seulement les plus prédateurs, elle nous touche tous… Elle touche aussi les classes populaires d’une certaine façon.  L’idée d’un profit maximal permanent et en constante augmentation est une aberration économique, sociale, morale et un destructeur de lien social, de sens et de valeurs. Nous devons lui opposer toutes les autres dimensions humaines aujourd’hui niées et écrasés par le toujours plus. C’est pourquoi nous entendons faire de l’économie sociale et solidaire le principal levier de développement de la Martinique. Nous devons prendre appui sur ce qui subsiste de coopératives, de mutuelles, de bénévolat, d’entraide, d’artisanat, de commerce équitable, solidaire, éthique. La métropole n’a jamais manqué de plans pour favoriser la croissance économique en Martinique mais jamais pour permettre son véritable développement…

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28 février 2014

Pourquoi Carreidas m’a fasciné ?

 

texte paru sous une version courte dans Politis décembre 2013 

J’ai longtemps été fasciné par le personnage de Lazlo Carreidas dans Tintin… l’homme-qui-ne-rit-jamais. Je parle bien de cette fascination que provoque le serpent et non pas de celle que produit les héros positifs. Qu’est-ce qui pouvait séduire un gone de 12 ans de culture ouvrière communiste chez ce personnage ni franchement sympathique ni vraiment très méchant… Ce milliardaire apparait dans Vol 714 pour Sidney… Tintin et Haddock qui se rendent à un congrès international d’astronautique après avoir marché sur la lune sont invités par Carreidas dans son jet personnel. Mais des franchement « méchants » ont décidé d’enlever le milliardaire pour s’emparer de sa fortune… J’appris bien plus tard qu’il y avait du Marcel Dassault chez Carreidas, même chapeau, même écharpe, même lunettes. Il construit comme Dassault des avions. Il possède même des compagnies pétrolières et la célèbre marque Sani Cola (allez savoir si mon aversion pour Coca-Cola ne vient pas aussi de là..). On dit aussi que Dassault ne savait pas rire ni même sourire. Il y a aussi du Picsou chez Carreidas : il occupe  comme lui une posture anale en étant assis sur son gros tas (d’or). Mais contrairement au bien nommé Picsou, Carreidas n’est pas un capitaliste monomaniaque du fric… mais avant tout un obsessionnel de son vieux couvre-chef. Carreidas est autant au sens propre qu’au sens figuré l’homme-qui-ne-se-découvre-jamais que celui qui ne rit jamais : éternel enrhumé, refusant de serrer la main par crainte de la maladie, incapable de parler de lui… Carreidas donne raison à Bergson qui écrivait que le rire est le propre de l’homme, car cet homme-qui-ne-rit-jamais est un asocial, un solitaire, un pauvre type. Carreidas n’a donc rien de sympathique : Il est radin (il choisit son avion le plus économique, il commande sa propre boisson mais en contenance familiale..), il est tricheur (il installe une caméra pour espionner le jeu de bataille navale du capitaine Hadock), il est assurément un mauvais patron (ses employés complotent ouvertement contre lui…). Il n’a ni ami ni amour. Il fait davantage figure de dur-à-jouir que d’un « killer ». Je disais qu’il était un pauvre type : Haddock le prend même pour un pauvre et lui fait l’aumône... De quoi donc Carreidas tire-t-il  son pouvoir de fascination ? Son nom déjà est un indice : un carré (et plus encore un carré d’as) est pour les pythagoriciens le symbole de la puissance, de la toute-puissance (puisque mise au carré)…Son absence de rire (ou de sourire) ensuite : Buster Keaton ne rit pas davantage que Carreidas mais ce héros positif est victime de ses propres mauvais coups, il échoue à devenir un champion, un gagnant. Buster Keaton ne rit pas (contrairement à Charlot) car il est sans psychologie… ses gags ne doivent rien à son humanité mais à un simple enchainement de faits conçu avec une précision littéralement géométrique… Carreidas tire son pouvoir de séduction de sa congruence finalement avec certains grands mythes. Carreidas c’est la figure moine-soldat, c’est l’homme ou la femme voué sa tâche, monomaniaque devant l’histoire, c’est celui qui sacrifie quelque chose en lui. Il y a du Birkut chez Carreidas, cet ouvrier de choc de l’homme de marbre de Wajda, il y a du stakhanoviste. Carreidas c’est celui qui est d’un seul morceau, celui qui n’échappe pas sa condition scolaire  (celui qui refuse de regarder les oiseaux par la fenêtre de la classe pendant que la maitresse fait sa leçon, c’est l’anti « gros Pierrot » de Michel Fugain), celui qui n’échappe pas à sa condition prolétaire (au point de battre les normes), celui qui n’oublie jamais la révolution (qui dévore ses enfants tandis qu’on ne peut avoir raison contre le parti). Carreidas fascine car il est à l’image de ce surmoi auquel on voulait alors nous soumettre… L’homme-qui-ne-rit-jamais n’est pas l’antithèse de « L’homme qui rit », ce grand roman philosophique de Victor Hugo… L’homme-qui-rit est aussi une mutilation de l’humanité. Souvenons-nous en au moment où le management moderne ne rêve que de « taylorisation du sourire » ! La vraie antithèse de l’homme-qui-ne-rit-jamais c’est l’homo-ludens, c’est la part d’irrationnel de nos existences. Seul Tournesol peut faire rire Carreidas !

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Comment s’opposer à la « brunisation » de l’Europe ? Préface Livre Marine le Pen amène le pire, Maxime et Frédéric Vivas

 

 

Paul Ariès

Politologue

Rédacteur en chef du mensuel  Les Z’indigné(e)s

 

Ce petit manuel anti-FN de Maxime et Frédéric Vivas est vraiment à lire de toute urgence : il porte bien au-delà des seuls enjeux municipaux et européens de 2014. Il établit déjà que tout le discours sur l’évolution du Front National constitue un leurre. Le FN bouge… et alors ? Il n’a jamais cessé d’évoluer depuis sa fondation en 1972 à travers la fusion de divers groupuscules. Il faut vraiment être un piètre commentateur politique (comme le sont la majorité des journalistes qui font la Une) pour ne pas se souvenir des virages successifs du FN, comme son tournant « social » de 1996 après le grand mouvement  de 1995, comme son tournant « républicain » de 1998 après le succès de la manifestation anti-FN de Strasbourg en 1997… Ce n’est pas seulement que les dirigeants du FN auraient compris le message de Tancredi dans le film Le Guépard (tiré du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa) « faire que tout change pour que rien ne change », c’est que la principale caractéristique, depuis un siècle, des idéologies d’extrême droite est  de présenter ce caractère « attrape-tout », condition  de son aptitude à faire cohabiter les diverses facettes d’une même contre-révolution conservatrice. Ce n’est d’ailleurs pas tant le FN qui évolue vers l’UMP que la droite traditionnelle qui s’extrême-droitise. Parions sur un rapprochement prochain, même si nous n’en connaissons pas les formes.

Je vois trois grands mérites à cet ouvrage. Il répond déjà à une nécessité, celle de continuer à écrire contre le Front national au moment où tous les éditeurs vous prédisent un échec cuisant tant ce type de livres ne fait aujourd’hui plus recette. Cette faiblesse des publications contre l’extrême-droite est aussi un indice de sa banalisation et de sa victoire idéologique. On ne s’émeut plus aujourd’hui de ce que l’on considérait autrefois scandaleux. Maxime et Frédéric Vivas sont de la race de ceux qui sont toujours autant indignés.  Je suis convaincu que nous devons continuer à penser donc à parler et à écrire contre le Front national pour comprendre les raisons de son succès et être à même de le contrer efficacement. J’aime que cet ouvrage soit écrit par un père et un fils car j’ai envie d’y voir le symbole du caractère intergénérationnel de ce combat contre les extrêmes-droites. Au moment où tant des gros mots qui servaient à penser l’émancipation sont en  berne, salis par les tragédies du XXe siècle, il est important de constater que l’antiracisme et l’antifascisme demeurent des valeurs fortes par delà les années. Ce livre est écrit comme devrait l’être tous ceux consacrés à l’extrême droite, c’est à dire sans céder en rien ni à ses thèses bien sûr, ni même, et c’est plus rare, à son style. Il n’y a en effet que deux façons de faire de la politique or écrire contre le Front National est un acte politique fort : soit en jouant sur la haine et la peur de l’autre soit en misant sur l’intelligence collective, intelligence de la raison et du sentiment. Le combat contre l’extrême-droite est perdu d’avance si nous utilisons contre elle les procédés qui sont les siens : les mensonges, la malhonnêteté, les  insultes, les invectives, les approximations, etc. Nous ne gagnerons jamais contre le Front national, contre les Identitaires, contre Soral en utilisant leurs propres méthodes. Nous n’avons pas besoin non plus de « gros bras », d’entraînement paramilitaire, de milices populaires, ce terrain est le leur et nous perdrons toujours en utilisant leur répertoire. Nous préférons, nous, de très loin les passions joyeuses aux passions tristes. Nous faisons de la politique à la manière des milieux populaires et non pas à la façon des élites ou des néo-fascistes. Nous combattrons d’autant plus efficacement le FN que nous ne nous contenterons pas de stigmatiser le mal, que nous ne nous porterons pas seulement « contre » lui, mais que nous lui opposerons d’autres façons de voir, de sentir, d’autres manières d’agir, d’autres alternatives, un autre agenda, etc. A être seulement « contre » le FN nous finirions autrement par être « tout contre », c’est-à-dire par le porter sur notre dos,  jusqu’à ce qu’il nous poignarde. Merci de n’avoir jamais cédé aux provocations du FN en empruntant sa façon de faire de la politique à base de violence symbolique et de haine.

Le second grand mérite de ce livre est de s’inscrire en faux contre toute idée de banalisation des thèses du Front national. Nous ne devons jamais accepter l’idée que voter Front national serait un vote banal. Nous connaissons tous des voisins, des collègues de travail, des membres de nos familles, parfois même des amis qui osent aujourd’hui revendiquer cet engagement. Les experts ont une responsabilité considérable dans cette banalisation du vote FN, car à force de répéter qu’il ne s’agirait que d’un vote de protestation, d’un vote sans engagement, d’un vote sans conséquence, ils ont contribué à banaliser les thèses qui sont celles du FN et, par conséquent, celles de ses électeurs. Les électeurs qui votent FN le font toujours en connaissance de cause… du moins autant que ceux qui votent pour l’UMP, le PS ou le Front de gauche. C’est pour certains par adhésion ouverte, par exemple aux thèses islamophobes, et pour d’autres parce que ces thèses ne les gênent pas au point de modifier leur vote. Cessons de prendre les gens pour des idiots, prenons enfin leur vote au sérieux. Le vote FN existe parce que les gauches ont perdu la bataille du vocabulaire et avec elle celle des idées, de l’hégémonie. Nous en sommes au point où nous devons recommencer par le commencement c’est-à-dire construire une contre-hégémonie car ce n’est pas le vote FN qui est devenu banal, au sens de privé de signification, mais ses thèses abjectes qui se sont banalisées, massifiées, sans rien perdre cependant de leur dangerosité. Nous ne construirons pas seulement cette contre-hégémonie dans le ciel des idées mais sur la terre des expériences. Nous devons faire et pas seulement dire. Le FN est en effet comme un poisson dans l’eau dans une société qui fonctionne au mépris, à l’exclusion des plus nombreux. Faisons de nos territoires des lieux de bonne vie, faisons de nos organisations des lieux de fraternité, des lieux d’amitié, asséchons le marais propice à la bête.

Le vote FN existe aussi parce qu’une partie de la gauche a participé (même avant lui) à banaliser certains thèmes comme les notions de « seuil de tolérance » avec le PCF dès 1981 et d’insécurité avec le PS en 1995. Le FN n’a plus eu besoin qu’à récupérer ces vilains mots qui fonctionnent tellement mieux dans le cadre d’une idéologie d’extrême-droite. La force du FN c’est l’abondance des mots poisons qui intoxiquent notre imaginaire. Le mot immigré est ainsi devenu progressivement une catégorie racialiste puisqu’il désigne des enfants nés en France mais jamais des cadres étrangers. Le FN progresse chaque fois qu’on  accepte la banalisation de ses stéréotypes. Le FN progresse chaque fois que certains disent qu’il pose les bonnes questions mais apporte de mauvaises réponses. Souvenons nous que Malraux disait que peu lui importait qu’on partage ses réponses, dès lors qu’on ne pouvait plus ignorer ses questions. Les médias dominants ont une responsabilité considérable dans la progression du vote FN par la façon dont ils sélectionnent et traitent au quotidien l’information. L’ascension médiatique de Le Pen a été antérieure à son ascension électorale… Mitterrand avait bien compris ce fonctionnement lorsqu’il imposa la présence de Le Pen dans les médias dans le but de diviser électoralement la droite. Puisque la victoire du FN tient davantage à la nature de ses questionnements plutôt qu’à ses non-réponses, nous ne serons efficaces dans le combat contre Le Pen que si nous refusons la dichotomie entre les dirigeants du FN non fréquentables et ses électeurs qui, eux, le seraient. Cette opposition faussement bienveillante est un bien mauvais coup contre la démocratie et les milieux populaires. Elle sous-entend déjà que les votes populaires seraient moins rationnels, sérieux, que ceux des élites. Nous avons eu une démonstration caricaturale de cet axiome avec les réactions scandalisées des élites face au rejet populaire du Traité constitutionnel européen lors du référendum de 2005. Nous devons mettre un coup d’arrêt à la déculpabilisation du vote frontiste, ce fut d’ailleurs le grand mérite des manifestations qui ont suivi le 21 avril 2002. Je me souviens alors comment certains électeurs frontistes de ma famille étaient devenus subitement honteux et comment ils avouaient regretter leur vote. La seconde idée fausse est de considérer que le vote FN serait un vote populaire. Nous devons une fois encore le répéter il n’y a pas de surreprésentation du vote Frontiste au sein des milieux populaires et notamment ouvriers en raison simplement de l’importance de leur non-inscription sur les listes électorales et de leur abstention. Si le FN obtient 30 % du vote des chômeurs mais que seulement la moitié d’entre eux  vote, son score réel est de 15 %. Le véritable danger ce n’est donc pas la surreprésentation des pauvres/exclus dans le vote FN mais la non-participation électorale des « non-frontistes », autrement dit l’abstention de gauche. Entendons nous bien, ce ne sont pas les abstentionnistes des gauches qui sont fautifs, mais les partis des gauches qui ne savent plus leur donner envie de voter ! Compte tenu des taux d’inscription sur les liste électorales et des taux de participation, la catégorie sociale qui vote le plus pour le Front national est celle des « artisans, commerçants et chefs d’entreprise ». Le vote frontiste n’est donc pas un vote populaire et encore moins un vote en faveur du peuple, comme aimerait le faire croire la notion de vote populiste. Dire cela ce n’est pas refuser de voir qu’existe aussi en France un vote « petit blanc », celui notamment des centaines de milliers de petites gens menacées par les dictats du système capitaliste et de ceux qui le servent, tant à gauche qu’à droite, et qui s’en prennent à plus faible qu’eux. Signe que nous n’avons pas su faire partager une lecture politique de la société en termes de lutte des classes et que nous avons laissé s’imposer une lecture racialiste, une lecture essentialiste. Peu importe qu’on mette en avant les différences de religion ou de cultures… le résultat politique est en effet le même. Il ne s’agit donc pas de dénoncer le vote frontiste d’anciens électeurs de gauche, notamment communistes, mais la perte de tout ce qui faisait les valeurs de cet engagement. Les électeurs du FN ne sont pas des enfants perdus de la gauche mais les bâtards des gauches perdues. Le FN n’est pas « socialement à gauche » et « culturellement de droite » comme il aime le laisser croire. Il est tout entier de droite.  Souvenons-nous que les régions les plus frontistes ne sont pas celles qui connaissent les plus fort taux d’immigration, mais celles où les fantasmes sur les banlieues, les odeurs, la polygamie, le foulard sont les plus forts...  

De la même façon que nous devons refuser l’idée d’un vote extrémiste banal, nous devons combattre l’idée que le vote FN relèverait d’un populisme de droite. Si par populisme, on entend « hystérique », ou mieux encore irraisonné, il faut alors pousser l’analyse plus loin, car, comme nous le verrons, ce caractère attrape-tout, c’est-à-dire ce caractère désidéologisé n’est pas spécifique au peuple mais au fascisme. Mais si par populisme on entend populaire, à la façon du mouvement populiste nord-américain ou de ce que fut le populisme russe d’avant 1917, alors il faut répéter que ce vote FN n’est d’aucune façon un vote populaire au sens de social. Ceux qui ont tout à perdre à la victoire non seulement électorale du FN mais déjà à sa victoire idéologique au sein des droites, ce sont les plus faibles, ce sont les milieux populaires, ce sont ceux qui bénéficient de la redistribution sociale donc de la fiscalité, ce sont ceux pour lesquels la première richesse ce sont les services publics. Le vote populaire FN existe certes mais parce que nous choisissons de laisser croire que le parti socialiste serait non seulement « socialiste » mais de « gauche ». La seule réponse efficace au vote FN c’est donc de réinventer un socialisme/communisme du 2Ie siècle, c’est de réécrire de « nouveaux jours heureux », c’est de nous mettre à l’écoute de tous ces nouveaux gros mots qui se cherchent mondialement pour dire les nouveaux chemins de l’émancipation, le « Buen vivir » sud-américain, le « plus vivre » de la philosophe négro-africaine de l’existence, « l’écologie sociale » en Inde, etc. La seule façon efficace de contrer le Front national c’est de faire l’expérience d’une véritable justice sociale et écologique, c’est donc de conquérir, dès maintenant, des territoires pour faciliter les expérimentations sociales émancipatrices.

 

Le troisième grand mérite de ce livre est de décrire les passerelles entre ce FN devenu dit-on «  respectable » et toute une nébuleuse (en France ou à l’étranger) à laquelle bien peu reconnaitrait cette qualité. Nous pourrions tout autant montrer que ce qui fait le danger du FN, c’est la porosité entre ses thèmes, thèses et réseaux et les autres familles de droite. Il devient de plus en plus difficile d’établir des frontières nettes entre les droites décomplexées, les droites extrêmes (qu’elles se disent sociales ou populaires) et les diverses familles d’extrême droite. La droitisation de l’Europe a pris la forme d’une extrême-droitisation rampante. Faut-il en conclure que la seule droite « décomplexée », c’est-à-dire finalement libérée de ce que fut pour elle le poids de sa collaboration avec le fascisme et le nazisme serait une droite extrémisée ? On sait que des cercles de pensée comme le Club de l’Horloge ou le GRECE y ont travaillé depuis de longues décennies. On sait aussi la responsabilité de la presse comme Minute, Valeurs Actuelles, Le Figaro magazine dans cette recomposition. On sous-estime trop en revanche le retour en force des droites catholiques intransigeantes dont les mobilisations contre le « mariage pour tous » ne constituent qu’un signe parmi d’autres. Les courants religieux qui ont le vent en poupe sont davantage les Légionnaires du Christ, l’Opus Dei que les prêtres ouvriers et les théologies de la libération ! Nous sous-estimons trop aussi le retour en force d’un patronat revanchard prêt à choisir « le Front national plutôt qu’une gauche authentique » comme jadis à choisir « Hitler plutôt que le Front Populaire ».

Le succès du FN doit beaucoup moins aux qualités de communicante de Marine Le Pen qu’à l’air du temps, puisque c’est toute l’Europe qui empeste le retour de la bête. Marine Le Pen et le FN jouent en revanche un rôle central dans cet aggiornamento des droites extrêmes. Aucune région de l’Europe n’est épargnée : ni l’Europe riche ni l’Europe pauvre, ni l’Europe catholique ni la protestante, ni celle de tradition social-démocrate ou libérale ni celle issue du Bloc de l’Est… Notons que les seuls pays où  l’extrême droite ne réalise pas de bons scores sont ceux dans lesquels la droite traditionnelle a accepté (sans se forcer beaucoup… ) de faire sienne toute une partie du registre et du folklore fascisants. Ainsi les jeunes du Parti Populaire espagnol arborent volontiers les symboles franquistes. Notons également que les pays qui ont fait l’expérience du « socialisme réellement existant », bref pour faire simple du stalinisme, semblent encore plus fragiles face à la montée des extrêmes-droites… signe de plus de l’échec total de ce système qui n’a même pas su inculquer à sa jeunesse une culture protectrice. Nous devons admettre que cette nouvelle extrême-droite européenne est plurielle mais ajoutons que ce qui la réunit est plus fort que ce qui la divise. Citons quelques uns de ses thèmes forts qui structurent aujourd’hui les débats de société : une islamophobie quasi-pathologique, la critique de l’Etat social à travers la dénonciation de la fiscalité et de l’assistanat, la montée en puissance de l’ordre moral (refus du « mariage pour tous », remise en cause du droit à l’avortement), le culte du chef, etc.  Rien ne serait plus vain cependant que de croire qu’on puisse déconstruire l’idéologie des extrêmes-droites européennes pour leur faire rendre raison… Leur grand secret a toujours été leur capacité à faire cohabiter toutes les sensibilités de la contre-révolution conservatrice mondiale. Ces extrêmes-droites se jouent de toutes les oppositions : elles peuvent se dire « de droite »  et refuser en même temps l’opposition gauche/droite, elles peuvent se dire « capitaliste » et « anticapitaliste », « productiviste » et « écologiste », « nationalistes » et « antinationalistes », « révolutionnaires » et « conservatrices », etc. Ce caractère « attrape-tout » a toujours été une caractéristique essentielle  des courants fascistes. Le fascisme a besoin de cette dépolitisation, de ce flottement idéologique qui seul lui permet de détourner les masses de la lutte des classes pour lui offrir des boucs émissaires (le juif, l’immigré, l’assisté, etc.). Il y a certes en apparence du neuf dans les discours extrémistes actuels (encore faudrait-il nuancer en ce qui concerne l’homosexualité) mais ils font pour l’essentiel du neuf avec du vieux. Jean-Pierre Faye avait montré en 1972 dans « Langages Totalitaires » l’utilisation systématique de locutions comme la haine du « Système » (avec une majuscule) et la dénonciation des « hommes du Système » et ceci dès la phase d’incubation prénazie. Ces termes ne sont pas des concepts scientifiques mais des « mots-poisons » qui disent beaucoup plus que ce qu’ils semblent de prime abord désigner, des termes qui disent autre chose que ce qu’ils semblent devoir dire immédiatement. On ne comprendra jamais totalement le fascisme disait en 1975 Jean-Marie Vincent : « le nazisme reste largement une énigme pour la conscience européenne ». J’ajouterai que même si on ne le comprendra jamais totalement, tant il prend appui notamment sur des archétypes profonds, comme la peur de l’autre, on peut en revanche le comprendre assez pour le combattre. Prenons garde à ce que l’histoire nationale ne sonne pas bientôt le troisième coup d’une véritable tragédie historique. Le premier coup fut en mars 1998, l’élection de cinq (puis de quatre) élus de la « droite républicaine » aux postes de Présidents de régions avec les suffrages des frontistes. Ce premier coup signifia la fin programmée du « pacte républicain ». Nous avons vu depuis ce qu’il en est advenu. Le deuxième coup fut la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle en 2002. Ce deuxième coup signe l’éventualité de la disparation possible de toute gauche. Parions que le troisième coup prendra la forme d’un mariage entre la droite traditionnelle et le FN… même si nous ignorons sous quelle forme il sera célébré. Marine Le Pen amène vraiment le pire.

 

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02 mars 2014

Polémique Ariès/Soral...Dieudonné

Soral choisit un empire contre un autre

 

  Nous connaissons tous un(e) OC sensible aux thèses d’Alain Soral.

 Le site de son mouvement « Egalité et réconciliation » reproduit même le dossier sur la décroissance de la NEF (cathos…très à droite) de Jacques de Guillebon, lequel débat aussi sur le site de l’Action Française (pas des plus à gauche non plus). Alors Soral et ses sbires seraient ils des compagnons de route de la décroissance ? Raison suffisante pour plonger dans son dernier ouvrage fortement médiatisé. Disons le tout de suite : Soral est un adversaire politique et d’abord pas pour des raisons écologiques, les OC sont qualifiés aussi pour parler d’autre chose. 
Paularies
Une extrême droite camouflée

Soral voudrait se faire passer pour un homme de gauche mais il déclarait en mai 2007 : « Si Sarkozy applique le programme du Front national, j’irai lui baisser les pieds »…D’ailleurs, pour lui, Le Pen est un « anarchiste de droite » (sic). Toujours en 2007, il exposait que l’espace politique qui se libère est à gauche….ajoutant : « j’en ai parlé avec le Président Le Pen, on est d’accord sur tout ». Soral se veut donc désormais chef d’un mouvement politique dont la devise est « gauche du travail et droite des valeurs»….Le Pen disait lui aussi en avril 2002 « Socialement je suis de gauche, économiquement de droite et, nationalement, je suis de France. » Il ne s’agit pas seulement de ratisser large comme tout bon démagogue mais de reprendre cette vieille posture qui fut toujours celle d’une certaine extrême droite : on pourrait être à la fois de gauche et de droite, car cette opposition se dissoudrait dans l’Idée nationale. 

Anti-arabes ou anti-juifs ?

  Face à Marine Le Pen qui n’a de cesse de dénoncer le péril islamiste et « l’occupation de nos rues » (sic), Soral, lui, voit le complot sioniste derrière tous les problèmes…ce qui le conduit à afficher sa sympathie pour les groupes islamistes. Soral choisit donc contrairement à une autre partie de l’extrême droite (celle de Dantec par exemple) ce qu’il nomme le « progressisme » c’est-à-dire l’assimilation des maghrébins via l’émergence d’une élite dans leurs rangs face à ce qu’il nomme « l’atlantisme » (alliance avec les Etats-Unis et Israël). Soral distingue deux types de jeunes musulmans : « Ceux élevés dans un patriarcat ayant échappé à la féminisation 68, à la fois issus de la gauche du travail (…) mais pratiquant la droite des valeurs (retour à la tradition contre les sirènes du matérialisme moderniste) » et les autres : « voyous apatrides », ennemis de la France. Un troisième groupe d’extrême droite, celui des identitaires, mise, lui, sur les peuples d’Europe. Dans une lettre aux Identitaires, Soral écrivait : « l’invasion du monde occidental par les musulmans est une fiction créée par ceux-là même qui sont en train de les recoloniser ». Ce à quoi les identitaires lui rétorquaient : « que cette colonisation ne se limite pas aux seuls musulmans est une certitude. Que cette colonisation ait été suscitée et encouragée activement par les agents d’influence juifs et américains est une évidence… ». Soral concluait finalement cet échange fraternel : « Personne, pas même le FN, n’a aujourd’hui de solution sérieuse à proposer pour contrer cette mutation irréversible qui touche à la composition organique même du peuple de France. Nous devons donc assimiler ces maghrébins, que cela nous plaise ou non et je pense que la meilleure solution (….) c’est qu’une élite émerge de cette communauté, qu’elle accède enfin à la classe moyenne, pour que cesse la haine de l’autre et la haine de soi qui pourrit depuis trop longtemps la vie des quartiers (…) J’ai choisi le mien (mon camp) qui est celui du progressisme. Dantec a choisi le sien ouvertement du côté de la réaction, libre à vous de rester dans l’esthétique »…Front national, Identitaires, nationaux révolutionnaires, nationaux bolcheviques, Soral…une même famille divisée par des choix tactiques. Leur grand clivage est tout simplement de savoir qui est l’ennemi principal : le juif ou l’islam ?

La banque juive

  La banque serait au pouvoir mais pas n’importe laquelle, la banque juive : la RF c’est Robespierre qui tue le Roi, puis la banque qui tue Robespierre... Nous en serions toujours là, nous dit Soral, mais il faudrait distinguer le principe bancaire protestant « de forme plus ascétique et entrepreneurial » et le principe bancaire juif « plus difficilement nommable et plus spéculatif.. » (p. 45). Il y aurait de la même façon deux Amériques. Celle « idéale des cow-boys et des westerns de John Ford, financés cyniquement par Hollywood et la Banque ». L’autre Amérique serait « celle de la continuation du processus impérial (…) appuyé cette fois sur le message sanguinaire et méprisant de l’Ancien Testament du Deutéronome. » (p. 62). Seul espoir donc dans cette Amérique : Des hommes comme Henry Ford et son ouvrage « le Juif international » (in la décroissance). Voila pour le monde occidental. Le communisme aurait été aussi, selon Soral, une authentique idéologie judéo-chrétienne, mais précise t-il « juive par en haut pour la volonté de domination, chrétienne en bas pour l’espoir de partage ». Seul le fascisme aurait été, lui, une tentative de « la bourgeoisie entrepreneuriale nationale, un pied dans le travail, l’autre dans l’exploitation » (p. 86) de « résister à la domination de la bourgeoisie financière internationale » (p. 86). L’opposition droite/gauche qui légitimerait le combat « classe contre classe » serait donc, selon Soral, le véritable ennemi, car il masquerait le bon combat. Ce bon combat opposerait la défense d’un Empire sacre contre l’empire profane. Deux événements historiques auraient précipité cette évolution : Tout d’abord la nuit du 4 août qui aurait aboli les anciens ordres donc la sacralité du monde ; ensuite l’affaire Dreyfus, « victoire des médias et de l’argent sur l’armée ». Comme le dit de façon ignoble Soral, « il fallait que Dreyfus soit innocent pour qu’il y ait « affaire » (…) une petite affaire d’espionnage transformée en symbole, où le fort –le tandem argent-média - se fait passer pour le faible – l’aristocratie catholique réfugiée dans l’armée française-. » (p. 165). Soral reprend les deux grands antiennes de l’extrême-droite française : la dénonciation du complot maçonnique et un antisémitisme (qui ne dit pas son nom…). Le principal corps qui menacerait la France serait « une oligarchie d’à peine 1 % de la population (qui) a toujours commandé à la masse des 99 % restant ; comme une meute de loups dominant un troupeau de moutons » (p. 102)….Franc maçonnerie et judaïsme seraient responsables des grands maux de ce temps dont la lutte des classes, le féminisme, la laïcité, les droits de l’homme, l’antiracisme, etc. 

Soral en défenseur de l’empire

  Soral se résume finalement facilement : « le luttisme de classe ne pourrait être contré que par la solidarité nationale, en remplacement de l’ordre divin » (p. 119), « la classe ouvrière serait l’incarnation du mensonge et de la trahison bourgeoise » (p. 119), la révolution socialiste au 20e siècle aurait été l’œuvre de juifs… « Agitateurs cosmopolites » (sic). Il faudrait donc miser sur le « peuple » mais un peuple dans lequel les classes moyennes, constituées de commerçants, artisans, petits patrons domineraient et qui feraient « la jonction entre Travail et Capital, puisqu’ils sont à la fois petits capitalistes et travailleurs à risque » (p. 136). Cette définition des classes moyennes comme un « entre deux » fut, selon Soral, (et avec raison) le fonds de commerce du fascisme et du nazisme…dommage qu’il oublie de préciser la responsabilité des trusts économiques et financiers. Continuons à lire Soral : De Gaule aurait pactisé par deux fois avec l’empire (sic). En 1958, en achevant de liquider l’Empire français dans l’affaire algérienne (parler de liquidation et non de décolonisation n’est pas neutre) et « en 1940, en rejoignant le camp des alliés contre Pétain » (sic). Fallait-il donc choisir Pétain plutôt que le Front populaire et préférer Hitler au juif Blum ? La vraie révolution aurait donc été trahie par les communistes et les trotskystes : « une flopée de sociaux traîtres dont énumérer les noms évoquerait immédiatement le liste de Schindler » (p. 134). Les vrais « résistants » au système se recruteraient donc dans l’ultra-gauche et la Troisième voie (on qualifie ainsi un courant d’extrême droite qui se veut « ni de gauche ni de droite »). A lire seulement le titre de l’ouvrage de Soral « Comprendre l’Empire » (Editions Blanche), on pourrait croire que son propos est celui de l’altermondialisme, qu’il combat l’oligarchie au nom de la diversité et de la démocratie. Ce n’est en fait qu’un masque. L’enjeu serait de reconstituer un Empire sacré contre l’empire profane (celui de l’argent, celui aussi des médias). On pourrait s’appuyer pour ce combat sur des principes que l’on retrouve, selon Soral, aussi bien chez Charles Maurras, Julius Evola (qui se qualifiait lui même de « surfasciste », que chez Himmler, le chef des SS c’est-à-dire de cet Ordre noir occultiste en vogue… Soral ajoute que l’affirmation de l’existence des races, l’affirmation de l’inégalité des sexes, le révisionnisme historique notamment celui de la Shoah seraient : « la réaction d’insoumission des esprits encore libres et en bonne santé face à cette idéologie totalitaire du mensonge et de l’absurdité » (p. 205). Il termine en précisant que l’écologie serait le « nouveau fer de lance » de l’oligarchie mondialiste (entendez juive). Le meilleur représentant de ce mensonge serait bien sûr DCB (un autre juif) chargé de faire « gober aux peuples d’Occident la thèse du réchauffement climatique. Un bricolage mensonger, établissant un lien causal entre un supposé dangereux réchauffement planétaire, l’émission de CO2 et la production industrielle… » (p. 207). L’écologie remplirait la même fonction que jadis l’antiracisme. L’arbre aurait remplacé, dit-il, l’arabe dans le cœur versatile des bobos…CQFD.
  Je le dis à mes amis OC. Faisons attention à la façon dont cette peste contamine la pensée. Réfléchissons à deux fois avant de dire gauche et droite, socialisme et capitalisme, c’est pareil, même si ces deux systèmes ont bousillé la planète. Réfléchissons à deux fois avant de monter à la défense des « classes moyennes » entendues comme cette fusion possible du Capital et du Travail dans la Nation. Réfléchissons à deux fois à la façon dont nous parlons de la « banque » et des « médias ». Il y a une grammaire de l’extrême qui pollue toute pensée qui s’y frotte. Face à la droitisation de la société et à la montée des extrême droite partout en Europe, j’aimerai voir plus souvent les OC au cœur de ce combat. La décroissance a été présente au sein du mouvement contre la réforme des retraites. Je fais le vœu qu’elle soit aussi présente dans le combat contre l’extrême-droite. Lyon a connu plusieurs manifs ces derniers mois, suite aux très graves agressions dont ont été victimes des militants qui ont du être hospitalisés (site : lesvoraces.org). Lyon a connu aussi le 23 février un rassemblement unitaire contre la présence d’un local faisant de la propagande fasciste et nazie. Des dizaines d’organisations politiques et syndicales étaient présentes. Nous étions bien peu d’OC... Ce combat est pourtant aussi notre combat.

 

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03 avril 2014

la scientologie contre la république

La Scientologie, laboratoire du futur ?

Les secrets d'une machine infernale

Paul Ariès, novembre 1998.
Éditions Golias
ISBN : 2-911453-44-1


4ème page de couverture

La Scientologie fait peur. Dénoncée en Europe comme prototype même de le secte et comme une monstrueuse machine à broyer les hommes. Elle est pourtant reconnue comme une religion aux États-Unis.

Paul Ariès propose une interprétation radicalement inédite de la Scientologie. Ce livre, fondé sur une investigation de plus de 6 ans qui l'a conduit à rencontrer des dirigeants en titre ou anciens de cette organisation, prolonge aussi ses conférence à l'école de la magistrature, de la police... Il constitue un voyage au coeur des mystères et des secrets scientologiques. L'auteur réalise un véritable démontage du système de l'intérieur. La Scientologie est d'autant plus dangereuse qu'elle constitue un laboratoire du futur. Elle anticipe sur le monde que nous léguerons à nos enfants. Un monde déshumanisé où l'homme lui-même devient le véritable problème.

Paul révèle, documents à l'appui, les secrets réels de la Scientologie : que sont ses adeptes ? Comment les recrute-t-elle ? Comment vivent-ils ? Croient-ils sortir librement de leur corps et être tout-puissants ? Qui sont ces moines-soldats engagés pour un milliard d'années ? Quels sont les fameux secrets qui leur sont révélés au fur et à mesure de leur initiation ? En quoi peuvent-ils être dangereux ? Peut-on en mourir ou devenir fous ? Existe-t-il vraiment des camps punitifs pour punir des adeptes récalcitrants ? Quels sont les tribunaux internes ? Quelles sont les sanctions prononcées ? Quel est le sort réservé aux personnes qualifiées de suppressives ? Quelles sont ses entreprises ? Quels sont ses buts à court et à long terme ? Faut-il vraiment payer 500.000 francs ou plus pour avoir droit au " bonheur " ? Quelle conception de l'homme et de la société prône la Scientologie ? Pourquoi les États-Unis soutiennent-ils ces marchands de l'homme et de la foi ?


Paul Ariès, politologue, spécialiste reconnu de la question des sectes, a déjà publié Le retour du diable, sectes sataniques et extrême-droite ; Déni d'enfance ; les fils de McDo ; La fin des mangeurs. Il est l'auteur de la notice Scientologie dans l'encyclopédie Universalis.


Sommaire

Mise en garde au lecteur

Introduction

Qu'est-ce que la Scientologie ?

La Scientologie : un phénomène moderne
La Scientologie : un laboratoire du futur ?
Le système scientologique
Petite histoire mondiale de la Scientologie

Chapitre 1

Les structures marchandes de la Scientologie

 

La Scientologie : une organisation standard
La Scientologie ou la mystique de l'Organisation

Les organisations nationales de La Scientologie

 

Les Auditeurs extérieurs et les Groupes de Consultation Dianétique
Les Missions de Scientologie
Les Églises nationales
Les Centres de Célébrités
Le Comité des Thétans Opérationnels

L'Internationale de la Scientologie

 

Les Organisations avancées
Flag ou le quartier général de la Scientologie
L'Eglise Internationale de Scientologie : la maison-mère
Le pouvoir occulte du Centre de Technologie Religieuse
Les moines-soldats de la Sea-Org
Les enfants terribles des Messagers du Commandant
OSAI: le service de sécurité de la Scientologie
L'Association Internationale des Scientologues

Réponses de la Scientologie face aux accusations dont elle se dit victime

Chapitre 2

Le recrutement des scientologues

Une dissémination systématique

 

Un scientologue à la normalité pathologique
Comment devient-on scientologue ?
Le test de personnalité de la Scientologie
Un service après-vente très efficace

Le réseau de la Scientologie

 

Un organisme coordinateur: ABLE
Le monde des affaires et du conseil aux entreprises
Les structures de lutte contre les adversaires de la Scientologie
Les "amis de nos amis"
La gestion des conflits à l'intérieur du réseau

Réponses de la Scientologie face aux accusations dont elle se dit victime

Chapitre 3

La Scientologie: un masque religieux ?

La Scientologie en habits religieux

La Scientologie est-elle une religion comme les autres ?
La Scientologie est-elle compatible avec les autres religions ?
La propagande de la Scientologie auprès des catholiques
La propagande de la Scientologie auprès des universitaires

La religion selon la Scientologie

 

La doctrine scientologique
Le Culte scientologique
Les prières, Credos et Codes scientologiques
Les cérémonies religieuses
La Scientologie, religion, thérapie ou magie ?

La Scientologie ou l'école du marketing

La conception du produit scientologique
La publicité du produit scientologique
La vente du produit scientologique
La Scientologie, première religion commercialisable ?
La banalisation de la manipulation à l'âge de la modernité

Réponses de la Scientologie face aux accusations dont elle se dit victime

Chapitre 4

Le financement de la Scientologie

L'emprise financière sur les adeptes

L'organisation de la pression financière
Les divers moyens de collecte
La préparation des adeptes à l'achat des services religieux
Le remboursement des ex-scientologues

Les relations financières entre organisations scientologiques

La centralisation financière
L'organisation financière

Réponses de la Scientologie face aux accusations dont elle se dit victime

Chapitre 5

La Scientologie au quotidien

Les divers statuts des adeptes

Le public scientologique
Les bénévoles scientologiques
Le staff scientologique

Le scientologue : un homme nouveau ?

"Avec la Scientologie, je positive"
Les exercices sur l'humeur et l'échelle des tons
Le Tableau Hubbard d'Évaluation Humaine
Les exercices objectifs ou comment "faire de l'avoir"
L'hygiène de vie scientologique

Le discours scientologique

Une boulimie doxique
La propagande par la "rédéfinition des mots"
Une langue pauvre par excès de rationalité
L'interdiction de la "Tech verbale"
La "dissémination attrayante" ou le culte du mystère
La propagande scientologique

Le pouvoir scientologue

Une vision géographique de la vérité
Le culte de la personnalité
La Scientologie ou l'école du management moderne
La Scientologie face à la démocratie
La Scientologie face au politique

Réponses de la Scientologie face aux accusations dont elle se dit victime

Chapitre 6

La doctrine scientologique

La Scientologie au service des hommes

La conception scientologique de l'homme
La réincarnation scientologique
La bonté de l'homme de la Scientologie

La progression obligatoire sur le Pont

Le Pont : objet absolu ou transitoire
La progression obligatoire

Le passage des grades

L'Exam et l'estimation des gains
Le formulaire de satisfaction et la Lettre de succès

L'organisation du tableau des grades

La construction progressive du Pont
L'état de Clair
L'état de Thétan Opérationnel

Le scientologue entre entraînement et audition

L'organisation des cours d'Académie
L'Audition dianétique et scientologique
L'Électromètre
L'audition pour liquider l'inconscient
La pratique de l'audition
La formation des auditeurs
Les Saints-Hilliens

Le passage du préclair à l'état de Clair

Les services d'introduction
Les services d'entraînement
Les services d'audition

Le passage du clair à l'état de Thétan Opérationnel

Un fonctionnement au secret sans secret
Le voyage à Copenhague
Les niveaux secrets

Avertissement au lecteur

À quoi servent les niveaux secrets ?

Réponses de la Scientologie face aux accusations dont elle se dit victime

Chapitre 7

La discipline scientologique

La surveillance des adeptes

Une micro-pénalité de la vie quotidienne
La production hebdomadaire de statistiques
La production des "listes noires"

La délation comme système de contrôle officialisé

Les rapports volontaires
Les rapports obligatoires
La "bio" du scientologue

L'éthique ou la réhabilitation au quotidien

Les conditions d'éthique: un instrument de fluidité
L'Éthique : un appareil répressif
Le passage en éthique

Les personnes antisociales adversaires de la Scientologie

Les personnes suppressives (SP)
Les actes suppressifs
Le portrait radieux de la personnalité sociale

Les Sources Potentielles de troubles (PTS)

Comment reconnaître un PTS ?
Les différents types de PTS
Que faire d'un PTS ?
Le groupe PTS

La Tech des relations familiales

La Tech des gentilles familles
La Tech des méchantes familles

La lutte contre les adversaires de la Scientologie

Une diabolisation systématique de l'adversaire
Le scientologue ou la figure du persécuté
Combattre l'adversaire par tous les moyens ?
La "propagande noire"
Groupes dissidents, groupes squirrel et groupe orthodoxe

Réponses de la Scientologie face aux accusations dont elle se dit victime

Ultimes révélations sur les secrets de la Scientologie

Bibliographie


Scientologie : menaces au grand jour

Libération, 7-8 novembre 1998, par Daniel Licht.

L'Église tente d'intimider Paul Ariès, auteur d'un livre très critique sur la secte.

[Résumé]

Dans son livre Scientologie, laboratoire du futur ?, aux éditions Golias, l'universitaire Paul Ariès analyse les visées de la secte, et n'hésite pas à citer les grandes entreprises ayant utilisés ses offices via des organismes de formation satellites. Après une conférence au ministère de la Justice tenue secrète, où il venait de faire un exposé sur la secte, " Paul Ariès, expert en sectes pour le ministère de la Santé, s'est fait briser l'épaule par deux individus masqués... "

Puis c'est l'éditeur qui reçoit des menaces ouvertes de la Scientologie, via Marc Welter, " président de l'association spirituelle de l'Église de Scientologie Ile-de-France ", qui écrit : " J'attire votre attention sur le fait que toutes les oeuvres de Ron Hubbard relatives à la Scientologie [...] sont protégées par des droits d'auteur. Leur reproduction est donc strictement interdite sans la permission expresse du détenteur de ces droits. En les publiant, vous pouvez vous exposer à des poursuites pour faux et usage de faux ". Paul Ariès est ainsi privé du droit d'effectuer normalement son travail de sociologue sans risquer automatiquement un procès. Cela ne décourage pas Christian Terras, le directeur des éditions Golias, qui trouve dans ses menaces une raison supplémentaire de publier l'oeuvre critique, décrivant la secte comme une métaphore du désir de toute-puissance de la société des années 60 aux États-Unis.

Paul Ariès ajoute que la Scientologie a, plus généralement, des pratiques dignes d'Orwell quant à ses propres documents : " Paul Ariès se rappelle avoir eu les plus grandes difficultés à obtenir toutes les sources qu'il sollicitait auprès de la Scientologie. Il a pu constater, d'autre part, au cours de ses mois de rédaction, que la secte détruit régulièrement ses propres documents pour les republier - à peine modifiés - sous une autre référence ". Marc Walter peut ainsi dire, grâce à cette tactique de protection des écrits mêmes anciens par la législation sur les copyrights : " Il arrive que nos détracteurs fassent circuler des publications, qu'ils attribuent au fondateur de la Scientologie, mais qui sont en fait des faux ".

[On peut ajouter que, parallèlement à ce désir de censure des travaux de sociologues indépendants, la secte ne cause aucun problème aux sociologues dont ils cautionnent leurs travaux alors évidemment élogieux, tels que ceux de Régis Dericquebourg]


Scientologie : les secrets d'une machine infernale

Le Monde, 16 décembre 1998. Interview de Paul Ariès et critique de son livre par Erich Inciyan et  Philippe Broussard.

[Extrait]

La Scientologie promet à ses adeptes la toute-puissance, mais par le truchement de la protection par le copyright et les contrats de franchise, elle prive l'humanité " de ce qu'elle-même considère comme la seule voie de salut, sauf à payer le droit d'être sauvé ", écrit Paul Ariès. Son interview suit :

  • Question : Chercheur, interlocuteur attitré des ministères de l'Intérieur et de la Justice, comment avez-vous travaillé avec les scientologues ?
  • Paul Ariès : J'ai joué cartes sur table, en les tenant informés. Ils m'ont fourni de nombreux documents et nous avons entretenu des relations plutôt cordiales, mais ce n'est pas un sujet dont on sort indemne. J'ai rencontré des difficultés considérables en marge de mes travaux. Faute de preuve, je ne peux accuser la Scientologie, mais je constate que mes ennuis ont coïncidé avec les périodes où mes recherches s'intensifiaient.
  • Question : De quels types d'ennuis s'agissait-il ?
    • Paul Ariès : Des centaines d'appels anonymes, un poulet cloué sur ma porte, du vol de courrier, des filatures, des motards donnant des coups de pieds contre ma voiture... La situation est devenu invivable pour ma famille et nous avons dû déménager. En mars, au retour d'une session de formation organisée à Paris par l'École nationale de la magistrature, j'ai été malmené par des hommes casqués qui ont dérobé ma serviette. Le lendemain, il y avait un message sur ma voiture : " L'os à moelle est dangereux pour le bavard ". Ces gens-là étaient bien informés puisque, à Paris, j'avais déjeuné avec un magistrat et un policier, qui avaient mangé de l'os à moelle ! Nous avions été surveillés.


Je n'accuse pas les scientologues, mais je note que quiconque travaille sur le sujet rencontre des problèmes. Malheureusement, mes plaintes n'ont pas abouti.
 

  • Question : Avez-vous eu des difficultés à publier votre livre ?
  • Paul Ariès : En 1995, lorsque j'avais remis le rapport demandé par le ministère des affaires sociales, deux éditeurs avaient renoncé à le publier, de peur des procès. Cette année, les éditions Golias l'ont fait en prenant d'infinies précautions. Nous avons supprimé des passages, ôté des noms et donné la réponse scientologue sur les points litigieux. Ils ont vainement tenté de me dissuader en m'adressant un courrier de mise en garde. Depuis, je n'ai plus de nouvelles.


Scientologie et  McDo : même combat !

L'Humanité, 9.9.1999. Propos recueillis par Emilie Rive.

[Large extrait]

  • Question : Existe-t-il des liaisons entre la Scientologie et McDonald's ?
    • Paul Ariès : ce que l'on peut prouver, avec documents photographiques à l'appui, c'est que la Scientologie se targue d'être soutenue par McDonald's. On ne sait pas quelle est la nature de cette aide. Si on regarde de près les documents, McDo soutient le programme de la Fondation du bonheur de la Scientologie, un programme qui s'adresse spécifiquement aux enfants, diffusé à des millions d'exemplaires (et financé, là officiellement, par Coca-Cola).


Soutenir le programme est, à mon avis, encore plus grave que de le financer. Une aide matérielle pourrait être considérée comme quelque chose de mineur. Mais un soutien de programme est une adhésion sur le fond. Si McDo s'est fait avoir, il faut qu'il le reconnaisse : qu'il dise comment une multinationale de ce type a pu se faire piéger, qu'il donne un démenti, qu'il porte plainte. Sinon, qu'il s'explique : qu'est-ce que cette entreprise qui dit tant aimer les enfants et qui soutiendrait ce qui est considéré en Europe comme une des sectes les plus dangereuses ?
 

  • Question : C'est de l'anti-américanisme ?
  • Paul Ariès : pour moi, McDo n'est pas américain. Sinon, je mangerais McDo comme j'aime manger chinois ou japonais. C'est la bouffe de l'OMC, la bouffe de la pensée unique, une universalité réduite au plus petit commun dénominateur. Une sorte de régression culinaire. Et les sectes, qu'est-ce d'autre ? En général, on pense bourrage de crâne, manipulation mentale. Mais c'est, au contraire, une façon d'organiser techniquement, de façon tout à fait sérieuse, une régression vers les archaïsmes qui sont en chacun d'entre nous. On retrouve donc, dans McDo et dans la Scientologie, deux figures de la régression qui semblent être des figures de la mondialisation. McDo est le laboratoire de l'alimentation du futur et la Scientologie celui du management du futur. Je ne suis pas contre la mondialisation, mais pour une mondialisation qui vienne de l'homme.


"Une secte dangereuse parce que moderne"

Le Soir (Bruxelles), 6 octobre 1999, par Alain Lallemand.

[texte intégral des propos recueillis à Lyon]

Paul Ariès est l'auteur d'une étude décapante, parue aux éditions Golias, intitulée «La scientologie: laboratoire du futur? Les secrets d'une machine infernale».

Son idée de base: la scientologie nous renvoie le miroir caricatural des propres excès de nos sociétés.

" C'est la seule religion qui vende ses livres de base, mais qui en outre considère que le salut est à vendre: entre 500.000 FF (3.279.500 FB) à plusieurs millions de francs français! Pour eux, un homme qui n'est pas en échange, sans activité économique, est un homme qui n'existe pas. (Mais) lorsqu'on parle de sectes, aujourd'hui, on utilise déjà un vocabulaire religieux et on passe à côté du véritable problème. Je crois que les sectes sont en train de brouiller, à l'heure actuelle, les catégories qui nous semblaient auparavant aller de soi: ce qui est religieux, ce qui est économique, etc. La modernité, telle qu'elle est en train de s'accomplir, pulvérise ces barrières.

En fait, les sectes sont une caricature des tendances lourdes de notre société. Le grand danger, dirais-je, serait de voir la scientologie... disparaître: cela signifie que ce qu'elle représente se serait dissous dans la société. Ce qui signifierait que le lien social de type «société commerciale» que prône la scientologie serait devenu la norme de nos sociétés.

 Comment la contrer si ses dogmes représentent un «laboratoire de notre futur», comme le dit le titre de votre livre?

La grande force de la scientologie est de coller parfaitement - mais avec un temps d'avance - sur les grandes évolutions du monde telles qu'elles sont en train de se réaliser. C'est pour cela que la scientologie m'apparaît comme la secte la plus dangereuse: elle est au plus proche de la modernité quand elle considère l'homme comme une marchandise et affirme que le salut serait à vendre.

La scientologie développe ce qu'on pourrait appeler le culte du surhomme. En apparence, ce phantasme appelle des techniques qui sont efficaces. Mais en réalité, je crois que plus on va dans cette direction du culte du surhomme - le problème dans l'homme serait... l'homme! -, plus on se fragilise. Je crois donc qu'en réalité, toutes leurs méthodes ne sont pas efficaces. Ce sont des entreprises de fragilisation, de déshumanisation.

Un exemple de technique visant l'efficacité mais qui n'est en fait guère efficace: la communication. Pour une secte qui est en prise sur notre modernité et se veut championne de la communication, visiblement cela ne marche pas: s'il y a bien une organisation qui a mauvaise presse, c'est bien eux!

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02 juin 2014

libérer l'école de la pub !

Libérer l'école de la pub (Paul Ariès)


Une tribune de Paul Ariès, publiée en septembre 2003 par Libération.



Libérer l'école de la pub.

Chaque rentrée scolaire est l'occasion de transformer un peu plus les enfants en hommes-sandwichs pour le profit des grandes marques. Le Mouvement pour une rentrée sans marques est né à l'initiative de Casseurs de pubs, des jeunes qui refusent de devenir de la chair à pub pour les guerres économiques. Ce débat sur la place de la publicité à l'école pèse 100 milliards d'euros, et concerne 12 millions d'enfants scolarisés. L'enfant d'âge scolaire développe ses valeurs et ses goûts : ce qui est acquis durant cette période reste acquis toute la vie. Les deux tiers des produits consommés à cet âge le seront aussi à l'âge adulte. L'Europe, consciente des dangers, recommande des codes de bonnes conduites. Ils feraient merveille là où la publicité scolaire est autorisée en raison d'un vide juridique (Irlande, Italie, Pays-Bas, Autriche, Danemark, Espagne, Suède, Finlande et Royaume-Uni) et pourraient se substituer aux lois là où elle est normalement interdite (Allemagne, Belgique, Grèce, Luxembourg, Portugal et... France).

La France, qui s'apprête à fêter le centenaire des lois de laïcité, oublie pourtant que son but à l'école est de défendre la capacité de jugement. Nos anciens savaient que la publicité est contraire à tout projet éducatif : c'est pourquoi, bien que beaucoup moins victimes que nous, ils avaient tenu dès 1936 à poser le principe de son interdiction. Cette protection a été réaffirmée en 1952 puis en 1967 et 1976. L'administration a cependant peu à peu violé sa propre règle. Un inspecteur a même été condamné, en 1993, pour avoir «méconnu le principe de neutralité scolaire» en s'associant à une banque. Le ministre (socialiste) de l'Education nationale, Jack Lang, avait alors, sous prétexte d'assouplir et de moderniser le texte, troqué le vieux principe d'interdiction contre celui de «neutralité commerciale».

Pourquoi l'Etat a-t-il choisi de désarmer l'école au moment précis où elle devenait l'objet de toutes les agressions ? L'enseignement constitue le dernier grand marché disponible avec 875 milliards d'euros par an. Cette invasion publicitaire est aussi inséparable de la volonté des «maîtres du monde» de s'approprier son contenu éducatif. Les grands patrons réunis au sein de la Table ronde européenne (ERT), véritable clone du Gate américain (Global Alliance for Transnational Education), ne le cachent pas : «Le monde de l'éducation ne semble pas bien percevoir le profil des collaborateurs nécessaires à l'industrie [...] L'éducation doit être considérée comme un service rendu au monde économique.»

Le développement de la publicité à l'école est pourtant une abomination. Elle laisse croire aux enfants que le bonheur serait dans la consommation. Comme si posséder dix paires de baskets permettait de courir dix fois plus vite. Plus grave encore : elle donne l'illusion qu'il serait possible de compenser les carences narcissiques et la perte des repères par la consommation de produits de marques qui fonctionnent comme des identités de substitution : on a des enfants Nike, Coca-Cola, etc. L'Etat ouvre parallèlement l'accès de l'école aux entreprises sous prétexte de développer le partenariat : mallettes pédagogiques (Nestlé fait la publicité de son chocolat en poudre Nesquick et de ses céréales sous prétexte de présenter un petit-déjeuner équilibré, Kellogs poursuit ses opérations en maternelle, Colgate-Signal propose une éducation au brossage des dents, Danone a conçu un coffret pédagogique «alimentation plaisir», etc.), sponsoring (McDonald's, Coca-Cola, Leclerc, etc.), encarts publicitaires dans les plaquettes des établissements, journaux gratuits truffés de pub déposés dans les écoles...

L'Europe doit-elle s'aligner sur le Canada ou les Etats-Unis ? Des entreprises canadiennes ont créé la Conférence Kid Power pour défendre le droit des enfants à être considérés comme des consommateurs comme les autres. Les écoles américaines récoltent 750 millions de dollars par an via la pub. Mais à quel prix ? Les élèves de 11 à 17 ans ont l'obligation de regarder, pendant au moins 90 % des jours scolaires, un journal télévisé de dix minutes comprenant deux minutes de pub. Des marques obtiennent le droit de faire figurer leur logo sur les murs des lycées, dans les cours de récréation, sur le sol des gymnases, sur les rideaux des réfectoires, dans les bus scolaires, etc. L'apprentissage à la lecture et au calcul se fait avec des personnages emblématiques de marques ou des mises en situation de consommation. Des classes sont sponsorisées par des marques qui leur fournissent «gratuitement» des produits «pédagogiques» labellisés, des jeux, des cassettes vidéo, des cahiers d'exercices, des échantillons gratuits. Des établissements imposent le port de tee-shirt avec des publicités, d'autres remplacent les images par des bons d'achat ou de réduction.

Pizza Hut a lancé son programme «Book It !» avec l'agrément du ministère. Les bons élèves sont accueillis par le manager d'un Pizza Hut qui leur offre autocollants, médailles, diplômes et une part de pizza : 300 millions d'enfants ont déjà participé à cette opération. Domino Pizza distribue gratuitement des manuels scolaires mais proportionnellement au nombre de pizzas commandées le midi à la cantine. Les écoles signent des contrats d'exclusivité avec des géants du soda prévoyant des objectifs de vente, par exemple 50 canettes par an et par élève, ainsi qu'un nombre minimum de distributeurs dans les couloirs de l'école. Les instituteurs qui acceptent de couvrir leur voiture avec des autocollants publicitaires reçoivent de l'argent. En échange, les sociétés organisent des dégustations d'échantillons lors de leurs cours. Les élèves sont également «loués» à des sociétés spécialisées qui étudient leur comportement d'achat et les utilisent comme précurseurs de tendance. Tout ceci a lieu durant les cours et occupe jusqu'à 10 % du temps scolaire.

La lutte contre la publicité à l'école prend deux formes. Le refus de certains jeunes d'être transformés en hommes-sandwichs : ces «démarqueurs» se caractérisent par des tenues ou des matériels vierges de tout logo ou mention publicitaire. Et le refus de certains enseignants d'être instrumentalisés par des marques.

La publicité à l'école repose sur une confusion des registres : est-on à l'école pour apprendre à devenir un «bon» consommateur ? La pub, ce n'est pas la culture des jeunes mais une anticulture. La culture, plus on la fréquente tôt, plus on devient un adulte autonome. La pub, plus on y est soumis tôt, plus on devient «accro» aux marques. Les enfants ne sont pas de la chair à pub. Et nous ne voulons pas de «dealers» de marques à proximité ou dans les écoles ! Exigeons l'abrogation de la circulaire du 28 mars 2001 !

http://www.liberation.fr/tribune/0101453514-liberer-l-ecole-de-la-pub

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09 juin 2014

Les fils de McDo La McDonalisation du Monde

Bien plus qu'un pamphlet anti-McDo

Alternatives économiques

 

 


José Bové Millau Juin 2000-Part 2 par fantomasie

 

Dans alternatives économiques (1997)

Bien plus qu'un pamphlet anti-McDo, ce livre est une véritable psychanalyse de la multinationale au sens freudien du terme. Sur l'analyse des stratégies marketing comme sur celle du management, l'auteur multiplie les interprétations originales pour dévoiler un système à donner froid dans le dos. Dans une approche plus économique, il montre aussi les ressorts du système McDo: taylorisation poussée, standardisation, relations avec les clients … Après avoir lu ce livre, rien ne sera plus comme avant au McDo, si toutefois vous y allez encore.

 

Sur le site de l'Ecole de Management de Grenoble

La relation au travail selon Paul Ariès

Paul Ariès est un politologue et écrivain d’origine lyonnaise, il s’intéresse à des sujets comme la malbouffe et les sectes qu’il met en parallèle avec la mondialisation. Membre du jury international de l’association Slow Food, il a aussi enseigné la science politique mais aussi l’histoire et la sociologie au cours de sa vie. Il est un acteur important dans la réflexion autour de la décroissance. Il se présente comme portant deux casquettes : celle de politologue spécialiste de la mondialisation et celle de citoyen. En effet il a été pendant de nombreuses années président de l’ONG Centre Europe Tiers-Monde qui lutte contre le trafic d’organes et cherche à protéger l’enfance (l’enfant au travail et l’enfant en tant que consommateur). Il est également acteur dans la lutte contre les sectes (scientologie, sectes sataniques, etc..) et les analyse comme « des métastases d’une société malade ». Il compare d’ailleurs les pratiques sectaires au management aujourd’hui. En effet selon lui les dynamiques de groupe auxquelles sont sujets les « tops managers » s’apparentent aux rites des sectes et peuvent être très perverses (ex : stage du petit chat dénoncé par Loïck Roche, stage utilisé chez les SS mais au sein de groupe de cadres également).

DEFINITION DE L’ECONOMIE DE MARCHE

L’économie de marché se définit selon quatre principales caractéristiques selon Paul Ariès. En effet l’économie de marché correspond tout d’abord à une création de richesse très efficace, J. Lacan disait d’ailleurs que « le capitalisme crèvera par sa trop grande efficacité ». L’économie de marché est également une inversion du cycle marchand. C’est-à-dire que nous sommes passé d’une marchandise que l’on troquait contre de l’argent pour pouvoir se réapproprier une autre marchandise (modèle M-A-M), c’était l’utilité des choses que l’on cherchait, on ne stockait pas, on n’accumulait pas, à un capitalisme sur le modèle A-M -A qui correspond désormais à « j’ai de l’argent, je troque contre une marchandise pour avoir à nouveau de l’argent ». Ce schéma A-M-A a deux conséquences : une contrainte d’accumulation et d’accélération. Désormais pour accélérer le cycle, dans une société qui vit à toute vitesse, on coupe les stocks pour produire en flux tendu, on encaisse les créances très rapidement, ou on achète et revend des produits déjà finis, toujours plus vite. L’accélération est si forte que l’on tend même vers un cycle A-A’-A’’ où l’on ne passe plus par une marchandise mais où l’on crée de l’argent avec de l’argent même. L’économie de marché est également une imposition de style de vie. Elle prône la société de consommation, société dans laquelle nous avons appris à entretenir de nouveaux rapports aux objets. En effet nous accumulons les choses et tout réside dans le paraitre. Pour donner un exemple, Paul Ariès explique qu’avant l’économie de marché, selon les milieux sociaux on retrouvait une certaine table : lapin chez les paysans, porc pour les ouvriers et veau pour les bourgeois. Désormais tous mangent du poulet (fermier ou bio pour les uns, venant du supermarché pour les autres). La culture populaire est devenue sous-produit de la culture dominante, elles consomment la même chose mais de qualité différente. Avec l’économie de marché il y a une différence de pouvoir d’achat, de prix mais il y a une standardisation des objets, nous consommons tous les mêmes choses, les mêmes produits. Les angoisses existentielles ou la peur de mourir trouvent également une réponse à travers l’économie de marché. En effet grâce à la croissance et à toujours plus de croissance, grâce à l’accumulation de pouvoir, d’objets, le maitre mot devient « le plus est l’égal du mieux ». La consommation permet aux individus de se sentir mieux selon le dictat de l’économie de marché.

LA CONCEPTION DU TRAVAIL

Paul Ariès nous communique quelques chiffres :
- 500 000 victimes de harcèlement sexuel dans les entreprises
- 2 000 000 de salariés se disent maltraités au travail
- 2 personnes sont tuées chaque jour lors d’un accident du travail
- 67% des salariés n’aiment pas ce qu’ils font et n’en voient pas l’utilité à part gagner du pouvoir d’achat Le travail peut être vu selon deux conceptions au cours de l’histoire. En effet le travail peut être le tripalium, l’objet de torture, la sanction du péché originel, mais il peut également être l’opus, la création, grâce au travail l’homme pourrait être alors l’égal de Dieu, il deviendrait créateur lui aussi. Douglas Mac Gregor plaçait les salariés dans deux catégories, assez proche de la conception précédente :
- les individus moyens qui auraient une aversion naturelle pour la travail, qu’il faudrait sanctionner, menacer. Ces individus rechercheraient cette sanction car cela les dirigerait, leur permettrait de fuir toutes responsabilités. L’entreprise prendrait en charge ces individus.
- les individus qui seraient des créateurs nées, ce groupe serait très minoritaire. La conception du travail se retrouve également chez Herzberg, acteur essentiel dans les théories générales du management, pour qui l’humanité laborieuse vit de deux mythes originels :
- mythe d’Adam selon lequel le travail est la sanction du péché originel
- mythe d’Abraham, l’homme devrait en tant qu’émissaire de Dieu poursuivre sa création Mais pour Paul Ariès il faut aller plus loin que ces conceptions et historiciser la conception du travail.

HISTOIRE DU TRAVAIL

L’histoire du travail est l’histoire du dépouillement pour Paul Ariès. Le contrat de travail suppose un lien de subordination, ce qui est le premier dépouillement du salarié, être subordonné à son patron. De plus le travail découle du servage et présente un vrai dépouillement du savoir-faire et du savoir-être. L’entreprise s’approprie le recrutement, la RH, par exemple. Avant, les employés étaient recrutés par les employés qualifiés, or maintenant c’est par la direction de l’entreprise. Paul Ariès présente quatre étapes dans l’histoire du travail :
- le Fayolisme. H. Fayol, précurseur du management, inventeur de la fonction administrative, de la bureaucratie. Il critique le patronat en disant qu’il est exclusivement préoccupé par argent et pouvoir et pas assez par le fonctionnement. Il invente également l’entreprise caserne. On utilise alors le modèle militaire avec un chef unique mais cela n’est viable que si le modèle est juste pour Fayol. En effet s’il y a ordre et justice alors la main d’oeuvre sera disciplinée. C’est l’origine du paternalisme (ex : Michelin).
- Taylorisme. Taylor est ingénieur des méthodes, utilise le chronométrage et refuse l’autonomie ouvrière. En effet il pille les savoir-faire des meilleurs ouvriers pour les imposer aux autres et il va mettre en place un processus de déqualification de la main d’oeuvre. Le taylorisme sera alors condamné en 1912 par une commission d’enquête parlementaire américaine puisque c’est un système où le bon salarié n’aura plus sa place. Le Taylorisme est résumé par Paul Ariès à « travaille et tais-toi ».
- Fordisme. C’est l’accès à la société de consommation (entre deux guerres aux EU, après guerre en France), les Trente Glorieuses. Cela fonctionne en apparence mais c’est un pillage du Sud et des conséquences écologiques désastreuses aujourd’hui. Pour Paul Ariès le fordisme c’est « travaille, tais-toi et consomme ». Ce modèle fordiste ne résistera pas à la crise des années 1970, à la concurrence des NPI, et aux mécontentements des 50% d’ouvriers spécialisés ayant le BAC (absentéisme, sabotage, en 1976 une voiture sur deux qui sort d’une usine Renault est sabotée).
- Mangement postfordiste. Le travail est précaire, mal payé, le rapport au travail change car c’est la fin du travail pour tous. Il y a une certaine démotivation et l’entreprise devient un lieu de passage, transitoire. Les CDD se développent et la seule mobilité possible est celle horizontale. Pour résumer cette histoire du travail Paul Ariès partage l’idée que nous sommes passés d’un paternalisme à un maternalisme. Aujourd’hui, l’entreprise est une mauvaise mère, le management est affectif (les patrons et employés se tutoient, parlent de leurs enfants, création de fausse proximité alors que l’entreprise n’est pas le lieu pour de telles relations), la qualité est totale, dans le travail tout devient important et finalement plus rien ne l’est vraiment et l’écart entre travail prescrit et réel est toujours bien présent.

LES DIFFERENTS MANAGERS

Selon Paul Ariès il existe différents types de managers. Nous retrouvons donc :
- le manager oral, il utilise l’oral, il communique beaucoup et il souhaite faire naître des choses chez le salarié. Le manager attend d’être reconnu, aimé et s’il reçoit une critique il s’écroule. Il prive les salariés d’émettre des critiques ou de parler, le manager oral est très bavard mais réduit les autres au statut d’impuissants.
- le manager anal, il est dans l’action, il cherche à dominer, tout est aussi important pour lui. Il renforce la pression hiérarchique et développe une stratégie d’identification à l’entreprise.
- le manager phallique, pour lui l’entreprise est un champ de bataille. Il est spécialiste des petites fiches sur le personnel, sur des éléments anodins (le nom des enfants du salarié par exemple).

LE MANAGER GENITAL, IDEAL DU SLOW MANAGEMENT

Toujours selon la classification de Loïck Roche, Paul Ariès, présente le manager de degré le plus élevé dans la hiérarchie des plaisirs psychanalytiques : le manager génital, qui trouve son propre plaisir dans le plaisir d’autrui. Le manager génital considère ses collaborateurs comme des personnes autonomes, et la proximité avec eux n’est pas une source d’angoisse. Ce type de management requiert d’avoir atteint un degré suffisant de maturité personnel et professionnel. Le manager génital fonde son action sur deux principes fondamentaux :
- Respecter de la dignité des hommes Le respect de la dignité suppose aussi de créer les conditions qui permettent cette dignité. C’est aussi bien le respect du salarié en tant que personne qu’en tant que producteur. C’est également la reconnaissance de la qualification et de l’autonomie en tant que chemins menant à cette dignité. C’est enfin l’acception et l’intégration de l’erreur comme partie intégrante du travail.
- Renoncer à motiver C’est renoncer à considérer la motivation comme une technique déconnectée de son objet. C’est abandonner la vision instrumentale de la motivation qui pourrait théoriquement être appliquée quelque soient le contenu ou les conditions de travail. C’est voir la motivation comme un résultat (il s’agit alors de créer les conditions de travail qui engendrent la motivation) plutôt comme un instrument.

LA REMISE EN CAUSE DES TEMPS RAPIDES

Depuis un siècle et demi, tous les efforts de nos sociétés se sont portés sur l’invention de prothèses à accélérer le temps. Le travail à la chaîne, les moyens de transports, l’informatique et le fast-food sont quelques exemples de cette obsession pour les temps rapides. Or, nous dit Paul Ariès, remettre l’humain au coeur du travail, mais aussi plus largement au coeur de la société, c’est accepter de remettre en cause les temps rapides. Reconnaitre l’espace entre travail prescrit et travail réel par exemple, condition comme nous l’avons vu précédemment, de la dignité humaine au travail, cela prend du temps. Il s’agit donc désormais d’inventer des prothèses à ralentir le temps. Des prothèses qui peuvent être techniques (écrans de veille automatiques, cessation de l’éclairage des rues de nuit) ou sociales (slow food, villes lentes) Ralentir, ce n’est pas seulement réduire sa vitesse, ce n’est pas qu’un affaire quantitative. C’est au contraire premièrement une affaire de qualité. Ralentir, c’est « rendre au temps son épaisseur, sa densité ».

LA CONTINUITE ENTRE PRODUCTION ET MANAGEMENT, OU L’INFANTILISATION CHEZ MAC DONALD

A travers l’exemple de Mac Donald, Paul Ariès montre comment la conception de la production se prolonge dans la conception du management. En l’occurrence, c’est ici un modèle d’infantilisation particulièrement poussé qui anime aussi bien la production que le management. On retrouve en effet le même triptyque à ces deux niveaux. Au niveau de la production :
- Infantilisation du consommateur : à travers la satisfaction d’un palais reptilien par des sensations organoleptiques primaires, basiques (sucré, salé, croustillant), infra-culturelles (pour être mondialisées) sans oublier la manipulation publicitaire.
- Un substitut maternel : le Big Mac, un substitut au sein maternel : forme, consistance, douceur, chaleur, de la main à la bouche.
- Un substitut paternel : l’hygiène et la techniques (les fameuses 6000 fiches techniques) Au niveau du management :
- Infantilisation du salarié : « équipier » sans aucune qualification spécifique
- Un substitut maternel : l’entreprise elle-même, prétendument aimante et chaleureuse
- Un substitut paternel : le manager, le chef Il est clair que c’est le même modèle qui s’applique à la production qu’au management. Nous verrons par la suite qu’il ne peut véritablement y a voir de slow management sans une remise de la production.

UNE VISION PARTICULIERE DE LA MOTIVATION

La motivation peut être de deux types :
- intrinsèque : elle découle du contenu même du travail ou de ses conditions de réalisation.
- extrinsèque : elle est considérée comme un technique déconnectée du travail lui-même. Aujourd’hui, selon Paul Ariès, on constate un glissement provoquant un net déséquilibre en faveur de la seconde conception de la motivation. C’est la raison pour laquelle on assiste à une explosion des stages destinés à développer la motivation des salariés en entreprise. Comme si la motivation était « un muscle que l’on peut faire travailler ». Concomitamment s’est opéré un renversement de la pyramide des besoins de Maslow. Les chantres de la motivation-instrument semblent croire que l’on peut satisfaire les besoins supérieurs d’estime de soi, de reconnaissance et d’appartenance, en négligeant totalement les besoins inférieurs de sécurité (stabilité de l’emploi, du salaire, des liens sociaux, de la qualification) et physiologiques (conditions de travail, sécurité, hygiène).

QUELLE ETHIQUE POUR LES STAGES D’ENTREPRISES ?

Anaïs DIET a étudié et analysé différents types de stages d’entreprise : les stages de communication et les stages de motivation. Pour elle, les stages de communication fonctionnent sur un modèle anti-maternel car ils sont empreints d’une très grande violence qui vise à déstructurer, à briser les liens, voire à tuer symboliquement les stagiaires. Ainsi, les jeux de « l’édredon » et du « Sphinx », régulièrement pratiqués en stage de communication, consistent à recevoir un torrent d’agressions verbales (bien réelles) ou physiques (simulées) de la part d’un collaborateur et de répondre à cette violence par des phrases d’approbation « c’est vrai », « c’est possible » voire même « je comprends ». Il s’agit d’apprendre à encaisser une très grande violence et à instrumentaliser sa voix, son regard, son corps pour réagir de façon « positive », il s’agit donc d’enseignement le détachement à travers une déshumanisation de son rapport à l’autre. Les stages de motivation, eux, fonctionnent, selon Anaïs DIET selon un modèle anti-paternel. Ils ont pour objectif de faire croire que tout est négociable, permis, possible. Ils mettent en scène le mépris de la loi, de la règle, en plongeant les stagiaires dans le chaos, en enlevant tous les repères et en désorientant au maximum. Qu’il s’agisse de marcher sur des braises, de s’allonger sur des planches à clous ou d’être confronté, de nuit, à un parcours semé d’embuches avec pour seul guide la voix du chef, équipé, lui, de lunettes nocturnes, l’objectif est à chaque fois le même : choquer pour motiver. De même, de très nombreuses entreprises tentent de développer la motivation de leurs salariés par des méthodes diverses, variées et lucratives : centre de vacances spécialisées, enseignement d’un bonze, salles d’anarchies, séances de rire, punching-ball, etc… Paul Ariès met en garde contre cette tendance et invite à se poser avant tout la question de la légitimité de ces techniques. L’entreprise doit-elle être le théâtre de ce genre de scène ? Quels sont les dangers et effets pervers de ces pratiques ? Dans quelle mesure cette tendance s’impose-t-elle aux salariés en dépit de leur volonté ? Est-il éthique de pousser un salarié à subir des agressions potentiellement traumatisantes, à prendre des risques physiques, à partager son intimité en livrant ses secrets, à adopter un comportement infantilisant ? La principale erreur, nous dit Paul Ariès, serait de croire que l’efficacité de ce genre de technique, si elle existe, leur tient lieu de justification, de légitimation. En aucun cas l’efficacité d’une technique n’est garante de son caractère éthique.

UN SURINVESTISSEMENT AFFECTIF AU TRAVAIL ?

Dans un extrait du film J’ai très mal au travail d’Isabelle Carré, nous voyons un manager de Dassault System Aviation avouer que « sur l’équilibre de [sa] vie », l’ensemble des facettes de son existence, s’il y avait un choix à faire, il choisira sans hésiter son travail. Paul Ariès souligne la radicalité de ces paroles, pourtant dites de manière relativement banale, et nous invite à nous interroger : quel rapport entre ce surinvestissement identitaire vis-à-vis du travail et la souffrance vécue au travail ? N’est-il pas normal qu’à ce degré d’attachement affectif, la moindre carence provoque une souffrance aigüe ?

LA JUNK PRODUCTION, OU LA BASE DU PROBLEME

Comme nous l’avons vu précédemment, les modèles de production se répercutent bien souvent sur les modèles de management (cf. exemple de Mac Do). Réciproquement, il n’est pas imaginable d’atteindre un slow management sans remettre en cause les méthodes et le contenu de la production aujourd’hui apparenté pour une large part à de la « junk production ». La « junk » production ou production « pourrie », viens du terme « junk food » inventé dans les années 70 pour désigner les produits alimentaires de qualité inférieure et responsables de l’augmentation de l’obésité. Ainsi, la junk production n’est pas seulement pourrie par la manière de produire (avec des effets dangereux pour le salarié et l’environnement) mais par le contenu lui-même de la production. Au-delà du produit, la junk food implique des méthodes de production aberrantes et inhumaines : des poulets élevés en 40 jours, gavés des farine animales, et dont on coupe le bout de ailes pour gagner de la place et des porcs rendus aveugles pour qu’ils mangent plus. Le terme s’est généralisé et s’applique depuis à de nombreux domaines de la production, des junk spaces (l’esthétique du centre commercial dévorant la ville) à la junk santé (surconsommation de médicaments dont on estime que 40% n’auraient pas d’effets ou des effets négatifs). La junk production intègre aussi des pratique comme « l’obsolescence programmée » ou la production de biens d’équipement volontairement fragilisés, faits pour ne pas durer au-delà d’un certain nombre d’utilisation, dans le but avoué d’entretenir un rythme soutenu du besoin de consommation, alors qu’on aurait tout à fait les moyens de produire des biens infiniment plus durable. On observe concomitamment la généralisation des effets de mode, qui des vêtements féminins au début du XXe siècle, concernent aujourd’hui aussi bien l’habillement des hommes, des enfants, la décoration de la maison, le high tech ou le divertissement. Même objectif / résultat : l’accélération du rythme du besoin de consommation. Enfin, la junk production fonctionne aussi sur le ressort de la dégradation et la banalisation des objets, par leur production de masse, leur foisonnement inimaginable et l’explosion de leur nombre dans les foyers. Prendre conscience de cette junk production, c’est comprendre qu’une production « saine » permettrait de satisfaire les besoins de l’ensemble des habitants de la planète. Nous ne sommes pas trop nombreux pour la terre, ce sont les priorités (aujourd’hui la production et la consommation de masse à tout prix) qui sont à revoir. A titre d’exemple, Paul Ariès cite ces chiffres désespérants : selon Jacques Diouf, patron de la FAO, 30 milliards de dollars par an seraient suffisants pour supprimer lafaim dans le monde. Nous sommes dans un monde où sont dépensés 1200 milliards de dollars par an pour l’armement, 900 milliards de dollars par an pour la publicité et 700 milliards de dollars par an pour les stupéfiants, mais où l’on ne « trouve » pas 30 milliards de dollars faire de la faim des hommes un mauvais souvenir. Sommes-nous trop occupés à faire (produire) des choses si passionnantes que l’on en oublierait l’essentiel ? Même pas, constate Paul Ariès, qui rappelle que le sondage selon lequel 67% des français disent ne pas aimer leur travail. On ne peut pas penser le slow management sans poser la question du but du travail, et donc sans remettre en cause la junk production.

LA PERVERSITE DE LA PUBLICITE

La publicité à connu plusieurs âges. D’abord, le « mythe du consommateur rationnel », qui a besoin, dit-on, de bonnes raisons pour acheter un produit. A cette époque, c’est le rôle de la réclame d’informer le consommateur et de lui donner les raisons objectives (vraies ou mensongères) d’acheter tel produit plutôt qu’un autre. La publicité s’adresse à l’intellect du consommateur. On s’est ensuite rendu compte que 90% des achats ne sont pas rationnels mais pulsionnels. C’est l’avènement de la publicité « suggestive », qui cherche à s’adresser directement à l’inconscient du consommateur. Cette publicité prend d’abord une forme « mécaniste », considérant selon le principe d’Huxley que mille répétitions font une vérité, et c’est le règne du matraquage publicitaire qui commence. Plus tard, on comprend que le consommateur n’est pas un individu passif mais qu’il est inconsciemment en demande d’un certain nombre de choses. On comprend également que la consommation joue le rôle d’une réponse pour un certain nombre de besoins psychologiques. Dès lors, il ne s’agira plus que de mettre en scène les produits à vendre comme des réponses à ces besoins, à ces névroses. Selon Georges Chetochine, président de l’Institut Européen du Marketing, le travail d’un publicitaire est de vendre des produits à des gens rendus malheureux par l’exploitation permanente de leurs névroses. Jouer sur des fantasmes archaïques, mettre en scène des produits comme des réponses à des névroses, entretenir le malheur des consommateurs et leur logique boulimique de « dévoration du monde », de consommation compulsive : ce sont les ressorts de ce qu’on appelle la publicité « comportementaliste ». Elle fait régner l’illusion que la consommation apporte non seulement le bonheur mais également l’identité, le sens. Aujourd’hui se profile également le neuro-marketing et ses techniques d’imageries du cerveau promettent une efficacité toujours plus grande de la manipulation publicitaire. En prenant conscience de la perversion de ces techniques manipulatoires, on comprend qu’il ne peut y avoir de slow management sans remise en cause de ces logiques publicitaires.

FACE A LA BANALITE, RESTER SUR SES GARDES

Paul Ariès conclue son intervention en nous enjoignant à faire attention à ce qui paraît ordinaire, ce qui semble banal. La force du système de surconsommation et de ces corolaires (junk production, manipulation publicitaire) réside dans le fait qu’il s’immisce dans les aspects les plus ordinaires de la vie, sous des formes les plus banales. La marque Carrefour ne fait-elle pas, chaque année, une étude pour être au courant de la manièredont les jeunes l’appellent ? Ne se réjouit-elle pas de l’appellation « Carrouf’ », apparemment un verlan absolument banal, interprété par la marque comme un signe positif d’appropriation ?

QUELQUES LECTURES

- Les Fils de MacDo, éditions L’Harmattan, 1997, Paul Ariès
- La Scientologie, laboratoire du futur ?, éditions Golias, 1998, Paul Ariès
- Petit Manuel Anti-McDo à l’usage des petits et des grands, éditions Golias, 1999, Paul Ariès
- Disneyland, le royaume désenchanté, éditions Golias, 2002, Paul Ariès
- Harcèlement au travail ou nouveau management, éditions Golias, 2002, Paul Ariès
- La Décroissance : un nouveau projet politique, éditions Golias, 2008, Paul Ariès
- Désobéir et grandir - Vers une société de décroissance, éditions Ecosociete, 2009, Paul Ariès

 

 

Plan de l'ouvrage les fils de McDo

L'Harmattan 1987 - Les fils de McDo
La McDonalisation du Monde

 

"Le monde est plein d'épaves éduquées"
Ray Kroc, fondateur de McDonald.'s (1980)


"Les animaux se repaissen t ; 11homme mange,
l'homme d'esprit seul sait mangerll
Brillat-Savarin (1820)

"La cuisine d'un peuple est le seul témoin exact
de sa civilisation"
Eugène Briffault (1846)
Editions L'Harmattan


McMenu de l'ouvrage
Première Partie: La Planète Mc l
1 - McDo aux mille visages 13
- MeVillage 14
- McDo Moscou 16
- McDo Los Angeles 18
- La France-MeDo 20
2 - L'usine à hamburgers 23
-McDo c'est simple 24
-McMenu 31
- McStandard 33
Deuxième partie: McToujours 39
1 - McSolitude 39
2 - A chacun son hamburger 41
-McNouveau 41
-McCyclique 46
-McQuotidien 47
-McPartout 48
-McGénération 50
Plan
Plan
3 - Si vous n'allez pas à MeDo, MeDo ira à vous
.;,McAutrement
-McDrive
-McSatellite -McMobile
-MeBus, MeTrain, MePéniche -Food Piazza -McDomicile
-McEmporté -McLivré
-Hearth Express -McGhetto

Troisième partie: McDo une alimentation infraculturelle 61
- McMiracle
- Le hamburger: un pur signifiant
1 - McDo ou la régression vers le corps biologique
-McHygiéniste -McSécuritaire -McDiététique
-McAceusé
- McDéfense
2 - McDo ou la manipulation du corps libidinal
-McFemme -Mc Maternel -MeIntime
Quatrième partie: La sauce McDo
1 - Marketing-produit selon McDo
-MeVente
-McPub
-McClient
-McMangeur
2 - Marketing-image selon McDo 92
- McPsy
- McUSA
- McCulture
- McTV

3 - McDo bien plus qu'un simple restaurant 100
- McFamille
- McEnfant
- McRonald
- McProvidence
- McIntégration
- McEcolo
Cinquième partie: McManagement 123
- McDollars
- McSecret
125
129
1 - Mcjob 129
-Equipier polyvalent: un job pas un métier
- McTravail
-McMannequin
- McTaylor
-McSourire
- McEquipe
2 - La McDonalisation des équipiers 149
-McNovice
-La McDonalisation de la pensée
- La McDonalisation du discours
- La McDonalisation du corps
3 - McDo : la "Société-Mère"
- McDo : L'entreprise "psy"
-McDo : ma seconde famille
-McEgo : la logique du développement personnnel
-McContrat
-McFétiche
-McSaga
-McPièges : Les dangers de l'entreprise "psy" -McFils
-McAmour, McHaine : vers un hygiénisme social
4 - PapaMc
- McManager 190
- L'équipe du Management Technique 191
-Le culte du manager 195
- Le Management Technique figure de la "toute puissance" 196
-McQualité Totale 199
-McCastration 203
-McMachinisme 209
- McEvaluation 211
- McFranchise 215

Extrait de l'Introduction

 

McMenu
McDonald's poursuit sa conquête du monde avec 15 700
restaurants implantés dans 83 pays et servant 30 millions de
repas par jour. Une nouvelle unité ouvre toutes les 7 heures.
L'Europe n'échappe pas bien sûr à cette invasion puisque
seuls trois petits villages résistent encore (Albanie, Bulgarie,
Roumanie). La France pays de la bonne chère ne fait pas
exception avec 353 unités et un chiffre d'affaires de 5,7 milliards
de françs. McDonald's avec son objectif de 20 000 restaurants
pour l'an 2 000 représente un véritable fait de société
et non un simple phénomène de mode ou de génération.
Cette transformation de la table identique d'un bout à l'autre
de la planète est logique puisque les experts de tous les pays
disent que le monde deviendra au XXle siècle un véritable village
planétaire: comment l'alimentation pourrait-elle échapper
à cette mondialisation? McDonald's constitue donc un
véritable laboratoire du futur inventant l'alimentation correspondant
à l'âge de la globalisation du monde et non pas simplement
une variante culinaire parmi d'autres. Cette
modernisation concerne chacun d'entre nous non seulement
parce qu'elle dessine ce que nous mangerons et comment
nous mangerons mais aussi parce que à croire un vieil adage
"on est ce que l'on mange". Quelle alimentation McDo concocte-
t-il donc dans ses marmites? A quoi ressemblera cet
homme qui sortira de ses milliers d'équations culinaires?
Cette McDonalisation du monde est préoccupante car elle
crée un cosmopolitisme alimentaire qui se donne comme universel.
McDonald's n'est en effet pas plus américain que chinois
ou français. Il a en effet bricolé pour la première fois
McMenu
dans l'histoire de l'humanité un produit alimentaire infraculturel
car la culture est précisément ce qui différencie les
hommes et freine donc l'homogénéisation des mangeurs. On
mangera demain partout la même chose, de la.même façon,
avec le même regard. Cette mutation est essentielle car elle
engendre de nouveaux standards alimentaires qui sapent peu
à peu les fondements de toutes nos cultures culinaires traditionnelles.
Que l'on ne s'y trompe pas en effet: McDo est plus
éloigné de la cuisine de nos grands-mères que ne l'était l'alimentation
la plus exotique qui soit. Le hamburger nous est
véritablement plus étranger qu'un plat de serpent. L'homme
mondialisé ne s'en rend déjà plus compte. Ce communisme
alimentaire à la Ubu est très inquiétant puisqu'on ne mange
jamais impunément. L'homme McDonalisé dev~a finalement
nécessairement rendre des comptes à la fois sur le plan physiologique,
psychologique, économique et sociologique. Cette
McDonalisation concerne des restaurants en propriété et
d'autres en franchise. L'objectif de cette étude n'est pas de
rendre compte des diversités de situation pouvant éventuellement
exister mais bien plutôt de percer les "secrets" du système
McDo. Nous nous sommes heurtés à de nombreuses
difficultés d'accès aux documents internes systématiquement
classés "secret défense" par la direction de la "communication".
Un tel ostracisme peut être responsable de certaines
bévues ou de l'ignorance des ultimes modifications apportées
à la conception ou à la fabr~cation de tel ou tel produit. Nous
pensons cependant qu~ cette opacité ne nuit pas à la compréhension
de la logique du système qui par définition ne se
réduit pas à la somme de ses propres éléments. Cet ouvrage
entend donc frayer quelques pistes même encore broussailleuses
pour établir un premier bilan (1). Peut-être n'est-il
pas trop tard pour présenter collectivement l'addition à
McDo ? Peut-être peut-on encore rêver pour demain à une alimentation
comblant à la fois le gastronome, le parent et le
citoyen?
(1) Mes remerciements à mes étudiants de l'Université de Lyon II et
l'Institut Vatel de Lyon qui ont participé à mes divers séminaires
consacrés aux formes d'alimentation.
10
Première partie
Planète Mac
"ça se passe comme ça chez McDonald's"
Devise du XXle siècle
McDonald's constitue un prototype de l'entreprise moderne.
Il est ainsi selon sa propre formule beaucoup plus qu'un
simple restaurant. Il anticipe sur un futur qui déborde la
question de la restauration ou mê~.e de l'alimentation. Il
invente en effet une nouvelle façon de concevoir la place de
l'homme dans l'entreprise et donc aussi dans la société. Cette
modernité se caractérise avant tout par un formidable processus
d'homogénéisation. Cette standardisation concerne bien
sûr le produit lui-même c'est-à-dire ses matières premières,
son mode de fabrication, de commercialisation et même son
mode de consommation. Cette homogénéisation s'étend également
à ses formes de gestion de ses fournisse1.1rS, de ses
salariés et même bien sûr de sa clientèle. Ce nivellement ne
doit rien au hasard. Il est voulu, pensé, et organisé et ceci
dans le moindre détail. Il fait système au sens où il produit un
sens qui dépasse la signification de chacun de ces éléments.
Ce "système" McDo est consigné "scientifiquement" dans près
de 25 000 manuels ou fiches techniques qui s'imposent à
l'échelle mondiale. La pre.sse relève avec gourmandise
quelques dy~fonctionnements ou défauts dans l'application
de telle ou telle de ses normes standard. Chacun s'évertue à
prendre McDo en défaut par rapport à sa logique. Nous pensons
pour notre part que cette logique est en elle-même beaucoup
plus préoccupante que les loupés saris doute inévitables.
(...)

 

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02 août 2014

Satanisme et vampyrisme, recension ouvrage par UNADFI

Satanisme et vampyrisme

ARIES Paul, Editions Golias, 2004

Ouvrage qui est le fruit d’une enquête de plus de douze ans dont six dans le cadre d’une convention conclue avec le Ministère des Affaires sociales. Il porte à la connaissance du grand public des informations disponibles depuis 1994 « au sein de l’appareil d’Etat » puisqu’à cette époque, Paul Ariès était l’auteur d’un rapport de mission sur le satanisme. Jusqu’à la parution du présent ouvrage, il avait choisi de taire certaines informations pour préserver des enquêtes en cours.
Le satanisme qui séduit les jeunes et qui inquiète les pouvoirs publics est aussi l’héritier de toute une tradition de « satanisme symbolique » qui vise à « choquer pour faire tomber les masques » de la société. Il prend de nouveaux visages en flirtant avec le « vampirisme ou certaines sexualités marginales ». Non seulement il cohabite avec des pensées « extrémistes religieuses ou politiques » mais il est désormais passé du domaine religieux au domaine politique. Paul Ariès a enquêté dans cet « univers d’ombres » où la manipulation côtoie les rumeurs.
Paul Ariès a essayé d’en comprendre « l’essentiel ». Il en conclut que les diverses expressions du satanisme moderne « tendent à s’unifier comme si le satanisme devait, lui aussi se mondialiser et se globaliser ». Internet y joue un rôle de premier plan et l’on constate que ce courant n’est plus l’apanage du monde occidental mais touche maintenant les mondes musulman et asiatique !
L’auteur se penche sur le phénomène des jeunes qui se disent satanistes et qui, dans leur ensemble, sont « tout sauf des satanistes ». Ils se tournent vers ce courant à défaut d’autre perspective. Paul Ariès y voit là une « philosophie du désespoir » et un nihilisme du pauvre » ! Le danger vient que la société accepte qu’une partie de ses jeunes s’endoctrine ainsi. Les « vraies sectes » n’ont plus qu’à les cueillir ensuite ! L’auteur déplore enfin que les enseignants ne disposent pas d’éléments qui leur permettent de repérer les jeunes en danger. Il appelle les pouvoirs publics à réagir… rapidement et d’autant plus qu’il existe une véritable stratégie métaculturelle d’infiltration en direction de la jeunesse de la part de certains mouvements sataniques.
L’auteur analyse sa culture, portée par un commerce florissant, un environnement qui utilise fréquemment des thèmes pseudo-sataniques et des pratiques particulières des plus « anodines » (tatouages, piercings…) aux plus extrêmes (jeux vidéos hyper-violents, jeux de rôle…). Il développe tout l’aspect de la musique satanique, notamment du rock, et révèle qu’Aleister Crowley, gourou de la secte de l’Ordre du Temple d’Orient a été « lancé » dans les milieux du rock anglais par des groupes et des chanteurs tels que les Beatles, les Rolling Stones, David Bowie et Sting !! Il s’attarde sur le (presque) mythe de l’américain Marilyn Manson, personnage qui se livre à toutes les transgressions ainsi que sur le rock satano-viking norvégien qui plonge dans le néo-nazisme.
« Métastase d’une société malade », le satanisme méritait bien cette étude approfondie. Mine d’informations, de révélations, elle développe tous les aspects de ce courant, fait le tour de tous les personnages qui lui sont liés et décrit plusieurs dizaines de sectes.
Voilà qui en fait un véritable ouvrage de référence.

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01 septembre 2014

Confrontation de Paul Ariès, Les Z'indigné(e)s et Amar Bellal, revue Progressiste (PCF)

 

 

Le retour de la gauche scientiste

Lettre ouverte de Paul Ariès à Amar Bellal, dirigeant communiste

Texte paru dans le N°13 du mensuel les Z’indigné€s, mars 2014

 

Non l’éco-communisme ce n’est pas la planification démocratique plus la révolution NBIC

 Le lancement de la revue Progressistes par des dirigeants du Parti communiste a de quoi inquiéter tous les écologistes. Non pas seulement parce que cette revue prend le contre-pied des luttes menées contre les OGM, le nucléaire, les Grands Projets Inutiles Imposés mais parce que tous ces désaccords ponctuels expriment un divorce sur l’évolution même de la technoscience capitaliste, notamment la fameuse « convergence » voulue par les Etats-Unis et les grandes firmes dans le cadre de la révolution NBIC (nanotechnologies, bactériologie, sciences de l’information et cognitives), ils révèlent également un désaccord de fond sur le rapport entre science et société, entre science et démocratie… Lettre ouverte à Amar Bellal, rédacteur en chef de « Progressistes ».

Nous avons choisi de nous adresser à Amar Bellal, rédacteur en chef de la revue Progressistes et l’un des responsables de la commission écologie du PCF… Chacun comprendra que le Front de gauche antiproductiviste, né de l’appel lancé par Paul Ariès et Jacques Testart, soit mort-né au sein du Front de gauche institutionnel mais vit au sein de la société. Non, Amar Bellal, l’éco-socialisme et l’éco-communisme ne seront jamais la planification écologique plus la révolution NBIC, à la façon de Lénine déclarant que le socialisme c’est les soviets plus l’électricité ; non, Amar Bellal, l’émancipation, ce n’est pas l’hégémonie de la raison calculante et l’illusion d’une amélioration infinie de la vie par les techniques.

Face à la gravité de la situation, nous ne nous en tirerons pas en reprenant simplement la vieille et bonne opposition entre la science émancipatrice et le scientisme asservissant, car il s’agit bien de porter le fer jusqu’à la conception même du vivant qu’impose aujourd’hui la science dominante, une science qui réduit la vie à une série d’éléments de base (le gène en biologie, le bit en, informatique, le neurone en sciences cognitive, l’atome) qui seraient aisément manipulables et reprogrammables à volonté. Ce projet pour la science du XXIe siècle, adopté par les Etats-Unis, avec l’intervention forte du courant transhumaniste dont se revendique l’un des deux co-auteurs du rapport final et sous la pression des grandes firmes n’est pas neutre « socialement ». Nous devons donc prendre conscience que la question de l’orientation de la recherche scientifique est plus que jamais fondamentale. Comment la gauche pourrait-elle défendre la même orientation de la recherche que les firmes capitalistes et productivistes ?

La réflexion au sein du Front de gauche est aujourd’hui bloquée par ces clivages, des clivages non dits pour sauver les alliances. La difficulté tient aussi à ce qu’on peut désormais entendre au sein du PCF des positions totalement contradictoires, de la même façon que les communistes du PCF vont aux municipales en ordre dispersé, souvent avec le parti socialiste, même lorsqu’il est le plus à droite, parfois avec les autres forces du Front de gauche, parfois aussi en soutenant des listes citoyennes et alternatives, parfois enfin en ayant des candidats sur des listes opposées… On pourrait à la rigueur se réjouir de cette diversité si elle influait sur les choix de la direction du PCF mais, dans ce domaine comme dans d’autres, cette liberté à la base n‘est possible que parce qu’elle est sans rapport avec les choix stratégiques de l’appareil. Une lecture même rapide de deux organes de presse du PCF, la revue Progressistes et la lettre Communisme et écologie montre qu’existe, sur de nombreuses questions, un grand écart. Le courant qui s‘exprime au travers de la revue Progressistes a choisi de mener une guerre sans merci contre la science citoyenne et appelle aussi à combattre l’antiproductivisme de gauche.

Ecoutons son principal animateur, Amar Bellal : « L’usage facile et répété des slogans contre le « productivisme » à gauche n’est pas vraiment un bon signe : cela relève plutôt d’une méconnaissance de la réalité démographique, et de la sous-estimation des défis que nous allons devoir affronter »… Comme si, cher Amar Bellal, le problème était celui d’un « trop d’humains », comme si aussi la croissance économique, le « toujours plus » était la solution à l’exploitation économique et à la misère des masses. Il faut être riche pour croire encore à cette fable productiviste, comme il faut être un Président des pauvres comme « pepe » Mujica en Uruguay pour dénoncer ce chantage constant au partage de la misère ! Ce n’est donc pas par hasard que l’on croise au fil des pages des textes en défense du nucléaire, des OGM, des nano-technologies, des Grands projets inutiles imposés, de la voiture tout-électrique, de la ligne Lyon- Turin, de la billetique, de l’aéronautique, des transports spatiaux, de l’informatisation généralisée, etc. Ce n’est pas par hasard non plus que la revue prend position contre le scénario Négawatt (cher pourtant au Front de gauche), qui ne serait qu’un partage de la pénurie (sic), ou contre le slogan militant « ni ici ni ailleurs », utilisé pour refuser les GPII sans tomber dans le fameux syndrome NIMBY (« pas dans mon jardin »), slogan pervers (sic) car il masquerait une forme de néo-colonialisme déguisée de préoccupations écologistes (rien que cela). Nous, partisans de l’éco-socialisme, de l’éco-communisme, nous, Objecteurs de croissance amoureux du Bien vivre, nous, militants de la démocratie réelle et participative ne pouvons qu’être inquiets de lire sous la plume d’un dirigeant communiste qu’il ne serait pas normal que n’importe qui puisse s’exprimer sur n’importe quel sujet, comme si la vraie démocratie n’était pas justement de postuler la compétence des gens incompétents : « On peut parler de déchets sans avoir la moindre notion de chimie, commenter le rendement des centrales électriques sans avoir entendu parler du principe de Carnot… »

Et bien oui, on peut aussi parler de répartition de la valeur ajoutée dans l’entreprise sans être agrégé d’économie, on peut même penser, parler et voter sans savoir lire ni écrire… L’éducation populaire c’est aussi de rompre avec ce modèle d’un savoir qui tomberait tout cuit du Ciel… de ceux qui savent. Non, les adeptes du « penser global, agir local » ne sont pas nécessairement des « démagos » et « réactionnaires » (sic). Cher Amara Bellel, tu finirais par nous faire croire que l‘écolo-communisme, dans lequel tu nous souhaites la bienvenue, serait contre les circuits courts, contre le fait de cultiver son jardin, de faire du vélo, de manger bio (sic)… heureusement nous connaissons des milliers de communistes « écolos » qui pensent autrement. Non Amar Bellal et Alain Pagano, combattre les GPII, ce n’est pas choisir le camp de l’austérité (sic), ce n’est pas dire non plus que l’homme et l’écologie seraient incompatibles (resic)… Non, cher Ama Bellal, ingénier et agrégé, on ne peut pas imprimer que le nucléaire civil aurait sauvé 1,84 millions de vie depuis 1971, c’est de même niveau que lorsque la droite et la FNSEA disent que l’agriculture productiviste aurait permis de nourrir la planète. Non, Amar Bellal et Sébastien Elka, l’objection de croissance amoureuse du bien vivre ce n’est pas « le retour individuel et individualiste à la terre », ce n’est pas Vichy. Non, Amar Bellal, la critique légitime du productiviste n’est pas « devenue par glissement la critique de la production sans nuance ». Non, Amar Bellal, l’objection de croissance ce n’est pas « d’accepter tacitement la délocalisation vers d’autres pays pour ne pas avoir à s’embarrasser de ses nuisances » (sic), ce n’est pas davantage accompagner la dévalorisation des métiers liés à la production (resic). Non, Amar Bellal, nous n’aurons pas « toujours besoin de produire plus » comme tu l’écris, nous aurons besoin pour satisfaire les besoins de la population croissante de répartir autrement le gâteau (le PIB) et d’en changer la recette. Si comme le reconnaît avec sagesse la revue Progressistes : « Un des grands débats dans le Front de gauche est de savoir si nous devrons produire plus dans un avenir proche afin de satisfaire les droits humains dans le monde ou si au contraire il suffira d’une politique de sobriété et de changement dans nos modes de vie. » alors ne commence pas par dénaturer les thèses antiproductivistes et accepte d’en débattre.

Non, Amar Bellal, le mépris ne peut tenir lieu de politique… Comment peux-tu renvoyer doctement dans les cordes les militants,qui effectivement ne sont pas tous savants comme toi, mais qui osent cependant défendre des idées émancipatrices ! Je préfère mille fois mes compagnons de lutte à l’agrégé Allègre ! Comment osestu écrire à l’encontre des gens ordinaires que l’inversion des valeurs ferait que « moins on en sait dans un domaine plus on est censé être objectif, « honnête » et indépendant»… Souhaites-tu que le petit peuple fasse encore chapeau bas devant tous les scientifiques et les Académies qui ne trouvaient pas l’amiante et la dioxine si dangereuses ? Nous préférons nous être aux côtés d’ATTAC pour s’interroger : « En se prononçant en faveur des OGM, les académies des Siences de médecine et de pharmacie sont-elles devenues des filiales des grandes firmes multinationales de l’agroalimentaire et de la pharmacie ? ». Allons donc cher Amar Bellal, c’est le même discours que sert le MEDEF à l’encontre des syndicalistes qui osent contester les choix « scientifiques » du patronat…

Cette conception de l’éco-communisme ne peut être celle du XXIe siècle, cette conception est celle d’un socialisme de l’ingénieur qui a tant fait de mal à la gauche et aux milieux populaires, un socialisme de l’ingénieur, digne héritier de Saint-Simon, qui explique l’amour passé des communistes pour le taylorisme et le fordisme, pour les grandes surfaces et les grands ensembles. Ce n’est pas vrai, que cette gauche-là aurait été productiviste parce que la question « écolo » n’aurait pas encore émergé durant les Trente Glorieuses, cette période diabolique que tu sembles regretter mais qui détruisit les cultures populaires, c’est à dire les façons pré (et post)-capitalistes de vivre et qui est responsable de l’effondrement écologique en cours, c’est le stalinisme qui tua tout ce qu’il y avait de pensée antiproductiviste, y compris au sein des communistes russes et… français. Non, Amar Bellal, l’anti-productivisme ne doit pas seulement dénoncer l‘obsession de produire pour accumuler des profits car le productivisme d’Etat de l’URSS n’était pas mieux !

Lanceurs d’alerte contre lobbies

Cher Amar Bellal, en considérant que ’ambition politique sans le progrès technique condamne à partager la pénurie (sic), tu adoptes le point de vue des riches sur la richesse, tu fais tienne la thèse d’une accumulation productiviste sans fin. Cher Amar Bellal, tu condamnes dans la foulée toute idée de « sciences citoyennes » que tu renvoies à la vieille opposition entre sciences bourgeoise et prolétarienne à la Lyssenko, tu diabolises pour faire bonne mesure les associations comme la CRIIRAD (nucléaire), le CRIGEN (OGM), le CRIIREN (ondes magnétiques) qui seraient toutes « pas si respectables que cela » car animées d’une «idéologie de type anti » (sic), tu qualifies leurs travaux de « canada-dry de l’expertise scientifique »… Gilles-Eric Seralini serait bien sûr à brûler vif tout comme les auteurs de l’étude sur l’impact du nuage de Tchernobyl en Corse, tout comme Marc Lipinski, biologiste mais aussi  élu EELV, chargé par le CNRS d’une mission « sciences citoyennes » en son sein…

Cher Amara Bellal je te comprends : tous ces lanceurs d’alerte font de la peine aux lobbies du nucléaire et des OGM en prônant ne« science plus ouverte à la société » ! Tous ces « anti » joueraient, selon toi, sur a peur et la perte de confiance envers les experts – ceux qui ont le monopole de la arole légitime comme disait le regretté Bourdieu… Bref, non seulement les sciences citoyennes marqueraient le retour des « sciences prolétariennes » mais leurs véritables motivations seraient douteuses :les militants antinucléaires ne feraient-ils pas finalement le jeu du lobby du charbon t du gaz (sic) ? La Fondation Sciences Citoyennes serait néfaste en faisant l’inverse du Telethon (cela tombe bien, nous n’aimons pas cette opération) car au lieu de demander aux citoyens de soutenir la Science (à majuscule) elle imposerait à la science de soutenir un effort politique (sic)… Comme si les choix en matière de recherche scientifiques et d’application n’étaient pas aussi politiques… Comme si à Cuba les médecins qui choisissent d’utiliser le TRAMIL (médecine fondée sur le refus des pétro-médicaments) contre le Vidal ne faisaient pas une politique de classe.

Le pire c’est que la revue Progressistes n’est pas isolée dans sa guerre contre les tenants d’une science citoyenne : on rapprochera sa démarche scientiste de celle du lobby « Confrontations Europe », Think Tank fondé en 1992 par des (ex)dirigeants du PCF comme Philippe Herzog (ancien membre du BP du PCF devenu depuis conseiller spécial de l’UMP Michel Barnier) ou Claude Fisher (ancienne secrétaire fédéral du PCF) mais aussi Jean-Pierre Brard (qui a aussi les honneurs de Progressistes) et le dirigeant de la CGT, Jean-Christophe le Duigou… « Confrontations Europe » défend l‘idée d’une Europe productiviste, nucléarisée… Parmi ses soutiens, on trouve le gratin des firmes comme Areva, Google, AXA, le CEA, Sanofi, Véolia, la Sodexo, etc. Parmi ses partenaires des représentants du MEDEF, de la CFDT, de la CGT, de la Fondation pour l’innovation politique, des anciens ministres de droite (Alain Lamassoure) comme de gauche (Michel Rocard), etc. Tout ce petit monde productiviste défend les OGM, le nucléaire, les bio-carburants et n’aime pas l‘idée d’une science citoyenne. Nous avions donc aux Z’indigné(e)s de très bonnes raisons de donner la parole à nos amis de la Fondation Sciences Citoyennes.

 

 

 

Le dirigeant communiste Amar Bellal répond aux Z’indigné€s

qui réécrivent à Amar Bellal…

N° des Z’indigné€s de mai 2014

 

 

 

Le dirigeant communiste Amar Bellal écrit aux Z’indigné(e)s

Les Z’indigné(e)s ont publié en mars Une lettre ouverte à Amar Bellal responsable communiste de la revue « Progressistes », symptôme, disions nous, d’une gauche toujours productiviste sinon scientiste. Nous publions ci-dessous la réponse de notre camarade Amar Bellal.

 

Amar Bellal, rédacteur en chef de Progressistes.

Ce texte est une réponse à la mise en cause ad hominem dont j'ai été la cible, et à travers moi, la revue Progressistes du Parti Communiste Français et les valeurs qu'elle défend. C'est donc sur le fond que je réponds ici en faisant fi des attaques personnelles.

 

Concernant l'énormité des besoins en France et dans le monde, peut-on parler de décroissance ?

Pour l'énergie, on sait qu'en dessous d'une consommation de 2 tep/habitant/an (TEP : TONNE ÉQUIVALENT PÉTROLE, UNE UNITÉ D'ÉNERGIE), le minimum vital n’est plus assuré : minimum qui permet d’avoir l’espérance de vie dont nous bénéficions. Un Français consomme en moyenne 4 tep/an, un Américain 8 tep/an, un Africain 0,5 tep/an. Alors si on passe toute l'humanité à 2 tep/hab, ce qui serait justice, cela fait tout de même une diminution par 2 pour les Français et par 4 pour les Américains : une forte décroissance donc pour ces pays riches. Mais 2 tep/habitant pour une population de 9,5 milliards d'ici 2050, ça fait combien de tep à produire au total ?.… 19 milliards de tep ! alors maintenant, autre question, combien on en produit aujourd'hui dans le monde ? juste un ordre de grandeur ? réponse : 13 milliards de tep... Cela veut dire qu'en 2050, non seulement on devra produire la même quantité d'énergie qu'aujourd'hui mais en plus il faudra sortir 6 milliards de tep en plus : et ce avec le moins d'atteinte possible à l’environnement, et juste pour assurer le minimum vital, le buen vivir comme on nous le répète si bien, pour les milliards d’Africains et d’Asiatiques. Et avec cela on donne encore des leçons de décroissance à la gauche ? Et porter ce discours sur la réalité des besoins, ce serait se mettre du côté d'Areva et de Total ? On se rangerait du côté des scientistes par le simple fait de rappeler ces chiffres lourds de sens et la difficulté que cela sous-tend ? Dans le texte de Paul Ariès, on n’est décidément pas très loin du niveau de la campagne de 2005, où on nous accusait d'être du côté de Le Pen sous prétexte qu'il appelait, comme nous, à voter Non au TCE.

 

Une des idées qui revient à plusieurs reprises aussi dans ce texte est que le PCF serait actuellement productiviste. Mais alors, pourquoi le PCF aurait-il corédigé et cosigné avec Paul Ariès notamment, l’appel du Front de Gauche contre les gaz de schistes par exemple ? Si vraiment le PCF était pour la production infinie, par idéologie, sans se soucier de la planète, ou simplement par bêtise, on serait alors ravi de sortir tous ces gaz de schistes présents sous nos pieds, non ? Et pourquoi alors ses militants, partout en France se battent tous les jours pour le maintien des services publics, notamment le fret ferroviaire, le maintien des lignes et des gares de proximité, la gratuité des transports publics et ce depuis des dizaines d'années ? L’attitude productiviste serait au contraire de laisser le service public voler en éclat et de tout faire passer par la route, non ? Je pourrais citer des dizaines d'exemples, véritables actes de résistance écologique de la part des communistes (voir Progressistes n° 2, téléchargeable gratuitement). Sans doute, nous répondra-t-on que tous ces efforts déployés par des élus communistes, l'appareil du parti et ses dirigeants, c'est justement pour dissimuler la vraie nature productiviste du PCF…

 

A contrario, Paul Ariès semble étrangement épargner Europe écologie les Verts (EELV), participant au gouvernement PS jusqu'à peu, et qui a voté la plupart des lois régressives de ces deux dernières années. Formation connue au parlement européen pour avoir voté toutes les directives de dérégulation et de privatisation des services publics. Et on perdrait son temps avec un énième brûlot anti-productiviste et anti-scientiste, où il n'est question que de PS et de PCF ? Pourquoi cet oubli flagrant d'EELV dans un réquisitoire de plus de 3 pages ?

 

Dans la revue Progressistes, il est vrai que nous faisons appel à de nombreux experts pour aborder un certain nombre de ces sujets difficiles. On nous reproche ouvertement cette démarche, et en contre-exemple on cite le cas des luttes dans les entreprises : selon l'auteur, le cœur et la volonté suffiraient aux salariés pour se mobiliser, « pas besoin de ces experts, agrégés en économie, et de leurs leçons méprisantes ! » nous lance-t-on dans le texte. C'est pourtant méconnaître complètement la réalité du monde du travail et des luttes. En effet, y compris pour cet exemple précis, analyser les comptes d'une entreprise, on a besoin d'experts (qui sont parfois agrégés en économie), et les syndicats sollicitent régulièrement les services de cabinets spécialisés. Nous invitons Paul Ariès, s’il connaît des syndicalistes dans son entourage, à le vérifier.

 

Et c'est bien parce que des experts aux services des syndicats ont examiné les comptes de PSA que de nombreux ouvriers ont compris que des alternatives étaient possibles à la fermeture programmée de leur usine. L’appropriation politique par les citoyens des questions de société, le développement des luttes et de propositions alternatives précises, est à ce prix, sinon on fait dans l'amateurisme ; et l'amateurisme, est tout sauf révolutionnaire ! Et cela est vrai y compris, et même surtout, pour les enjeux d'environnements assez complexes, mêlant des aspects techniques, scientifiques et des enjeux sociaux colossaux.

 

La démarche de la revue Progressistes n'a donc rien à voir avec du mépris, mais participe à éclairer tous les citoyens sur des sujets compliqués, et oui ! avec des experts, aux antipodes des pantins médiatiques vendeurs d’austérité et défenseurs du système.

 

Maintenant je vais parler du monde du travail : mon boulot par exemple. Je suis enseignant dans un lycée en Seine Saint Denis : c'est ce qui me fait vivre, en plus d'être un métier attachant. Et les temps longs, la lenteur dans les processus d'apprentissage, on défend cela tous les jours. Et nous avons des élèves parfois vissés à leur téléphone portable, vivant dans des conditions difficiles, aveuglés par une société acquise aux valeurs consuméristes : ce qui complique encore plus notre mission éducative. L'éloge de la lenteur, du bien vivre (le buenvivir !), loin de l'individualisme, avec une tête libre, bien faite, c'est aussi notre combat quotidien. Idem sur la nécessité de contenus pluridisciplinaire : avec des cours de philosophie, de mécanique, de mathématique, de physique, de biologie et en passant par l'étude de la princesse de Clèves, des activités musicales aussi !

 

Ainsi, pour rester dans le réel et éviter d'enfoncer des portes ouvertes, le mieux restera toujours de se tourner vers le monde du travail, vers ces salariés, avec toute la diversité de leurs métiers, sans arrogance et sans donner de leçons. C'est la démarche de Progressistes, et la condition pour un débat de haut niveau résolument tourné vers le XXIe siècle.

 

 

 

 Paul Ariès répond à Amar Bellal

L’éco-communisme à l’école de Cuba et du Kerala

Paul Ariès

Nous nous félicitons de l’existence de cette réponse même si Amar Bellal choisit largement d’ignorer nos questionnements. Nous avons répondu immédiatement favorablement à sa demande avant même de recevoir son texte, car cela fait des années que nous essayons d’ouvrir ce débat avec le PCF. Nous espérons bien sûr que la revue Progressistes publiera notre propre réponse au texte de son rédacteur en chef… Nous tenons tout d’abord à rassurer Amar Bellal : cette charge contre la ligne éditoriale de Progressistes n’est ni une attaque personnelle ni même une bronca contre le PCF, car nous savons bien que toutes ces questions y font débat. Nous savons faire la différence entre les  sensibilités communistes au sujet du productivisme, comme au sujet de la gratuité des services publics ou de la relation au parti « socialiste ». Amar Bellal nous soupçonne de réserver notre fiel à son courant en « épargnant étrangement » EELV pour reprendre sa formule… C’est à croire que les rédacteurs de Progressistes ne lisent pas les Z’indigné€s (ou jadis le Sarkophage) car ils sauraient autrement que nous n’avons aucune sympathie pour les « escrologistes » . Nous pouvons d’ailleurs renvoyer Amar Bellal à notre livre « Cohn-Bendit l’imposture » (Max Milo). Si nous avons interpellé si vivement le PCF sur cette question, c’est parce que la revue Progressistes est la seule à avoir pris position contre la « science citoyenne », qui était le thème de ce dossier en partenariat avec la FSC. Amar Bellal nous reproche de négliger les évolutions du PCF et il cite la signature du texte commun contre l’exploitation des gaz de schiste. Non seulement nous n’ignorons rien de ces évolutions, mais nous pensons qu’elles se font à partir de la culture communiste elle-même : nous avons toujours écrit que le communisme était aussi porteur d’anti-productivisme, même si historiquement, avec la victoire du stalinisme, c’est le productivisme qui s’est longuement imposé à la gauche ; de la même façon nous pensons que les villes communistes devraient être les premières à mettre en œuvre la gratuité des services publics, comme un pas vers le communisme. Nous ne ferons pas à Amar Bellal l’insulte de croire que le refus de l’exploitation des gaz de schiste s’expliquerait par le choix de défendre le nucléaire contre une concurrence ! Nous pouvons par ailleurs rassurer Amar Bellal : il nous arrive souvent de croiser des syndicalistes en chair et en os … Pourquoi ce passage surprenant sous la plume d’Amar Bellal ? C’est que, puisque, comme nous le verrons plus loin, les Objecteurs de croissance défendraient une politique anti-sociale, nous ne pourrions être que des « petits bourgeois » comme on disait autrefois en bonne polémique… Je peux donc te rassurer Amar, bien que l’identité de classe ni la conscience de classe ne soient héréditaires, je suis fils de syndicalistes et même enfant d’une permanente de la CGT, j’ai consacré ma Thèse au syndicalisme CGT, j’ai longtemps été formateur à l’Institut du travail et de formation syndicale (ITFS) en charge de la formation des militants CGT, CFDT et FO, j’ai eu trois mandats de délégués du personnel dans l’enseignement privé supérieur, nous publions régulièrement dans les Z’indigné€s des textes de syndicalistes ; nous n’avons, il est vrai, en revanche jamais caché notre sympathie avec les positions « antiproductiviste » de certains syndicats comme ELA, principale organisation du pays basque Sud qui vient de fêter son centenaire et syndique 12 % des salariés, comme la CNE, principal syndicat belge francophone qui soutient que la croissance n’est pas la solution au chômage ni aux inégalités, comme l’UGTM avec lesquels nous partageons beaucoup d’analyses (N° spécial « Martinique »)… Rassure toi, camarade Amar Bellal, c’est aussi avec bonheur que nous invitons chaque année des syndicalistes lors des Forums nationaux de la désobéissance, c’est avec plaisir que j’ai accepté de soutenir l’appel des Fralib à boycotter Unilever… Amar Bellal nous soupçonne également de vouloir laisser les milieux populaires et les syndicalistes dans l’erreur … en les privant notamment du soutien des experts qualifiés. C’est bien mal nous connaitre, nous avons justement, parce que nous connaissons bien ce besoin de contre-expertise, demandé, dans notre livre sur la démocratie participative, que l’on s’inspire des droits reconnus aux Comités d’entreprise pour permettre aux Comités de quartier d’expertiser les choix des élus et de faire des contre-projets. Mais il est vrai que nous ne raisonnons pas en termes d’erreurs et de vérité et d’un savoir qui tomberait du Ciel. Pour faire simple, notre conception de l’éducation populaire est plus proche de celle que décrit l’ami Franck Lepage dans ses conférences gesticulées que de celle des experts de Bellal. Nous ne reprochons pas à Progressistes de citer des experts mais de choisir des experts qui défendent OGM et nucléaire. On pourrait se demander ce qui pousse ainsi Amar Bellal à vouloir que nous soyons nécessairement étrangers aux milieux populaires et aux luttes sociales, sinon cette bonne vieille antienne selon laquelle notre ancrage social expliquerait un positionnement qu’il juge anti-social… Car c’est bien ce dont nous accuse Amar Bellal : de vouloir affamer le peuple, ou mieux encore de précipiter sa mort. Relisons en effet le premier argument que nous oppose Amar Bellal : au-dessous de 2 tonnes équivalent pétrole (Tep) par personne/an, impossible de garantir une vie bonne, impossible tout simplement de préserver l’espérance de vie. Il faudrait déjà savoir déjà de quelles Tep nous parlons. Les ressources primaires d’énergie utilisées par la France étaient en 2001 de 274,4 millons de Tep pour une consommation finale - compte tenu des pertes par rendement et dissipation-  de 171,4 M Tep soit environ 2,6 Tep par personne/an soit bien audessous des 4, annoncés soit une perte de 37 % . Les Etats-Unis font pire avec une perte énergétique de 56 %. Nous sommes donc bien fondés à dire avec Nega-Watt que la meilleure énergie c’est d’abord celle qu’on ne gaspille pas… Nous n’avons pas ensuite pour objectif de faire avec ce mode de vie mais d‘en inventer un autre… totalement différent ! Parlons-nous d’ailleurs de la même chose lorsque Amar Bellal évoque, avec nous, la perspective du Buen vivir…ce n’est pas, pour nous, une façon plus exotique de parler du bien-être, mais une façon de penser, avec les gauches sud-américaines, une société post-capitaliste, post-croissanciste, post-extraciviste, et même post-développementaliste (A lire de toute urgence : Alberto Accosta, Le Buen vivir, Utopia). Nous mesurons mieux à lire Amar Bellal les méfaits des courants de droite de la décroissance qui, confondant décroissance et austérité, pronent de vivre la même vie avec moins… Osons le répéter une fois encore, la décroissance ce n’est pas faire la même chose en moins,  ce n’est pas apprendre à se serrer la ceinture (un peu, beaucoup, passionnément ou à la folie). Nous voudrions en convaincre Amar Bellal en prenant deux exemple qui nous sont chers autant qu’à lui qu’à nous.  Amar Bellal établit une corrélaction directe entre consommation énergétique et bonheur humain et même espérance de vie. Nous préférons établir une corrélation avec la justice sociale entendue comme un partage égalitaire d’un autre gâteau (PIB) car celui actuel est empoisonné donc inadapté.

 Cuba consomme chaque année 0,992 Tep par personne… soit beaucoup moins que les quartiers pauvres des Etats-Unis mais Cuba a une espérance de vie bien supérieure à eux, pas seulement grâce au soleil comme pourrait le penser Amar Bellal, mais grâce à la santé gratuite, à l’éducation gratuite, à la quasi-gatuité, durant des décennies, des produits alimentaires et d’entretien avec la fameuse « libreta ». On peut donc vivre bien avec moins de 2 Tep par personne/an et avoir une longue espérance de vie comme à Cuba (79,13 ans)…

L’Etat du Kérala permet de faire la même démonstration. Cet Etat, l’un des plus pauvres de l’Inde au regard des critères économiques de la richesse (PIB) a une consommation énergétique par personne très faible (0,4) mais sa population bénéficie d’une espérance de vie plus élevée qu’ailleurs en Inde, en raison de son modèle social, de la gratuité de l’école et de la médecine, de prix alimentaires subventionnés, de l’émancipation des femmes et aussi du poids historique du parti communiste… et de la forte politisation du peuple ! Le Kérala c’est quatre fois plus d’hôpitaux, deux fois plus de lits, 1,3 médecin pour 1000 habitants contre 0, 4 ailleurs, c’est la proximité des dispensaires et la gratuité totale des soins… 90 % de la population a droit à une alimentation subventionnée donc bénéficie d’une alimentation suffisante et équilibrée, 70 % des enfants reçoivent un repas gratuit à l’école, et tout ceci avec moins de Tep que dans le reste de l’Inde, comme quoi… Imaginons donc que le monde soit à l’image de Cuba ou de l’Etat du Kérala : cela nous ferait 0,992 Tep x 9,5 milliards d’humains soit 9, 424 milliards de Tep donc une décroissance, bingo, même en tenant compte de la démographie… Nous ne disons pas que Cuba ou l’Etat du Kérala soient parfaits. Loin s’en faut. Déjà parce qu’il nous faudra faire encore mieux pour être à la hauteur des enjeux planétaires. Comment faire ? Franchement, je ne sais pas mais ce que je sais c’est que cela se fera sera en écoutant les gens ordinaires, non pas parce qu’ils sont pauvres, mais parce qu’ils sont porteurs d’autres façons de vivre. 

Amar Bellal a donc raison : impossible d’imaginer pouvoir réduire l’empreinte écologique sans affamer les peuples tant que nous restons dans une logique capitaliste et productiviste mais tout devient possible si nous faions le pari d’une autre société qu’on la nomme eco-socialiste, eco-communiste, bref d’une société sobre, partageuse, écologique et… festive.

Selon le GIEC, si rien n’est fait, la teneur en C02 dans l’atmosphère qui est passée de 260 à 400 ppm dépassera 1400 ppm d’ici la fin du siècle, entrainant une augmentation dramatique de la température d’abord pour les plus pauvres. Le recul de l’intensité d’émission de CO2 par unité de PIB que l’on constate depuis 2010 par rapport à 1990 est certes une bonne nouvelle mais elle est totalement insuffisante. Nous devons donc non seulement relocaliser l’économie mais la réorienter en faveur des besoins sociaux et de choix techniques afin d’avancer vers une économie circulaire. Cela pose la question de la propriété des moyens de production mais aussi celle des choix technologiques à effectuer. Nous devons favoriser les industries les moins dangereuses au détriment des autres comme l’électronique, grosse émettrice de perfluorotributylamine - qui a une puissance calorifique 7100 fois plus grande que le dioxyde de carbone ! Nous devons privilégier les matériaux non composites donc des technologies simples, car nous ne savons pas, ou lorsque nous savons c’est toujours à un coût exorbitant, recycler les matériaux complexes comme ceux utilisant les nanotechnologies. Amar Bellal a donc raison : nous devons nous apprêter à accueillir 9 milliards d’humains en 2050. Si on raisonne en moyenne mondiale par habitant, cela signifie qu’au lieu de 5,6 tonnes de CO2 actuellement pour un Français (en fait 9 si on tient compte des délocalisations) , chacun  devra émettre au maximum 0,36 tonnes de CO2… Ce n’est pas avec la révolution NBIC qu’on n’y parviendra même si nous aurons besoin pour cela de vrais Soviets (démocratie).

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