Edito de septembre du mensuel les Z'indigné(e)s

Bas les masques ! d'Hollandréou à Tony Valls

 

Paul Ariès

L’exclusion des Ministres issus de la gauche du PS - après le départ tant attendu des écologistes – constitue politiquement un point de non retour. Le Parti solférinien ne pouvait pratiquer un double langage plus longtemps et il vient de donner raison à ceux qui le qualifient de « deuxième droite ». La duplicité et les mensonges du clan qui dirige le PS en dehors de tout mandat (car le social-libéralisme n’a été entériné ni par un congrès du Parti socialiste ni par le contrat passé entre François Hollande et ses électeurs) est maintenant évidente même pour les médias qui encensent « Tony Valls ». Nous n’avons pour notre part jamais été dupes du positionnement politique ni de Hollande ni de Valls ni même de la majorité des caciques du PS puisque nous nous étions donnés comme objectif avec feu-le sarkophage de décrypter les évolutions idéologiques libérales du PS et de Terra Nova.  C’est pourquoi nous nous étions revendiqués, avant même l’élection de Hollande, d’une opposition antiproductiviste de gauche à sa politique, regrettant l’appel à voter Hollande « sans aucune condition » lancé le soir du premier tour des présidentielles par Jean-Luc Mélenchon, comme nous n’avons cessé de déplorer les accords électoraux locaux du PC avec le PS. Tout cela a été de nature à brouiller le message du Front de gauche mais aussi à entretenir des illusions sur la réalité de Hollande et de sa clique. La scission programmée du PS à l’horizon de son prochain congrès n’est donc pas pour nous déplaire mais ne nous faisons aucune illusion sur l’aptitude des forces politiques de gauche à créer une alternative « rouge et verte ». Nous verrons déjà ce qu’il en sera des accords électoraux des uns et des autres (PC, EELV) avec le PS à l’occasion des élections territoriales… J’entends bien qu’il s’agit non pas de rassembler la gauche mais le peuple mais cela ne se fera pas sur une posture charismatique personnelle. Je regrette que les trois Ministres sortants n’aient pas justement choisi de « bordéliser » l’Université d’été du PS… tout comme Pierre Laurent. Que peut-on espérer finalement de Montebourg, Hamon ou Filippetti ? Stakhanobourg  a bien compris que l’austérité ne conduit à rien de bon mais il n’a toujours pas compris que la relance serait catastrophique, il n’a pas compris qu’on ne peut plus transiger avec les limites de la planète. Cette gauche solférénienne, du moins ce qu’il en reste, n’est pas moins productiviste et croissanciste que la droite solférénienne vendue au Medef. Elle aime autant les gaz de schiste et les Grands projets inutiles imposés !   Nous sommes nous aux Z’indigné€s opposés à toute politique de « rilance », ni rigueur-austérité  ni relance-croissance, fussent-elles dites « de gauche ». Nous sommes convaincus qu’une troisième voie existe et que la seule solution tenable est de satisfaire les besoins sociaux en dehors du mythe de la croissance salvatrice, en inventant d’autres modes de vie populaires. Nous disons donc aux partis de gauche, attention à ne pas sacrifier les petits pas effectués ces dernières années en direction de l’éco-socialisme/éco-communisme/antiproductivisme au profit d’une alliance sans consistance ! Nous sommes pour un élargissement du Front de gauche jusqu’aux militants du PS, d’EELV, du NPA, de Nouvelle Donne, etc et pour sa transformation en un mouvement de masse, ce qui suppose de permettre les adhésions individuelles mais nous ne sommes pas pour sa dilution. Ce nouveau Front de gauche doit être à sa façon, avec son propre jargon éco-socialiste,  objecteur de croissance et amoureux du bien vivre.  Heureusement des signes encourageants se multiplient du côté des mouvements sociaux, en France mais aussi à l’international. C’est pourquoi nous avons demandé à nos partenaires du CADTM-international (Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde) de nous donner leur point de vue dans un dossier dirigé par Nicolas Sersiron, Président du CADTM-France. 

 

 

Merci et bravo ATTAC !

Je voudrai aussi profiter de cet édito de rentrée pour me féliciter des nouvelles orientations théoriques de nos amis d’ATTAC qui se traduisent par l’abandon officiel du mythe de la croissance économique salvatrice. Il s’agit là d’une véritable révolution qui vient certes de loin mais qui peut porter encore plus loin, notamment au sein des forces sociales, syndicales, partisanes qui composent depuis sa fondation l’association altermondialiste.  Thomas Coutrot, porte parole national d’ATTAC vient en effet de déclarer à l’occasion de l’Université d’été du mouvement altermondialiste qu’il « Il faut renoncer à la croissance économique ! » ( cf : site Reporterre). Il reconnait que cette mutation fut difficile car « Au conseil scientifique et dans la culture historique des fondateurs, on avait une alliance de keynésiens et de marxistes chez qui la tradition écologique est marginale. Le centre de gravité était le keynésiano-marxisme qui pensait donner un autre contenu social à la croissance, une croissance axée sur la satisfaction des besoins et non pas sur la rentabilité financière, mais une croissance. Et quand sont arrivées les thèses de la décroissance, beaucoup de militants y ont vu le danger de l’apologie de l’austérité, la négation du fait que les besoins humains non satisfaits existent à profusion, notamment au Sud. Ces crispations étaient encouragées par le fait que, du côté du discours de la décroissance - Paul Ariès le dit très bien aujourd’hui -, il y a eu une alliance ambiguë entre des courants progressistes et des courants plus douteux sur le plan idéologique. Ce fait qu’il y avait des réactionnaires du côté de la décroissance était monté en épingle par les opposants à ces thèses de façon convaincante. Ces incompréhensions se sont largement dissipées après 2006. Mais cela n’est pas seulement lié à la crise d’Attac, où le courant le plus étatiste et archaïque s’est marginalisé, c’est aussi lié à l’évolution du mouvement de la décroissance lui-même : il a clarifié son idéologie.».

 

 Thomas Coutrot a raison : si ATTAC a évolué à partir de son propre bagage, nous avons, nous aussi, accompli collectivement tout un travail nécessaire de démarcation à l’égard de la décroissance austéritaire et bigote. Nous avons publié depuis 2005 toute une série de textes creusant l’écart entre décroissance de droite et de gauche (le bimestriel le Sarkophage,  les ouvrages « Décroissance ou récession, Pour une décroissance de gauche » (Parangon), « Notre décroissance n’est pas de droite » (Golias), « L’antiproductivisme, un défi pour la gauche ?) (Parangon). Ce travail a conduit à la rupture en avril 2011 avec le mensuel austéritaire « La décroissance » et a permis en juin  2011 la tenue du premier conseil scientifique d’ATTAC/France consacré exclusivement à la décroissance ( http://www.la-bibliotheque-resistante.org/mes_textes/decroissance_aries_colloque_attac.pdf). Belle occasion déjà pour moi de dire que nous n’avons nullement le fétichisme du vocabulaire (antiproductivisme, décroissance, objection de croissance) et que l’essentiel est de se retrouver pour inventer des solutions en dehors du mythe de la croissance salvatrice, pour défendre d’autres façons de produire et de vivre, pour renouer avec les cultures populaires, pour marcher vers la gratuité des services publics, pour exiger en même temps « un revenu pour tous, même sans emploi » et la nécessaire poursuite de la réduction du temps de travail, etc. Nous avons toujours cru que nos divergences avec ATTAC étaient dépassables, contrairement à celles avec la décroissance de droite.  C’est pourquoi nous avons invité ATTAC lors du Forum mondial sur la pauvreté (avec Emmaüs Lescar-Pau), c’est pourquoi ATTAC compte au nombre des fidèles de nos Forums nationaux de la désobéissance ! Cette évolution d’ATTAC n’aurait pas été possible sans la ténacité de nombreux membres de son CS, sans surtout la volonté de nombreux militants et collectifs locaux. Ce sont eux qui ont fait cette histoire. Je laisse donc le mot de la fin à Thomas Coutrot « Depuis 2008-2009, le terme de « croissance » n’apparaît plus positivement dans les textes d’Attac. On considère que la croissance n’est pas la solution. On est pour une économie sans croissance, pour ce qu’on appelle la décroissance sélective. Il y a des secteurs qui doivent décroître, d’autres qui doivent croître (…)  On ne peut pas découpler la croissance du PIB (produit intérieur brut) et l’émission de CO2. Le découplage absolu est une impossibilité et il faut en tirer les conséquences. Intellectuellement, c’est l’argument décisif. On ne peut pas découpler la croissance économique de la progression des émissions de gaz à effet de serre, donc il faut y renoncer. » Merci ATTAC de rappeler cette vérité ! La croissance ce n’est pas la solution, c’est une partie du problème ! A nous d’inventer une société du Bien vivre, sans croissance ! A nous d’apprendre à marier justice sociale, écologique et politique ! La leçon de cette histoire c’est qu’on ne fait jamais rien politiquement de durable sans clarté théorique et sans en tirer les conséquences pratiques. Je fais donc le vœu que l’ensemble des forces émancipatrices se mettent à chercher des solutions en dehors d’une double illusion, celle d’un retour possible ou souhaitable de la croissance économique et celle d’un retour à gauche du malnommé parti « socialiste ». Valls a raison : il faut changer le nom du parti socialiste !